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beaucoup du partage des voix. « Couper à moitié ou au quart les droits d’un homme dans une assemblée politique, dit-il, suivant la quantité de sa fortune, est une idée si nouvelle, qu’elle a encore je ne sais quoi de bizarre et de romanesque, que la dignité de l’État ne pouvait se permettre de proposer.» Et pourtant, le Roi devait, en cette même année de 1788, accepter cette fraction et cette multiplication, qui n’a rien de si étrange et que le xix° siècle a adopté dans plusieurs constitutions sous le nom de vote plural. Dans le reste de ses réflexions, il se montre conservateur, attaché à ce que ses ancêtres lui ont transmis: la distinction des ordres, la hiérarchie fondée sur la naissance (toute autre lui paraissant « chimérique »), l'administration des intendanis qui & à quelques abus près est ce qu’il y a de mieux dans tout mon Royaume, » les Parlements même, les corps de ville, qui se soulèveraient peut-être, demandant de connaître les crimes qui ont mérité leur déchéance. » On a l'impression qu’il recule devant la nouveauté. Il craint d'être moins bien obéi par des provinces dont l’organisation serait uniforme, et tient à la diversité à la faveur de laquelle s’est développée la puissance des intendants.
Aussi devait-il relever la première proposition du mémoire. « La cause du mal, sire, vient de ce que votre nation n’a point de constitution. » Il réplique: « Voilà le grand grief de M. Turgot ; il faut aux
amateurs denouveautés une France plus qu’anglaise.» On pourrait dire : voilà le grand grief du Roi, il craint l'influence de l'Angleterre. Turgot fut en effet accusé de plusieurs côtés de l’avoir subie. Ce fut son désir de réformes qui lui valut cette imputation ; voulant refondre les vieilles institutions, il passait pour un héritier de Montesquieu dont la pensée dominait alors. Ses idées sur la politique étrangère purent aussi fournir des prétextes à ce soupçon, car il eût voulu que la France se détournât de l’Autriche ( 1) et se rapprochât de la Grande-Bretagne ; sollicité par le Roi de donner son avis sur l’intervention dans la guerre d'Amérique, ils’y montra opposé, contrairement aux conclusions de M. de Vergennes, ministre des Affaires étrangères, et conformément aux secrets désirs {du Roi. Mais c’est que, contrôleur général, il redoutait une entreprise ruineuse, et avait besoin de la paix pour réaliser ses projets (2). Aussi bien certain passage de sa correspondance avec le D: Price ne peut-il pas laisser de doute sur ses sentiments (3). Il s'étonne qu’une
1. Soulavie, op. cit.,t. III, p. 132.« Depuis sa mort on a trouvé des vers d’une grande énergie contre la fausse amitié des deux maisons. » Il fut détesté de Marie-Antoinette.
2. Note au Roi sur l'Etat de nos finances. « Il faut au moins l'éviter (la guerre) comme le plus grand des malheurs paree qu’il
rendrait impossible pour longtemps et peut être pour toujours une réforme. »