‹ Les Idées de Turgot La Décentralisation AdministrativeChapitre 83 sur 98 · Compte rendu au Roi, 1781, p · texte numérisé non relu

Compte rendu au Roi, 1781, p

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dut lui faciliter cette tâche. Cependant l’intendant de Moulins, M. de Reverseaux, résista et protesta. La publication, faite malgré Necker, de son premier mémoire, où nous avons vu qu'il traitait assez rudement les corps judiciaires, mécontenta fort le Parlement de Paris qui prit le parti de l’intendant et refusa d'enregistrer l'arrêt de 1780. Vainement Necker sollicita-t-il de Louis XVI un lit de justice et le renvoi de M. de Reverseaux ; devant l’obstination du Roi, il dut se retirer lui-même en mai 1781.

I] laissait du moins une œuvre. Pour la bien juger, il faut, je pense, la considérer comme un commencement ; encore pleine d’incertain, de provisoire, le temps et l'expérience devaient peu à peu l’achever, mais déjà dans cet état primitif elle permet de constater son opportunité et vérifie d'une seconde manière les espoirs de Turgot : d’une part l'esprit public se développa dans les provinces jusqu'alors assoupies, et l’on vit les trois ordres travailler en une collaboration étroite, chacun suivant ses capacités et ses moyens. Le haut clergé dont les membres appartenaient alors aux plus grandes familles de France apportait l'habitude des affaires, acquise dans les assemblées périodiques, et le crédit que donnaient alors la naissance et l’état ecclésiastique. Dans la noblesse se révélèrent des hommes libéraux et éclairés comme le comte du Buat, qui présenta à l’assem-

blée du Berri tout un projet de réforme financière, fondé sur la distinction de trois sortes de revenus, les revenus fonciers, mobiliers et industriels, qui annonçaient déjà notre impôt foncier, notre impôt mobilier, nos patentes, — comme le duc de Charost, grand seigneur tiès bienfaisant,qui soumit à la même assemblée, en 1780, un vaste plan decanalisation eten supporta même en partie les frais,-—et il ne fut pas le seul à verser ainsi des sommes importantes pour des travaux publics ; il semble bien que les riches, sachant dorénavant à qui donner et pouvant suivre Pemploi de leurs présents, aient repris goût à la générosité. Guizot pouvait écrire, après avoir lu l'ouvrage de M. Léonce de Lavergne (1) : « Le fait qui domine, c’est évidemment, dans tous les rangs et à tous les degrés de la Société française un désir et un effort commun pour faire pénétrer et prévaloir l'équité dans l’état social, la liberté dans le gouvernement... » — En second lieu, ces assemblées furent bien, comme le désirait Turgot, de bonnes écoles de politique. On retrouve en effet à l’Assemblée des notables de 1587, des hommes comme le duc de Charost, l’évêque de Nevers, le marquis de Langeron, et le maire de Bourges, qui avaient siégé à l’assemblée du Berry — comme l’évêque de Rodez, le maire

1. Revue des Deux-Mondes. Introduction à ses discours parlementaires.

de Montauban, et M. de Cicé, devenu évêque de Bordeaux, ancien condisciple de Turgot, qui avaient fait partie de celle de Haute-Guyenne, -— et pendant la Révolution, des hommes comme Talleyrand, l’abbé de Montesquiou, le comte de Genlis, Beugnot, qui sortirent de l’assemblée de Champagne établie dans la suite, comme le duc d’Havré, député aux Etats généraux, le Prince de Poix, défenseur de Louis XVI au 10 août, le marquis de Lameth, qui siégea à la Constituante, issus tous trois de l’assemblée de Picardie... Et combien d’autres trouverait-on si l’on passait en revue tous ces corps un à un! Il semble bien que sous le règne de Louis XVI, la nation était digne et capable de s’administrer elle-même; peutêtre faut-il voir ici la raison du succès de la déceniralisation alors entreprise, après tant de projets avortés ; on peut,en tout cas, y trouver une réponse aux observations du républicain » en montrant que ces conseils délibérants pouvaient fort bien fonctionner dans une monarchie, et que par conséquent Turgot n'avait pas fait Gun rêve ».

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