Gurtjantua, liv. I", ch. xx.wii
ÉTUDE SUR MONTAIGNE. Vl."'.
siècle pèche par l'excès contraire; peut-être, de nos jours, la familiarité nuit-elle quelque peu au respect.
S'il est difficile de trouver la mesure qui concilie le res])ect et la tendresse, Montaigne avait deviné k tendance ^ moderne e!i faisant prédominer le principe d'affection sur
cêLul d'autorité. Ecoutons-le gourmander son siècle et réclar -
mer contre les excès de la sévérité paternelle : « le* veulx mal à celle coutume, d'interdire aux enfants l'appellation paternelle et leur en enjoindre une estrangiere, comme plus reverentiale, nature n'ayant volontiers pas suffisamment pourveu h. noslre aucLorilé. Nous appelons Dieu tout puissant, Père ; et desdaignons que nos enfants nous en appellent : i'ay reformé celte erreur en ma famille. C'est aussi folie et iniustice de priver les enfants qui sont en aage de la familiarité des pères, et vouloir maintenir en leur endroict une morgue austère et desdaigneuse, espérant par là les tenir en crainte et obéissance, car c'est une farce tresinutile qui rend les pères ennuyeux aux enfants, et, qui pis est, ridicules. Quand ie pourrois me faire craindre, i'aimerois encore mieux me faire aimer. »
Poi>riie point présenter un Montaigne de fantaisie, il faut le suivre dans ses contradictions, dussent-elles lui faire tort.'Ce même homme, qui parle si bien de l'affection paternelle, (( n'estime pas qu'être sans enfants soit un défaut qui doive rendre la vie moins complète et moins contente. « Ils sont au nombre des choses qui n'ont pas fort de quoy estre désirées, notamment à celte heure, qu'il serait, si difficile de les rendre bons. » A dire vrai, Montaigne semble^ craindre les peines de l'éducation qui dérangeraient sa vie; / leurs trépignements, leurs jeux et niaiiîeries puériles trou-/ , blfiraienl sa tranquillité. Montaigne nous apprend qu'il ar perdu quelques enfants en nourrice-, mais, chose étrange, il n'en sait pas exactement le nombre! N'est-ce pas abuser du défaut de mémoire, dont il s'accuse souvent? Ne soyons