Voy. Ch. Joui- l:ùn. Histoire citée, ch. I el II
■2. Les Recherches de la Fra-tc:, 1. IX,
ch. XXV. (Amslerdam, 1723, t. l", col. 9i4.) El. Pasquier, né on 1529, était presque septuagénaire à l'époque de la réforme universitaire de Henri IV.
sein de l'Université, quelques esprits plus éclairés, plus hardis, plus humains, n'onl pas essayé de réagir contre ses tendances surannées, que Rabelais et Montaigne ont été les seuls, les premiers à protester contre l'ignorance, la barbarie, la routine obstinée.? Il suffit de citer, dès le onzième siècle, saint Anselme qui réprouve la brutalité des maîtres envers les enfants, au quatorzième siècle cet admirable chancelier Gerson, plein de douceur pour « les simples gens, » qui réclame l'abolition du fouet pour les écoliers, et voudrait donner une moindre place à la dialectique, une plus importante au sentiment et à la raison. Au siècle suivant, ^neas Silvius Piccolomini, qui devint le pape Pie II, dans un livre sur V Education des enfants, conseille la lecture des poètes, l'étude de l'histoire, des sciences exactes et s'éloigne sensiblement des programmes d'inspiration monacale. Mais ce sont là des exceptions, et cela est si vrai que, même au quinzième siècle, en Allemagne, pays d'initiative plus hardie, Rodolphe Agricola, dans une lettre sur les études (1484), ose bien accuser les niaiseries de la grammaire et les subtilités de la dialectique, mais, craignant d'en avoir trop dit, il s'empresse d'ajouter cette prudente réserve : « Pourtant je ne suis pas assez fou pour condamner seul ce que tant de gens approuvent. » Les protestations contre la routine sont si rares qu'elles semblent ne se faire jour que pour mieux affirmer la généralité des abus; raison de plus pour en recueillir quelques-unes à Thonneur de l'esprit français. Clémengis, qui fut Recteur de l'Université sur la fin du quatorzième siècle, a critiqué amèrement l'esprit étroit de l'enseignement officiel. Si Rabelais veut remplacer les Vies des saints et « autres livres de capharderie » par la lecture directe des livres saints, bien avant lui, Clémengis se plaignait : « qu'on délaissât l'arbre riche et fertile des Saintes Ecritures. » Rabelais a échappé à l'influence de Calvin, comme Erasme à celle de Luther ; mais, on le voit, l'auteur de Pantagruel s'associe parfois, ici comme ailleurs, aux vœux du réformateur protestant.
Rabelais, dans son tour de France, n'a épargné aucune
Facilité provinciale, pas même celles de Montpellier, oii il étudia, de Lyon, où il enseigna, à peine celle de Bourges, déjà si célèbre pour son enseignement du droit. Il n'en faut pas moins remarquer qu'à mesure qu'on s'éloigne de Paris, jadis le contre des lumières aux douzième et treizième siècles, on sent se ranimer l'esprit de réforme et d'initiative.
Si, du quatorzième au seizième siècle, l'Université de Paris n'a pas modifié son esprit de routine et ses méthodes surannées, continiianl à former « l'automate dialecticien, » il n'en est pas ainsi des savants libres et à peu près indépendants de l'Université. Un grand nombre, s'ils ne sont pas protestants, inclinent vers les doctrines nouvelles; le soin de leur sécurité, le besoin de s'assurer des imoyens d'existence les condanment h de nombreux dépla- Icements, à une vie nomade. Le changement de miheu, le /commerce avec les étrangers ne s'accordent guère avec / l'immutabilité des doctrines; rien ne guérit des préjugés ou ' des opinions toutes faites, comme la fréquentation des , hommes. C'est surtout pour ce motif que le sceptique "'^" Montaigne conseille à sou élève les voyages, comme le Meilleur complément d'éducation.
Parmi ces humanistes voyageurs, ou plutôt cosmopolites, du seizième siècle, qui mériterait d'être cité avant Erasme?
Bien que né à Rotterdam, ce n'est pas un Hollandais'; il est plutôt Français par le tour de son esprit indépendant, disons même Parisien ; car, malgré les mauvais souvenirs du collège de Montaigu, Erasme aime encore Paris qui sera toujours une de ses résidences préférées. C'est Erasme qui inspirera, tout en refusant de le diriger, la création du Collège de France à François I", mais il ne consentira pas plus à se fixer en France qu'auprès du pape Léon X, de Henri VIII d'Angleterre et de Charles-Quint. Erasme, dans sa jeunesse, a fréquenté les cours de ce cé-
1. Il oonsidérail. l'idiome de son pays | çaise de M. I^. Massebieau, les Colcomme très nui.sible et parfaitonient loques scolaires du seizième siècle et iniilili!, Voy. l'intéressante thèse fran- I leurs aitteurs. (Paris, 1878, p. 3C.)
lèbre collège de Deventer ', qui a fourni les Etats du Nord de maîtres illustres. Cette confrérie de la vie commune, sous une apparence de vie monastique, avait répudié l'esprit des couvents. L'enseignement secondaire y était complètement organisé, l'étude des classiques s'y était substituée à la scolastique. Celte illustre maison a inspiré de près ou de loin tous les programmes qui se sont affranchis de la routine du moyen âge. C'est donc faute de connaître l'esprit de cette co?!/?'^!? qu'on s'étonnerait outre mesure d'en voi!sortir celui qu'on a appelé le Voltaire du seizième siècle. Erasme n'est pas seulement un satirique, un humaniste, il irâTpas^ seulement contribué avec Budé et autres savants à remettre en honneur l'étude du grec, c'est encore un pédagogue qui a donné des préceptes pour i'institutiop, d'un prince et même pour l'éducation des femmes.. Ce qu'il veut, c'est introduire dans l'éducation l'alliance de l'esprit antique et de l'esprit chrétien, la simplicité, la douceur, l'affection, l'indulgence-. Il a en horreur les abus de la scolastique et le jargon latin encore eu usage dans les écoles ^. Pendant que dans ses Adages (loi"), que Budé appelait le magasin de Minerve, il concentre la quintessence de l'antiquité, la fleur des lettres païennes, il se moque spirituellement dans son Cicëronien (1528) de cette érudition étroite refusant droit de cité à une expression latine que n'ait pas employée Cicéron. Erasme est le plus fin, le plus spirituel des humanistes, ce qui ne l'a pas empèclié de faire une place dans l'instruction à l'histoire, à l'histoire naturelle, à la géographie, et même aux mathématiques. On lui a, non sans raison, reproché de n'en point accorder aux langues étrangères; mais outre que lu hollandais n'est pas une