‹ Les idées de Rabelais & de Montaigne sur l'éducationChapitre 95 sur 307 · Mézeray appelle Montaigne un Séiièquv chrétien · texte numérisé non relu

Mézeray appelle Montaigne un Séiièquv chrétien

A. M. Demo^'iot dit que ce chapitre est « une grande mystilication. » [Tableau de la littérature française au dixseptième siècle, ch. ii, p. 48.)

ments pour douter que pour croire. Monlfiigno, bien qu'il semble y vouloir établir et vérifier par raisons humnines contre les alhéistes tous les articles de la religion ctn-étienne, laisse l'esprit en suspens, écrasé sous le poids de tant d'arguments contradictoires. Il semble parfois que le bien et le mal ne sont qu'affaire d'opinion controversable ; il suffit qu'ime idée se lève dans son esprit pour y susciter immédiatement l'idre contraire : la conclusion de ce traité métaphysique sur, ou plutôt contre la certitude, c'est « qu'il n'y a auculne constante existence, ny de nostre estre, ni de celui des objects ; et nous et nostre jugement et toutes choses mortelles vont coulant et roulant sans cesse ; ainsi, il ne se peult eslablir rien de certain de l'un à l'auUre, et le jugeant et le jugé estant en continuelle mutation et bransle*. » Montaigne poursuit implacablement la pauvre raison humaine pour la convaincre d'impuissance et de folie. Il la foule aux pieds, la poursuit dans ses derniers retranchements et, non content de l'avoir avilie, bafouée, anéantie, il élève bien au-dessus de notre prétendue raison divine l'instinct des animaux. Aussi avec quelle triomphante raison Bossuet lui répond-il : a Mais, dites-moi, subtil philosophe qui vous riez si finement de l'homme qui s'imagine être quelque chose, compterez-vous encore pour rien de connaître Dieu? connaître une première nature, admirer sa toute-puissance, louer sa sagesse, s'abandonner h sa prudence, obéir à sa volonté, n'est-ce rien qui vous distingue des bêtes?... Homme sensuel, qui ne renoncez à la vie future qne parce que vous craignez les justes supplices, n'espérez plus au néant; non, non, n'y espérez plus, voulez-le, ne le voulez pas, votre éternité vous est assurée 2 ! n

Emporté par sa véhémente apostrophe, Bossuet confond les athées et les grossiers épicuriens avec notre « subtil philosophe. » Tenons-nous-en à ce dernier mot qui peut s'appliquer justement à Montaigne, et reconnaissons que, par une heureuse inconséquence, au moins dans la pra-

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