‹ Les idées du SillonChapitre 11 sur 23 · LE SILLON BT LA DÉMOCRATIE CHRÉTIENNE · texte numérisé non relu

LE SILLON BT LA DÉMOCRATIE CHRÉTIENNE

» Voilà le but, voilà l'œuvre de ceux <|ui voudraient voir Le peuple animé d'un esprit chrétien, heureusement soulagé el préservé du fléau du socialisme. »

Léon XIII avant ainsi rappelé le rôle des vertus de la religion chrétienne insiste fortement sur ce que la question sociale est une question religieuse avant d'être une question économique; il développe les devoirs que nous impose la loi de la charité chrétienne, que nous prêchent la doctrine et les exemples du Christ imités par les apôtres et leurs successeurs et rappelle les magnifiques institutions suscitées par l'action et L'influence de L'Eglise pour le soulagement des misères humaines. 11 loue l'aumône, puis il recommande également les œuvres fondées pour assurer aux pauvres un secours permanent, et il ajoute:

« Ce qui est plus Louable encore, c'est «I ! s'appliqw Former à L'épargne et à la prévoyance les ouvriers, les journaliers, de sorte qu'eux-mêmes pourvoient à euxmêmes, au moins en partie, dans le cours de leur existence. La poursuite d'un (cl luit iiYunoUit pas seulemenl !<• pôle «les riches auprès des prolétaires, mais enooblit les prolétaires eux-mêmes. Car, en même ('•mi» que les riches excitent ceux-ci à s'assurer un soit plus

heureux, ils mettent ainsi à couvert Av* risques, ils éloignent des désirs immodérés, et les poussent a la pratique

de la vertu.

« Puisque donc cela est utile et approprié à notre époque,

il est digne certainement que la charité îles lions s'y applique avec zèle et prudence tout a la l'ois.

« Qu'il soit donc entendu que ce zèle «les catholiques à soulager le peuple est conforme à l'esprit de L'Eglise et

qu'il répond très bien à ses propres exemples de tout temps. Quanta ce qui y mène, savoir s'il faut l'appeler

action populaire chrétienne ou démoci arétienne,

cela importe peu, pourvu qi ncnLs ■'

de Nous Boienl oh \ alement, cale

soumission. »

Aucun homme <lc bonne foi sincère ne . méprendre sur la véritable portée de ce d

pontifical.

Le Pape approuve et loue l'action de cens qui s'efforcent de mettre au service «If1 ! forces sociales du catholicisme, mais pu y posant pour condition de ne pas mêler à cette action i fins étrangères au principe du catholicisme, et <mi nous avertissant de ne pas attendre d'elle une complète solution de la question sociale, parce que celle-ci est, avant tout, une question religieuse.

11 a voulu faire cesser les dissentiments sur les dénominations à prendre.

Le moyen choisi pour cela est de rappeler, de fixer les règles de l'action sociale des catholiques; si elles sont observées par tous, comme il le prescrit, l'unité se rétablira, et les dénominations diverses, ne désignant plus qu'une même action commune renfermée dans les limites de l'action catholique, n'auront plus d'importance.

A cette condition — le sens est évident — il deviendraindifférentque l'action catholique se pare du nom plus ou moins heureux, comme le Pape le dit, de démocratie chrétienne.

Le Souverain Pontife Pie X a rappelé et renouvelé ces prescriptions par le Motu proprio du 18 décembre 1903. L'ordre et la concision avec lesquels cedocument les présente en font encore mieux ressortir la force et la netteté.

LE SILLON ET LA DÉMOCRATIE CHRÉTIENNE Si

Quand ce dernier acte pontifical fut promulgué, M. Marc Sangnier évita, cette Pois aussi, d'en parler avec hâte; et lorsqu'après six mois il l'inséra dans sa revue, il le fit précéder d'une dissertation où il exalte la dénomination de démocratie chrétienne : « Dès fors, la démocratie chrétienne fait partie intégrale et nécessaire du catholicisme..*

Il n'est donc plus loisible de refuser d'être démocrate chrétien. »

On serait probablement trop sévère, en trouvant qu'il y a nu excès d'aplomb à raisonner ainsi; il faut être indulgent, les hommes sont parfois dominés complètement par leurs idées.

Mais M. Marc Sangnier n'a pas pris ^arde qu'en intronisant la démocratie chrétienne il la lie du même coup.

Pourquoi la démocratie chrétienne ferait-elle partie intégrante et nécessaire du catholicisme? — C'est évidemment parce qu'elle ne fait qu'un avec l'action sociale catholique.

Pourquoi ne serait-il plus loisible de ne pas être démocrate chrétien? — Précisément parce qu'il n'est pas loisible aux démocrates chrétiens de l'être autrement que le prescrit l'Eglise, en s'écartant des règles communes de l'action sociale catholique.

LE SILLON EST-IL UNE o.i VUE DE DEMOCRATIE CHRETIENNE:

Le Sillon est-il une œuvre de démocratie chrétienne? — Eminemment.

Se conforme-t-il aux prescriptions de Léon XIII et de Pie X? — Nullement.

l.K SILLON. 6

«Si il il g i.i SILLON

Après les canons d'orthodoxie qu'on \i<-nf d'entendre formuler par .M. Mari nier, il pourrai! paraître Un peubien oiseux de demander si le Sillon s'inscrit dans la démocratie chrétienne.

Mais la souplesse de son esprit et de son talenl lui permet de tenir simultanément les positions les plus opposées.

Démocrate chrétien, M. Marc Sangnier ' assurément autant que personne. Mais, vous dira-til, qu'est-ce, après tout, que la dém chré-

tienne? Ce n'est pas autre chose que l'action populaire chrétienne? Or, l'action populaire chrétienne est tout à fait distincte de l'action vraiment dém cratique; le Sillon fait de la vraie démocratie; la sienne, sa démocratie, n'est donc pas celle donl parlent les papes, elle garde par conséquent sa liberté d'action. — Et voilà la situation complètement retournée. Mieux on professe la loi de la démocratie chrétienne, mieux on croit être en droit de s'en affranchir.

ce La démocratie chrétienne, — observe-ton, — 1. donc ni en aucune façon une org-anisation politique, ni même, à proprement parler, une org-anisation sociali i . Impossible de mieux dire. N'est-il pas merveilleux qu'on abonde ainsi dans notre sens?

« La démocratie ou action populaire chrétienne — nous préférons d'ailleurs ce dernier terme — (qui Peut cru? et d'où vient ce langage tout différent de l'auti — n'est pour nous, selon la définition de Léon XIII et de Pie X. « qu'une bienfaisante action chrétienne parmi le peuple, » et pas autre chose (2). »

a La démocratie que nous définissons dans cet article

(1) L'Esprit démocratique, p. i4o.

^2) Le Sillon, 10 mars 1905.

LE SïLLON ET LA DÉMOCRATIE CHRÉTIENNE S3

(celui sur le Christianisme e1 la démocratie, discuté précédemment) oe se confond pas avec la démocratie chreV tienne. Animée <l<% l'esprit chrétien, notre démocratie sera, si l'on veut, un des aspects particuliers de la démocratie chrétienne i ). »

Ainsi cette profession de démocratie chrétienne, cette étiquette de démocrate chrétien, que, tout à l'heure, on imposait à toul catholique, on y renonce l'instant d'après, comme si cela suffisait pour s'affranchir légitimement des règles de conduite qu'elles imposent .

La question est <le savoir si les Souverains Pontifes ont parlé pour ceux-là seulement qui se couvrent de telle ou telle dénomination, ou s'ils ont entendu prescrire des règles universelles, rendant tonte question d'étiquette indifférente.

Pour nous, il nous semble évident que le devoir chrétien et la loyauté dont le Sillon s'honore lui l'ont une égale obligation de choisir, et le mettent dans l'alternative : ou de ne pus revendiquer pour son œuvre d' action démocratique lecaractère d'action sociale catholique par excellence, ou de se cou forma- aux prescriptions des Souverains l'ontifes.

Est-il en elVet une seule oeuvre qui se réclame d'une plus étroite union et solidarité avec l'Eglise et le catholicisme, que le Sillon?

Il le fait avec une ostentation peut-être excusable, si on tient compte de l'exagération quelque peu naïve d'un sentiment généreux, mais qui, néanmoins, manifeste clairement ses prétentions.

(i) Note de l'article cité.

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On ;i déjà entendu ces formules : i Le Sillon une apologie vivante de la religion . Le Sillon. c'est la religion catholique se refaisant conquérante «lu pays de France... » .

J'ouvre les Nouvelles Semailles (i I au chaj de l'action chrétienne du Sillon :

« Il v ii un grand fait nouveau dans l'histoire du

catholicisme... Le mouvement glorieux do iv la

fameuse campagne de 1 85i n'ont pas eu La profond La portée qu'aura le mouvement du Sillon. — Ce mouvement, c'est avec les allures et la langue de nos contemporains la prédication et l'action d'évangélistes qui sont menuisiers comme Joseph, pécheurs comme André •■( Pierre, corroveurs comme Paul... qu'on ; pas, ce catholicisme populaire encore petit, encore frêle dans son corps, est immense dans son âme. »

Et dans le premier chapitre : < Marc Sangnier, que Charles Brun appelait sans exagération — (heureusement)— Marc VEvangéliste... Sangnier est bien une âme d evang'éliste... 11 a en lui un amour sensible du Christ qui le pousse à confondre son action avec celle il»- Jésus-Christ lui-même (?!), à laisser évoluer ses / et son apostolat dans le sens même de l'inspiration chrétienne (?)... Il ne fera pas un discours sans proclamer que le Christ est la vie et l'âme de la vie sociale...

ce L'œuvre du Sillon a précisé chaque jour sa pensée et son action. Si, d'âme commune, elle est devenue peu à peu la pensée commune et l'attitude nette, c'est que Marc Sangmier et ses amis ont été, dès le début, de vrai.» èvangélistes, voulant sincèrement et complètement l'idéal chrétien dont l'expression semblait vague encore (?), mais dont ils seraient par leur désintéressement même forcés de préciser les détails et les applications. ..

(i) Note de l'article cité.

LE SILLON ET LA DÉMOCRATIE CHRÉTIENNE S.'i

Il est presque inexact de dire qu'il y a plusieurs œuvres au Sillon. En réalité, il n\ a même pas transformation d'une œuvreà une autre, il y a épanouissement d'une seule pensée apostolique.

On est tellement pénétré, au Sillon, de cette mission apostolique qu'on s'écriera tout naturellement, comme un rapporteur du Congrès de Tours : « C/est que nous aussi nous avons entendu la parole du Christ : E tintes docete omnes gentes (!). »

Cet abus étrange va jusqu'à appliquer aux apôtres du Sillon et à leur mission sociale les mystérieuses et divines paroles de Jésus-Christ à ses apôtres, sur la foi et la prédication évangélique. Le héros du singulier drame social qu'a écrit M.Marc Sangniër pour les représentations populaires (i) se console des contradictions en tirant son Evangile, qu'il lit sur la scène :

« Voilà que je vous envoie comme des brebis au milieu dos loups : soyez donc prudents comme Les serpents <•( simples comme les colombes. Mais gardez-vous des hommes, car ils vous feront comparaître dans leurs assemblées et ils vous flagelleront dans leurs synasrosrues... E1 vous serez conduits à cause de moi devant les gouveraeurs et les rois, pour leur servir de témoignage aussi

bien qu'aux nations. Lois donc qu'oïl vous livrera, ne

pensez ni à ce que vous direz, ni comment vous le direz, Car ce que vous devez dire VOUS sera donné à l'heure même. < )r, le Frère livrera son frère à la mort et le père, le fils; les entants se soulèveront contre les parents et les

feront mourir. Et vous serez en haine à tous à cause de

mon nom; mais celui qui persévérera jusqu'à la fin sera sauvé... Ne pensez pas que je sois venu apporter la paix

sur la terre. Je ne suis pas venu apporter la paix, mais (i) « Par la mort. ■ — Voir L'appendice I.

MU LES in' ES Dl -ni

le glaive, car je suis venu séparer l'homme de ion pi l,i fille de sa mère, la belle-fille de sa belle-mèn e( l'homme aura pour ennemis ceux de ta propre maison-. Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi n pas digne de moi et relui qui aime sa Bile fils

plus (j ne moi u'esl pas digne de moi... Celui qui consi .sa vie la perd et celui qui perd sa \\>- la sauve.

Naturellement, on rapprochera la vie du Sillon et la vie de l'Eglise :

« Le Sillon, <|ui n'était d'abord qu'un mouvement instinctif et spontané, une âme commune, comme ou disait alors, a précisé ses aspirations au contael même des réalités. Les contradictions qu'il a rencontrées sur

son chemin lui «ml permis de se définir plus nettement, tout de même que — on nous passera cette ambitieuse comparaison — ce sont les hérésies </i'i ont été pour l'Eglise une occasion Je définir ses dogmes. Les

œuvres économiques auxquelles il s'est mêlé ou qu'il a fondées lui ont permis, d'autre part, d'acquérir petit à petit une vivante documentation autrement plus féconde que celle qu'on acquiert au seul commerce des livres (i). »

Ou, dans un compte rendu sur V Esprit démocratique :

« De même que l'Eglise a été amener à formuler progressivement ses dogmes sons la pression deshèréaies, de même le Sillon a efe amené, sous la pression des doctrines contraires et des critiques directes, à exprimer en formules explicites la conception de I". démocratie qu'il avait commencée j>ur vivre dans r action de char/ ne jour. C'est ainsi que nos conceptions des rapports du christianisme et de la démocratie. de l'élite de la majorité dynamique, après avoir été expérimentées par nous comme des réalités vivantes, sont

(i) Le Sillon, 10 février 1900.

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