‹ Les Idées de Turgot La Décentralisation AdministrativeChapitre 71 sur 98 · Op. cit., p · texte numérisé non relu

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des principes erronés, ne peut plus être réformée que par de grands efforts, et peut-être aux dépens de la tranquillité publique... Il voulait que cette iastitution fût l'ouvrage de la raison,et non, comme toutes celles qui ont existé jusqu'ici, celui du hasard et des circonstances. »

Le mémoire lui-même fut sans doute commencé vers le milieu de l’année 1775, avancé en mai et terminé en septembre (1). Turgot aurait voulu inaugurer sa réforme le 1‘ octobre, époque du renouvellement de l’année financière. Mais le temps lui parut trop court : il remit à l’année suivante. 1776 fut malheureusement troublée par les résistances des Parlements et les émeutes de mai; lui-même fut alité plusieurs mois. Il perdit la confiance du roi avant d’avoir eu le temps de lui présenter son projet.

Pourtant le contrôleur général, en arrivant au pouvoir, avait dû concevoir les plus belles espérances. Louis XVI paraissait être, nous l’avons vu, dansles meilleures dispositions. L'opinion publique semblait prête aussi. Elle avait applaudi à une grande manifestation de la Cour des Aides, à la tête de laquelle se trouvait Malesherbes, intime ami de Turgot. Cette Cour qui avait déjà, en 1561, protesté contre la prétention « déraisonnable » de faire faire les rôles des

1. Foncin, Essai sur le ministère de Turgot, p. 552. — Dupont de Nemours, Mémoires, t.II, p. 52.

paroisses par d’autres personnes queparles habitants (attendu, disait-elle, « que ceux qui supportent le poids de l’imposition ont plus d’intérêtque personne à ce que la répartition soit juste et connaissent aussi mieux que personne les facultés de la province), adressa au Roi, le 6 mai 1955, des Remontrances qui étaient un réquisitoire complet contre l'administration royale, contre la clandestinité, la vénalité, l’arbitraire. « Quelques provinces avaient des assemblées particulières ou Etats provinciaux : plusieurs ont été privées de ce précieux privilège, et dans les provinces où ces Etats existent encore, leur ministère est resserré dans des bornes qui deviennent tous les jours plus étroites. Ce n’est pas une assertion téméraire de dire que dans nos provinces, on entretient entre les dépositaires du pouvoir arbitraire et les représentants du peuple une espèce de guerre continuelle où le despotisme fait tous les jours de nouvelles conquêtes... Depuis que des ministres puissanis se sont fait un principe de ne point laisser convoquer d’assemblées nationales, on en est venu, de conséquence en conséquence, à déclarer nulles les délibérations des habitants d’un village, quand elles ne sont pas autorisées par l’intendant ; en sorte que si cette communauté a une dépense à faire, si légère qu’elle soit, il faut prendre l’attache du subdélégué de l’intendant, par conséquent suivre le plan qu'il a adopté, employer les ouvriers qu'il favorise,

les payer suivant son arbitrage ; et si la communauté a un procès à soutenir, il faut aussi qu’elle se fasse autoriser par l’intendant ; il faut que la cause de la communauté soit gagnée à ce premier tribunal avant d’être portée à la justice; et si l’avis de l’intendant est contraire aux habitants, ou si leur adversaire a du crédit à l’intendance, la communauté est déchue de la faculté de défendre ses droits » (1).

Après une centaine de pages de cette éloquence indignée, la Cour concluait (2) en faveur de l’abolition de cette tutelle, qui exposait les sujets à l’arbitraire des agents, et de l’établissement d’un impôt réel, unique —— ou à peu près —, réparti et assis par les propriétaires eux-mêmes. C'était ce que Turgot apportait dans son Mémoire.

Ces belles espérances furent déçues. Le mémoire ne fut même pas présenté à Louis XVI à cette époque ; ce n’est que postérieurement, qu’étant resté dans le portefeuille du contrôle général, il en fut tiré et mis sous les yeux du Roi. Les notes que celui-ci inscrivit en marge portent la date du 15 février 1788.

Ces notes ne font pas honneur à l'intelligence de Louis XVI, pense M. Foncin. 11 s’amuse en effet

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