Œuvres de Turgot, édit. Daire, t. IL, p
Loge
cipe qui sera un précieux axiome pour les théories administratives que nous verrons plus loin.
Dans sa carrière politique, Turgot ne se présenta pas comme un républicain. Les idées que nous venons d'exposer étaient purement théoriques, et sans doute ne jugeait-il pas possible de les appliquer à la France de 1975: iltrouvait en elle trop d’inégalités, de préjugés, de routine, de loyalisme aussi. Peut-être la réforme administrative qu'il voulut entreprendre n’était-elle qu’un acheminement vers la réalisation de ses vues. Condorcet la considérait ainsi ; mais en attendant, suivant les traditions de sa famille qui comptait beaucoup de bons serviteurs du Roi, le ministre gardait le même attachement à la dynastie. Par respect pour la Couronne, il n’admettait pas que les Parlements résistassent à l’autorité royale ou s’ingérassent dans les affaires publiques, et il refusa de suivre en exil celui que dispersa Maupeou ; il s’écarta de l'Encyclopédie, à laquelle il avait envoyé plusieurs articles, dès qu’elle fut interdite. Me du Hausset rapporle dans ses Mémoires qu’à un diner chez Quesnay, la conversation venant à porter sur des sujets d'administration et sur l'amour des Français pour leur Roi, «M. Turgot prit la parole et dit : € Cet amour n’est point aveugle ; c’est un sentiment profond et un souvenir confus de grands bienfaits. La nation, et je dirai plus, l'Europe et l'humanité, doivent à un roi de France (j'ai oublié le
nom) la liberté ; ila établi les communes et a donné à une multitude d'hommes une existence civile.Je sais qu’on peut dire avec raison qu’il a servi son intérêt en les affranchissant, qu’ils lui ont payé des redevances et qu'’enfin il a voulu par là affaiblir la puissance des Grands et de la noblesse, mais qu’en résulte-t-il ? Que cette opération est à la fois utile, politique et humaine » (1). Mème à Louis XVil reconnaissait des qualités d'intelligence et de jugement, mais il lui reprochait une trop grande défiance de lui-même. Plus tard, quand il approcha de Louis XVI, il dut aimer sincèrement ce jeune prince qui paraissait animé de si bons sentiments ; lui, si réservé d'ordinaire, semble avoir, au sortir de l’entrevue de Compiègne où le Roi en l’appelant au contrôle général lui avait pris les mains, connu le véritable enthousiasme, et la lettre qu'il écrivit sur-lechamp en est toute chaude. II ne doutait pas à cette heure de pouvoir, grâce au Maître absolu, réaliser ses grands projets, et voyait en lui assurément le bon despote des Physiocrates.
La nature du gouvernement, en théorie du moins, est déterminée par celle de la société : les principes métaphysiques ne sont pas étrangers au droit constitutionnel ; l’administration, plus terre à terre, réglant surtout les rapports de l'Etat avec le patri-