Liv. 1", ch. XXXVIII
2. Ce n'est que plus tard, quand sons rétreinte de la maladie et de la vieillesse, il s'est replié sur lui-uit'me, que la vie céuobitique lui apparaît eoiuine une contrainte insupportable. Au reste
il serait trop facile de mettre en contradiction avec lui-même un auteur qui se peint au jour le jour, au gré de ses lectures el de ses impressions et, comme il le dit, du « descours de ses années. » 3. Liv. 1", ch. Lvi.
les actions voisines de la prière ne me tesmoignent quelque amendement et reformalion, et l'assiette d'un homme meslant à une vie exécrable la dévotion, semble estre aulcunement plus condamnable que celle d'un homme conforme à soy, et dissolu parlout.... Nous prions par usage et par coustume ou, pour mieulx dire, nous lisons ou prononçons nos prières ; ce n'en est que mine, et me desplait de veoir faire trois signes de croix au benedicile, autant h grâces, et cependant, toutes les uultres heures du jour les veoir occupées à la haine, l'avarice, l'injustice : aux vices leur heure ; son heure à Dieu, comme par compensation et
composition Quelle prodigieuse conscience se peut
donner repos, nourrissant au niesme gistc, d'une société si accordante et si paisible, le crime et le juge '. » Que le scepticisme de Montaigne ait quelquefois, plus qu'il ne le croit lui-même, entamé sa foi, il se peut; voilà pourtant U vraie religion et son véritable langage. Seul Tartuffe saura concilier sa dévotion et ses convoitises, ou plutôt mettre celle-là au service de sa duplicité. Oui, ajoute Montaigne^ : (c 11 n'est rien si aysé, si doulxet si favorable que la loi divine, elle nous appelle à soy, aussi faul tiers et détestables comme nous sommes ; elle nous tend les bras et nous receoit en son giron pour vilains et bourbeux que nous soyons et que nous ayons à estre à l'advenir : mais encores, en recompense, la faut-il regarder de bon œil; encores faut-il regarder ce pardon avec actions de grâces, et au moins pour cet instant que nous nous adressons à elle, avoir Tame desplaisante de ses faultes et ennemie des passions qui nous ont poulsés à l'offenser. » Celte profession nous suffit et nous tenons Montaigne pour un bon chrétien ^
Nous n'entreprendrons pas ici l'examen du chapitre le plus long et le plus curieux des Essais, <( Apologie de Raymond Sébond*, » paice qu'on y trouve autant d'argu-