PrcTost-Porado!, Ltudc *ur Montaigne et Charun
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il la conscience de leurs misères et de leurs faiblesses.
Montaigne est notie Horace (car il est autant poète que philosophe). Comme le poète lalin, s'il ne vieillit pas, c'est qu'il représente dans le monde cette moyenne de sagesse qui est la mesure décente et possible de la pauvre humanité. 11 est sans doute des âmes d'élite, comme celle de Pascal, à qui elle ne suffit point. Ceux qui ont pris pour devise ni trop bas, ni trop haut, qui ne veulent s'abaisser jusqu'à la hête et ne peuvent s'élever jusqu'à ïange, s'accommoderont de cette philosophie taillée sur le modeste patron d'une ômfî.honnête, mais non héroïque.
En politique, il n'est poîriTdè concessions que Montaigne ne fasse à l'ordre et à la tranquillité ]ud)liqi]e : « Donnons à l'ordre politique, écrit-il, de souffrir patiemment les rois indignes, de celer leurs vices, d'aider de notre i-ecommandation leurs actions indifférentes pendant que leurauctorité a besoin de notre appui ^ » Montaigne n'est pourtant pas un courtisan ; écoutez ces paroles énergiques à propos du luxe royal : « Il semble aux sujets spectateurs de ces triomphes, qu'on leur fait montre de leurs propres richesses et qu'on les festoie à leurs despens. Car les peuples présument volontiers des rois, comme nous faisons de nos valets, qu'ils doivent prendre soin de nous apprester en abondance tout ce qu'il nous faut, mais qu'ils n'y doivent aulcunement toucher de leur part.... tant il y a que le plus souvent le peuple a raison et qu'on repaist ses yeux de ce quoy il avoit à repaistre son ventre... A le prendre exactement, un roi n'a proprement rien sien, il se doit soy-mesme à antruy. » On ne trouve pas souvent une théorie aussi radicale, des paroles aussi fermes dans les Essais; ici l'auteur se place entre Bodin et La Boétie. Au reste, Montaigne, sans se faire l'avocat des droits du peuple, a quelquefois, en songeant à ses misères, des accents de touchante et sincère humanité : « Regardons à terre' les pauvres gens que nous y veoyons espandus, la teste penchante après leur besongne, qui ne sçaventny Aristote, ny