‹ Les Idées de Turgot La Décentralisation AdministrativeChapitre 27 sur 98 · René d’Argenson, Introduction aux mémoires, p · texte numérisé non relu

René d’Argenson, Introduction aux mémoires, p

2. La première édition eut tant de succès que le bruit se répandit que l’ouvrage était de Rousseau.

M. Esmein a jeté un soupçon sur l'édition de 1784 (V. l'Assemblée nationale proposée par les Physiocrates. Bull. de l’ Académie des Sc. mor. et polit., 1904. 162, p. 397). IL attribue cette seconde forme, où il sent les traces de la pensée physiocratique, à l'éditeur de d’Argenson, c’est-à-dire un homme de 1784, à cause de la constitution d’une assemblée centrale, qui pourtant se

Le problème est nettement posé, « Dieu gouverne, Dieu concourt ; mais il laisse agir librement les causes secondes ; de même un bon Roi doit régler par lui-même les principales affaires de son Etat, les premières par son action immédiate, les secondes par un pouvoir émané et délégué... Le plus grand défaut du gouvernement monarchique et absolu, c’est qu’il veut tout gouverner par ses agents directs et royaux (1)... Avec quel tempérament, avec quel art pourrait-on permettre une espèce d’indépendance au milieu de la dépendance ? Jusqu'où l’une et l’autre peuvent-elles être poussées sans se nuire essentiellement ? » L'auteur s'inspire, pour répondre à sa question, de ce qu’il voit dans la nature : elle se répare d'elle-même en tout individu, « un sage médecin n’entreprend point de suppléer aux fonctions naturelles de son malade ; le plus habile laisse beaucoup à faire à la nature ». Aussi le marquis avait-

réduit à fort peu de chose, comme nous le verrons. La question est importante, car il y a une grande différence d'esprit entre les deux textes : dans celui de 1765, nous trouvons cette idée que la monarchie a tout avantage à diviser le royaume pour accroître sa puissance, « Divide et impera » (art. VI) ; dans celui de 1784, au contraire, se manifeste le souci de l’unité. Dans celui de 1765, il est question du don gratuit ; dans celui de 1784, le mot même est proscrit, comme contraire aux principes d’une bonne administration, etc... Cette question est malheureusement insoluble, les manuscrits ayant été incendiés en 1871. Cependant M. René d’Argenson, qui les a connus, ne met pas en doute la valeur des deux éditions. Celle de 17984 est généralement admise. 1. 1784, P. 25-29.

il pour maxime « Pas trop gouverner ». Il faut laisser le peuple gérer lui-même ses intérêts ; en le faisant il servira ceux du prince qui sont identiquement les mêmes. Il ne s’agit pas ici de partager le pouvoir entre les Pairs et le Roï, mais de confier quelques fonctions à la fraction la plus soumise des sujets, à celle qui par sa composition, ses occupations, ses usages, est la plus éloignée de la couronne -- éloignement quiest lui-même une sécurité pour celle-ci. « Les bons Rois devraient faire de leur peuple leur ministre ou du moins l’admettre dans leurs conseils ; ils ne craindraient pas d’être alors abusés, et leur nation ne serait point trahie. Les grands en effet peuvent porter leurs prétentions jusqu’à usurper l'autorité royale, du moins veulent-ils la partager. Le peuple, au contraire, ne forme point de pareils projets ; il consent à servir pourvu que ses maîtres soient bons et justes » (1). Cette idée, très exacte, et qui fut émise plusieurs fois, il la développe en réplique à l’ouvrage de Boulainvilliers, en attaquant le gouvernement féodal « honteux dans son principe et barbare dans ses effets ». L’inégalité des hommes lui paraît une absurdité : seul le Roi s’élève au-dessus des têtes égales de ses sujets ; encore n’at-ilété placé si haut par aucune volonté surhumaine, mais simplement parce qu’on évite, grâce à l’hérédité, les troubles de l'élection. « Il est à désirer que

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le droit héréditaire se borne à la couronne en fait de commandement sur les hommes ». Cependant le régime brutal de la féodalité a fait place au despotisme du Monarque. « L’on a abrogé tout ce qui partageait cette autorité ». Le résultat a été la concentration de la vie à la Cour qui « a pris la ressemblance de ce que le cœur est dans le corps humain ; tous les fluides y passent et repasseni plusieurs fois pour aller aux extrémités du corps ». Il serait saiutaire d’attirer les nobles et les riches dans les provinces où ils peuvent faire œuvre utile, et pour cela il faudrait « un principe de gouvernement normal qui tendrait à déraciner peu à peu l’ambition à prix d'argent, et qui ne présente plus dans les emplois que destravaux utiles et par là honorables avec moins de profits étrangers à la chose publique et moins d'hommes frivoles. » Bref, c’est une restauration de l'esprit public qu’il faut opérer ; certes, elle ne peut s’accomplir en un jour, mais elle doit être entreprise d’un seul coup. « La manière d’écarter tant d’embarras, c’est, disons-le sans cesse, un plan fixe et des principes certains, une loi d'administration générale consignée par le Roi dans son conseil,et qui serve de base à toutes les opérations... »

D’Argenson en propose une qu’il présente sous la forme d’un édit. Il établit une égalité parfaite entre toutes les parties du royaume ; tout au plus laisset-il aux pays d’états la jouissance de leurs anciens

privilèges, en attendant que les bienfaits de la nouvelle administration les décident à y renoncer. Le Royaume serait donc divisé en provinces, appelées ou gouvernements, ou généralités, toutes bien égales (1) « sans que les titres que porteront ces. provinces puissent jamais servir de prétexte à renouveler des droits éteints des anciens feudataires de notre couronne (c’est le Roi qui parle), à plus forte raison les prétentions des puissances étrangères sur lesquelles nous les aurions conquises. » Elles seront à leur tour subdivisées en districts (2), ou gouvernances, ou bailliages, ou sénéchaussées — et les districts en villes, bourgs ou paroisses (3).

Chacune de ces circonscriptions aura son administration particulière, un conseil dont les membres seront choisis « parmi les habitants domiciliés et possessionnés dans le lieu même, à la pluralité des voix et par voie de scrutin ; il y en aura au moins deux par paroisse ou arrondissement, un peu plus dans les bourgs et davantage dans les villes. » Les assemblées seraient élémentaires les unes des autres. Chose nouvelle, le projet insiste surtout sur l'égalité absolue de leurs membres: plus de distinction d'ordres, plus d’entrée de droit (4) : il faut être pro--

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