‹ Les Idées de Turgot La Décentralisation AdministrativeChapitre 24 sur 98 · La Haye · texte numérisé non relu

La Haye

intendants. Puis, il s'était fait historien ; en 1727 après sa mort on publiait,à Londres, son Histoire de l'ancien gouvernement de la France avec XIV lettres historiques sur les Parlements ou Etats Généraux, où il développait une thèse paradoxale, qui allait à l'encontre des idées reçues communément, et aboutissait en somme à des revendications contre l’absolutisme royal : revendications sous-entendues d’ailleurs, mais qui sont aisées à deviner.

Tout son système est fondé sur cette donnée que les Francs, conquérants de la Gaule, ont asservi les vaincus, et quela vraie société française ne comprend que la vieille noblesse. « Les assujettis, dit-il, étaient la multitude. L’on ne comptait point de Tiers-Etat, parce que le peuple était esciave, ou si l’on trouve ce terme trop dur, réduit au simple travail des mains et à la culture des terres (1) »... « Les gens de poète ou de poste (gentes potestatis) ne relevaient pas directement du Roi. Mais de qui étaient ils sujets, sinon des possesseurs de terres, qui avaient sur eux droit de suite, droit de les revendiquer en tous lieux, même dans la cléricature (2). » Il ÿ avait donc un fossé profond, un abîme entre les deux races ; il n’y en avait pas entre le pouvoir royal et ceux qui étaient les sujets. « Personne n'ignore que les Français étant

originairement des peuples libres qui se choisissaient des chefs, à qui ils donnaient le nom de Rois, pour faire exécuter les lois qu’eux-mêmes avaient établies, ou pour les conduire à la guerre, n’avaient garde de considérerles Rois comme législateurs arbitraires qui pourraient tout ordonner, sans autre raison que leur bon plaisir(1).» Le héros de Boulainvilliers est Charlemagne, qui, après la tentative de Pépin le Bref d'établir une monarchie absolue, a restauré l’ancien droit des Francs. Malheureusement, par la suite, « les Français sont à leur tour devenus la conquête, non pas d’une nation étrangère, mais d’une famille particulière, pareille aux leurs dans son origine (2) ». Il y a eu là une véritable spoliation, un dol au préjudice des Francs ; la justice exigerait une restitution. & Ce qui fait le caractère d’un excellent prince est la communication de son autorité, et d'admettre ses sujets au partage de la puissance, principalement quand il est évident que ce droit leur est naturel et qu'il ne leur a été ravi que par une injuste violence (3). » La conséquence — tirons-la nous-mêmes — ce serait donc que le Roi réunit régulièrement les nobles de bonne race en des Parlements ou Etats Généraux pour débattre les affaires du royaume, comme aux Champs de Mars ou de Mai des Carolingiens. Le peuple

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