LE RE
sa généralité à même d'en constater la nécessité : il y voyait tout ce que nous avons décrit, l'inégalité des charges, la misère extrême des basses classes écrasées d'impôts, les cultivateurs à la merci des intempéries, les saisies sans pitié des gens de finances. Sans doute usait-il de ses immenses pouvoirs pour corriger tous ces vices. Voltaire, en apprenant sa nomination, lui avait écrit : « Le frère de M. Omer me mandait, il y a quelques années, qu’un intendant n’est bon qu’à faire du mal ; révérence parler, il en a menti, et vous le prouverez bien. Je crois même
mande. Il fit à Louis-le-Grand de brillantes études ; sa timidité semblant le destiner à la prêtrise, il entra au séminaire de Saint- Sulpice et ensuite à la Sorbonne, dont il fut « prieur ». Son activité intellectuelle était déjà extraordinaire. Il quitta cette carrière, en 1951, malgré les instances de ses amis, parmi lesquels il convient de citer Brienne, Cicé, Boisgelin. Il devint conseiller-substitut du procureur général au Châtelet, puis conseiller au Parlement et maître des requêtes en 1753. Il le resta huit ans, et pendant ce temps, entretint des relations avec tout le monde intellectuel de Paris : M°° de Graffigny, M°° Geoffrin, Me du Deffand, M!° de Lespinasse, Voltaire, l'Encyclopédie, les Economistes, Vincent de Gournay. En 1761, il fut nommé intendant de Limoges : cet exil devait être pour lui «un temps d’école ». En 1774, il fut chargé du portefeuille de la marine, qu'il garda trente-cinq jours, et appelé ensuite le 24 août 1774, au contrôle général, en remplacement de l'abbé Terray. Il y travailla beaucoup et entreprit le relèvement de nos finances dès son arrivée. Il rendit en février 1996 les six grands édits qui opérèrent une véritable révolution économique. Mais une opposition très vive se manifesta contre lui ; il y tint. tête Le plus longtemps qu'il put et ne se démit que sur l’ordre du Roi, le 12 mai 1776. Il vécut quelques années dans la retraite, en préparant des traités théoriques. Mais il était d’une santé très délicate et s’éteignit à Paris en 1781.
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qu'il n’y a qu’un intendant qui puisse être utile ; ne peut-il pas réparer les chemins de traverse, défricher des terres, dessécher des marais, encourager des manufactures... » (1) Assurément Turgot répondit à l’attente du patriarche de Ferney, mais il savait que le bien qu'il faisait n’était dû qu’à un hasard heureux pour le Limousin. Il avait beaucoup de peine dans la mission qu'il s’était donnée ; plus il en éprouvait, plus il sentait l'opportunité d’une refonte de l’administration et mieux il vérifiait l’exactitude des thèses qu'il avait trouvées chez d’Argenson et Mirabeau.
Il les modifia par ses propres réflexions. « Toutes les opinions philosophiques de M. Turgot, a dit son premier biographe et son ami Condorcet(2), formaient un système également vaste et enchaîné dans toutes ses parties ». La vie qu’ila menée, d’un homme d’action plutôt que d’un écrivain, ne lui a pas permis de l’exposer en un ouvrage « vaste et approfondi, seul moyen de dissiper une obscurité qui tient uniquement à la difficulté de soumettre à une analyse exacte des idées fines et compliquées ». Le seul traité purement théorique qu’il nous ait laissé est consacré à l’Economie politique. Cependant ce système nous est bien connu : ses amis, auxquels il ne confiait d’ailleurs