CHAPITRE YI
COMMENT PANTAGRrEL RENCONTRA UN LIMOL'PIN ' QUI CONTREFAISOIT LE LANGAIGE FRANÇOIS
Quelque jour, je ne scay quand, Pantagruel se pourmenoit après souper avec ses compaignons, par la porlc dont l'on va à Paris-. Là rencontra un escolier^ tout joliet qui venoit par iceluy
lialatlins qui font dos oahriolcs et dos ^T.inibados.
l2|i/)0. Pûs.i(-Cfi//iiil/on. Passé dooteiir. I.L' ciiciillio est 11- Itniinet do dooteiir, le chaiieion doctoral, explioation plus jirobahle (|uc celle qui ferait <le cn- «/iiilloii un dimin. de Coquille, célèbre do'leur en droit.
1. Rabelais s'est égayé auv dépens de la plupart des universités du royaume; on a vu que Pantagruel, en quête de science, y n trouvé tout, excepté rétude et la science. Les bons écoliers, farcis de pédantisnie, hérissés «le grec et de latin, tels que l'écolier limousin, sont peut-être encore plus insupportables que les écoliers dont Rabelais nous a décrit les ébats.
2. Par cette iiortc d'Orléans qui regarde le chemin de Paris, car c'est à < trléans, en venant de Bourges, que Pantagruel rencontre l'écolier limousin.
3. Quel est cet écolier"? L'érudition et la curiosité des commentateurs, i(ui, depuis lieux siècles et demi, ont essayé de donner la c/é de tous les noms du roman, n'ont i)as manqué de s'exercer sur cette énigme. J'y vois nouiuier : Ronsard, malheureusement encore sur les bancs du collège; Marlial Rdgei', i>ar cette seule bonne raison tpi'il est Limousin : Ervé Fayard, sous |)rétcxte que son style sent celui de l'écolier de Rabelais. Etienne Pasquier jirétend qu'il s'agit d'une demoiselle picarde, nommée Helixaine ou Liznni; de Crenne. Elle a publié une traduction des quatre premiers livres lie VEnékle et les Ani/oi/x.srx rloulaureuxes qui précèdent l'amour. Par une infinité de mots barba rement écorchés du latin, elle crut s'attirer l'adniiratiim du public, et quelque pension du roi; mais elle essuya seulement les railleries de Rabelais. En dépit de l'autorité
qui s'attache à un contemporain, les dates se prêtent mal à cette hypothèse, les livres en question n'ayant paru qu'après le Pantnf/riiel. Il parait que l'identité serait presque complète entre le langage de l'écolier limousin et certains jiassagos d'une Epitre aux lecteurs lin rhaiiip fleiirii. de lieoffroti Tory, éi-rivain et libraire, né à Bourges en i-^S.-}. Mais n'y cito-l-il pas simplement Rabelais sans le nommer'? Nous n'avons pas à prendre parti. Disons seulement que l'argument tiré del'iden-i tilé du langage pédanlesque et ridicule \ ne peut que faire hésiter entre une ' foule de noms, en un siècle où tant doj gens i( escorchent le latin et i)inda-j risent ■> Ji la suite du chef de la Pléiade. '• Ronsard, .ajoutons que Ronsard, sur la foi de Boileau. traité de barbare, a justement été réhabilité par notre siècle. En reconnaissant que le goût et la mesure lui ont manqué, on est forcé de lui accorder aujourd'hui la grâce, la force, l'enthousiasme sincère. D'après le curieux témoignage d'un contemporain. Ronsard semblerait avoir protesté d'avance contre l'arrêt de Boileau. Le bonhomme Ronsard disait souvent ;i d".\ubigné tout jeune encore : " Mes enfants. defTendez vostre mère de ceux qui veulent faire servante une damoiselle rie bonne maison. Il y a des vocables qui sont francois naturels, (pii sentent le vieux, mais le libre francois, .le vous recommande par testament que vous ne laissiez point perdre ces vieux termes, que vous les employiez et défeniliez hardiment contre des marauds liai ne tiennent pas elei/ant ce qui n'est point escorché du latin et de l'italien, et qni aiment mieux dira e.ollander, contemno.r, blasonner, que louer, niespriser. blaxtner. Tout cela crsl pour l'excholier du. Limouxin. » (Agrippa D'.\uniGNÉ, Préface des Traijiques.)
chemin : cl, après qu'ilz se furent salues, luy domamla : .Mua amy, dond' viens tu à ceste heure? » L'escolier luy resi)on(lit : « De l'ahiip, inclyle, et oeh'brc académie que l'on vocitc Lutece -. — Qu'est ce à dire? dist l'antagrud à un de ses yens. — C'est, respondit il, de Paris. — Tu viens donc de Paris, dist il. Et à quoy passez vous le temps, vous aullres messieurs esludians audict Paris? » Respondit l'escolier : « Nous Iransfretons la Sequane au dilucule et crépuscule ; nous déambulons par les compites et quadrivies de l'urbe; nous despumons la verbociualion latiale, et, comme verisimiles amorabonds, captons la benevolencc de l'omnijuj^e, omniforme, et omnigenc sexe leminin ; puis cauponizons es labernes méritoires de la Pomme de pin, du Caslel, de la INlagdaleine, et de la Mulle, belles spatules vervccines, perloraminces de petrosil. Et si, par forle fortune, y a rarilé ou pénurie d(î pecunc en nos marsupies, et soient exhausles de métal lerruginé, pour l'escot nous dimillons nos codices et vestes opiiignerées, preslolans les tabelbures à venir des jtenates et lares palrioli(iues ^ » A quoy Pantagruel dist : « Quel diable de langaige est cecy? l'ar Dieu, tu es (pielque hereticquc. — Segnor no, dist l'escolier, car libeutissimement des ce qu'il illucescc quelque minutule lesche de jour, je demigre en quelqu'un de ces tant bien architectes monsticrs : et là. me irrorant de belle eau lustrale, grignolte d'un transon de (juelque missique precalion de nos sacrilicules. Et, submirmillant mes precules horaires, élue et absterge mou anime de ses in(|uinamens nocturnes. Je révère les olyuqiiooles. Je vencre lalrialement lesupernel astripolent. Je dilige elredanie mes pro.vimes. Je serve les jirescripts deeal(»giques ; et, selon la faeultalule de mes vires, n'eiidiscede le laie unguicule. Bien est veriforme que, à cause que .Mammone ne supergurgite goutte en mes locules, je suis quelque peu rare et lent à supereroger les elccmosyucs à ces egeues querilans leur stipe hosliatement \ — Et. dist Panta-