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CHAPITRE III

Importance de la fiscalité dans l'administration de l'Ancien Régime

La fiscalité a créé les cadres de l'administration. — Les Impôts. — Leur vice capital: l'inégalité. — Misère des campagnes sous l'Ancien Régime.

L’impôt est une institution dont l'influence s’exerce à la fois sur la vie politique, et économique d’un pays. S’il n’est pas capable de créer la richesse d’une nation, il peut du moins la développer en favorisant telle ou telle forme de l’industrie humaine ; il a en tout cas la force de la restreindre et de la détruire. Au point de vue politique, on l’a vu en Angleterre devenir l’instrument de la puissance du Parlement. En France, avant 1780, il avait créé l’administration.

Il en fut tout d’abord le but, il en a fourni les cadres. On trouve son effet à tous les degrés de la hiérarchie. « Le département qui a le plus gagné sous Louis XIV et infiniment depuis, écrit le marquis

d’Argenson (1), est celui des Finances. Il n’y a plus à proprement parler que deux grands ministères en France, celui des Affaires étrangères pour le dehors et celui des Finances pour le dedans. A celui-ci sont réunies les dépenses de toute espèce, quelque objet qu’elles aient, toute police générale, commerce, circulation d’argent, banque, et toute la fortune des particuliers ; ainsi l’histoire des progrès de la Monarchie en France dépend de l’histoire des ministres des Finances. Il semble que le Roï ne cherche qu'à avoir de l'argent.» Les fonctionnaires des provinces, l’intendant en particulier (2), avaient été avant tout des collecteurs d'impôts. La généralité avait été primitivement sous François Ie une circonscription fiscale, et son nom même rappelait les généraux des finances, placés à sa tête. C’est pour des raisons financières que Richelieu essaya d'introduire les élections dans les pays d'Etats, et c’est pour garder le droit de s’administrer eux-mêmes financièrement que ceux-ci prirent les armes « très jaloux de ce privilège, qu’ils regardent comme la liberté tandis qu'il n’en a que l’apparence », comme disait l’Ami des Hommes (3). Et l'un de ses adversaires, dans une réfutation de sa thèse en faveur des provinces

1. Considérations sur le gouvernement ancien et présent de la France, chap. V, art. 10.

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