LE SILLON ET LA DÉMOCRATIE CHRÉTIENNE NT
apparues dans leur rapport logique et constituent maintenant une doctrine ( i). d
L'action sociale catholique, c'est sous ce nom <|iie M. Marc Sangnier désigne son œuvre presque à toutes les pages de ce livre tout récent : l'Esprit démocratique, vrai manuel et bréviaire du Sillon (2).
Mais qu'est-il besoin d'insister? Christianisme et démocratie ne sont-ils pas, pour M. Marc Sangnier, les deux termes de l'équation sociale? Api les démonstrations qu'il en a tentées, n'est-il pas absolument superflu d'y revenir".''
La définition seule qu'il se plaît à donner du Sillon : « un mouvement social ayant pour but de mettre au service de la démocratie en France la force sociale du catholicisme », prouve déjà, avec la dernière évidence, (pie lui et ses amis se rangent au premier rang parmi ceux auxquels s'adressent les éloges, mais aussi les avertissements des Souverains Pontifes.
Et ce sont ces mêmes évangéïistes, ces mêmes hérauts de l'action sociale catholique, c'est ce même Marc Sangnier qui posent tranquillement leur bannière dans un coin, et qui, par exemple, dans la conférence contradictoire avec Jules Guesde à lloubaix (g mars IQ05), commencent par une déclaration comme celle-ci : « Je n'apporte pas à cette assemblée les doctrines de la démocratie chrétienne, mais celles du Sillon. »
(1) Le Sillon, ••."> février un>~t.
>ir, par exemple, pp. a8, tao, i"i, i3a.
88 DU SILl
Dans une récente communication à la Jjittice
Sociale, le Sillon disait :
Comme tous les catholiques qui s'occupent d'à* s ni aie populaire, nous sommes des démocrates i bi mais nus méthodes, dos idées, aotre tempérament □ sont propres. »
Il est assez piquant de l'entendre ad m par l'organe des démocrates chrétiens, la Revue de la Démocratie chrétienne* Elle dit à l'occasion de ce qui se passa à Koubaix :
« Certes, nul plus que nous D'admiré Marc Sangnier. Son âme de feu, son esprit sincèrement démocratique, son sens aigu de l'apostolat, sa foi ardent'- et conquérante, nous les voudrions voir passer dans notre jeun* et parmi les ouvriers. Mais nous nous permettons, toute franchise et en toute amitié, de lui dire qu'en face delà classe ouvrière, en face des travailleurs, il ne fera de bien profond que s'il sème dans le Sillon . non pas de la démocratie, mais de la démocratie chrétienne...
« Il parle souvent de la vie, de se laisser conduire par la vie. Soit! mais la vie n'est pas d'hier. Elle a déjà produit dans l'Eglise, depuis 18 siècles, des fruits abondants de doctrine et d'œuvres qui sont acquis, qu'il ne faut plus attendre, ni escompter, mais utiliser (i). »
C'est donc très vainement que le Sillon essaie d'établir une distinction :
« La démocratie que nous définissons dans cet article (2) ne se confond pas avec la démocratie chrétienne. Animée de l'esprit chrétien, notre démocratie sera, si l'on veut, un des aspects particuliers de la démocratie chrétienne. Le Pape pose les conditions nécessaires de toute
(1) Numéro du 6 avril igoo.
(2) Christianisme et Démocratie voir plus haut).
LE SILLON ET LA DEMOCRATIE CHRETIENNE
démocratie chrétienne, Chaque peuple, chaque groupe d'individus conçoit un certain type d'organisation sociale. Les catholiques comme les autres citoyens ont toute liberté d'user de leur droit et de leur initiative civiques. L'idéal catholique, qui esl universel, reçoit ainsi des applications multiples et variées. Le Christ ayant d'ailleurs distingué les deux pouvoirs, on n'est pas en droit d'attendre de l'Eglise autre chose que l'expression des vérités éternelles tl<>ui elle a la garde et les directions qui lui sont propres et qui se rapportent toujours àson magistère religieux. »
Or, le Pape ne se borne pas à poser certaines conditions nécessaires de toute démocratie chrétienne, il trace des règles universelles de conduite, un programme d'action commun à tous ceux qui veulent faire de la démocratie au nom du catholicisme. M. Marc Sangnier n'est-il pas de ceux-là?
La question n'est pas non plus de savoir si ces règles enferment tellement la ligne de conduite des catholiques qu'elle ne leur laisse la liberté d'aucune autre initiative, mais si F initia tive (ju ils prennent est en opposition avec ers règles*
Oui, assurément, « les catholiques, comme les autres citoyens, ont toute liberté d'user de leur droit et de leur initiative civiques ». Mais ont-ils le droit de solidariser leur religion avec les formes de cette initiative civique et de faire entrer la démocratie catholique dans un ordre de questions que les Papes déclarent fermé pour elle? C'est là pourtant ce que l'école du Sillon devrait soutenir.
Et quand on nous dit : « qu'on n'est pas en droit d'attendre de l'Eglise autre chose que l'expression des vérités éternelles dont elle a la garde, et des directions qui lui sont propres et qui se rapportent
90 ii - i''i' i s di su i.mn
toujours à son magistère religieux », il devient difficile de ne pas yoir, bous ces Formes de déférei et de respect, ane certaine notification d'indépendance.
Les mêmes hommes qui prétendent sceller l'alliance du catholicisme et de la démocratie, el s'offrent connue « de vrais évangélistes, roulant sincèrement et complètement l'idéal chrétien dont L'expression leur semblait vague encore, mais dont ils allaient préciser les détails et les applications . qui, tout à l'heure, parlaient d'orienter la vie catholique, s'expriment comme s'ils prétendaient donner au catholicisme l'orientation que l'évolution de la vie et les événements leur donneront à euxmêmes, dans les questions politiques et sociales.
L'Eglise est avertie de se renfermer dans les directions qui se rapportent à son magistère religieux; et non seulement on n'est pas loin de se croire indépendant de sa direction dans l'action sociale (i), mais on mettra sans son aveu, contrairement à ses vues les moins douteuses, la force morale et sociale du catholicisme au service de conceptions politiques.
Au fond, comme on va le voir, tout se ramène à ce dernier point.
Ce que le Sillon appelle action sociale, organisation sociale, initiative sociale, n'est qu'action, organisation, initiative principalement politique.
Ici encore se retrouvent ces confusions de mots, ces équivoques accréditant les idées fausses dans les milieux populaires, insinuant partout l'erreur, et dont la funeste influence rendra inévitablement stériles, parfois nuisibles, les efforts les plus généreux.
(i) Voir plus loin : le Sillon et la Question sociale.
LE SILLON ET LA POLITIQl K
Toute forme de gouvernement doit s'accorder avec la morale et la religion. Mais la politique est neutre de sa nature; aucune forme de gouvernement n'est par elle-même catholique ou anticléricale.
Loin de nous la pensée de contester aux catholiques républicains ou monarchistes le droit d'avoir leurs préférences formelles en politique, ni, non plus, celui de chercher à les faire prévaloir dans l'opinion et dans les faits, par leur action individuelle ou collective, du moment qu'ils se placent directement sur le terrain de Yaction politique.
Mais un groupement qui se place sur le terrain de V action catholique, comme le fait éminemment le Sillon, doit, tout en laissant à ses membres la liberté de leur initiative individuelle, tout en les excitant à participer aux affaires du pays, considérer la question de la forme du gouvernement comme indifférente à la fin qu'il poursuit, et ne pas lui subordonner la défense des intérêts moraux
et religieux.
C'est du point de vue de l'action catholique que ce chapitre est écrit.
y2 LES IDÉES Dl SILLON
Peu de personnes, peut-être, ont remarqué que
la revue du Sillon m récemment modifié son litre.
Précédemment elle s'intitulait : Revue d'action sociale catholique; mais depuis son dernier congrès, elle est devenue Revue d'action démocratique \ i).
Ce changement marque évidemment le résultat d'une évolution.
Loin de moi la pensée de le critiquer. j\ vois au contraire un premier pas vers une situation plus nette.
Peut-être l'explication que je donnerai de ce fait différerait-elle de celle de M. Marc Sangnier. Toujours est-il que, dans ses calculs, il a nécessairement une raison d'être.
L'explication naturelle que j'en trouve est celleci : Y action démocratique désigne, au vrai sens du mot, une action politique; ce nouveau titre du Sillon caractérise donc avec exactitude le mouvement qu'il propage de plus en plus ouvertement.
C'est cela, rendons aux mots leur signification naturelle, renonçons à leur faire exprimer ce qu'ils n'ont jamais voulu dire, tout le monde se comprendra enfin et les situations deviendront claires.
Et si le Sillon reste simplement revue d'action démocratique, sans se donner pour l'organe du catholicisme; si l'école et son chef se décident à faire de la démocratie politique, autant qu'il leur plaira, mais en renonçant à lui chercher sa raison d'être dans leur foi, ce sera, très tardivement, il
(i) Numéro du 25 février igo5. Pour ménager la transition, il y eut une courte période intermédiaire, pendant laquelle le Sillon ne prit plus aucun litre.
i I. SILLON ET l.A POLITIQUE
est vrai, mais enfin ce sera très heureusement prendre la seule position digne d'eux.
Mais, à ce compte, j'aurais voulu que ce qui s'appelle aujourd'hui action démocratique sur la couverture du Sillon prît aussi le même nom dans le livre de M. Marc Sangnier, F Esprit démocratiipie, publié à l'heure même où se faisait ce changement d'étiquette.
Or, dans ce livre, il n'est question partout, nous l'avons vu, que d'action sociale catholique. Là se maintient, se perpétue, entre ce qui est d'ordre social et ce qui est d'ordre politique, une confusion qu'il serait enfin temps de dissiper une bonne fois.
11 est vrai qu'alors apparaîtrait trop clairement peut-être l'opposition entre Y action populaire chrétienne que les Souverains Pontifes autorisent à s'appeler démocratie chrétienne, et la démocratie d'ordre tout différent que le Sillon prétend servir au nom du catholicisme et de L'Eglise.
Si les mots, en France, ont encore une signification, ce qui est social et ce qui est politique ne sr doit pas confondre.
L'ordre social et l'ordre politique ont des rapports nécessaires et nombreux; intéressant les mêmes sujets, ils influent inévitablement l'un sur l'autre, mais n'en demeurent pas moins distincts L'un de l'autre, par une nature et une fin propres à chacun.
L'ordre social, la vie sociale, les institutions sociales, les vertus sociales, la science sociale, la philosophie sociale, le droit social ne sont pas une même chose avec l'ordre politique, la vie politique, les institutions politiques, les vertus politiques, la
!»'< n.i'i - m SILLON
science politique, [a philosophie politique, le droit
polilique.
ce qui l ? — <ïe <pii 34 rappoi te â
la société. Est social ce qui concerne les rappoi des hommes cuire eux.
Donc, parce que l'homme < âahle par nature,
!st-à-dire appelé à rivre par groupements, el parce que les divers groupements d'hommes, famille, profession^ classe, cité ou province, sont appelés à se compléter^ à s'organiser dans d formes de société piuscompl mesure qu'e
deviennent plus larges, plus universelles, on appellera sociales les institutions, les vérins, la scieo ayant pour but de développer, perfectionner, régler les rapports des individus entre eux dans un même groupement, ou d'un groupement à l'autre, et d'aider ces individus à bien tirer profit de tous les avantages que la société peut leur offrir, à bien remplir leur devoir envers elle.
Et parce que la religion est la règle et la sauvegarde des mœurs, ces institutions, ces vertus, cette vie, cette science et ce droit emprunteront une plus grande autorité à son influence, qui n'en laissera pas moins à chaque société l'initiative et la liberté dans sa sphère propre.
L'action sociale du catholicisme n'est autre chose que cette influence légitime, purement bienfaisante, moralement nécessaire, de la vraie religion, sur ce qui intéresse les rapports des hommes entre eux, en toute forme de société.
Qu'est-ce qui est politique"? ce qui a rapport au gouvernement des affaires publiques, de l'Etat. Le droit politique, c'est le droit des citoyens dans le gouvernement de l'Etat. La politique, dans le lan-
gage courant, c'esl la marche des affaires publiques et les événements <jni s'y rapportent.
Les affaires publiques, ce sent les intérêts communs de tout le peuple réuni, de la collectivité comme telle, sans relation directe avec les intérêts et les rapports individuels.
La forme de régime (Monarchie ou République) selon laquelle ces affaires seront gouvernées — en quoi consiste la politique — est en soi indifférente à la religion et à l'Eglise, parce qu'elle n'intéresse pas directement la moralité individuelle et n'a pas pour but le perfectionnement humain.
C'est pourquoi toute Forme de gouvernement est bonne, ou plutôt indifférente en soi, et l'Eglise s'accorde avec toutes, tant qu'elles s'exercent conformément aux lois éternelles de la morale et de la justice (t).
Eh bien ! p* recueille les déclarations les plus applaudies de M. Marc Sangnier. C'est, par exem-
\) « La République est un gouvernement saint. » (/est une Réponse que M. Marc Sangnier a recueillie de la bouche de Pie X, d'après le récit qu'il Fait dans le Sillon du ■>."> septembre 1904, »'t qu'il répète avec complaisance. — « N'est-ce pas, Très Saint Père, que nous avons le droit d'aimer ardemment la République? » et le Pape d'y répondre dans les termes cités,
Nous ne pourrions, sans injure ou sans malice, demander à M. Mare Sangnier quelle République il aime si ardemment. Mais le Pape a-t-il dit que la République Fût un gouvernement plus saint que les autres? — et que ne lui a-t-on pose la vraie question : Très Saint Père, n'est-ce pas que nous avons le droit de vouloir faire servir la force sociale du catholicisme à la cause de la République? — Il est probable que Pie X eût répondu : Très cher Bis, vous avez lu sans doute les déclarations de notre prédécesseur et les adirés?
On doit donner acte à M. Mare Sangnier de ce qu'il proteste avec véhémence contre ceux qui lui attribuent une prétention ainsi formulée; et personne ne peut mettre en doute sa bonne Foi. .Mais on reste en droit de montrer qu'il se fait illusion et nie les conséquences logiques, nécessaires,, des idées et des théories qu'il prône.
96 il - ii'M - D1 SILLON
pic. son discours si ranlé sur C avenir de la démocratie^ où il s'expi ime ainsi :
u L'esprit démocratique esl un esprit de r< monsabilité d'abord...
« Un esprit de responsabilil t-ce qui distingue
la démocratie du Césarisme? C'est que, dans la déi cratie, chaque citoyen esi responsable <\>- la ch publique, que L'âme de la cation, ainsi multipliée, vit pourtànl tout entière dans chacun d'eu . i. après avoir accompli chaque jour le travail qui lui i met de vivre et d'élever sa famille, doit donc se ren compte que ce labeur ae suffit pas et que, s'il a pi is soin de sa femme et de ses enfants, i] faut encore qu'il prenne soin de la France, car le jour où il ne s'occupera plus d'elle, d'autres sauront - uper pour l'avilir et la
prostituer.
« Ah! certes, il semble facile d'être responsable de la chose publique ! cela paraît un droit et partout li citoyens réclament dans les assemblées politiques l'ingérence naturelle qui leur appartient dans les affaires de la nation... »
Et je demande: Est-ce là œuvre sociale ou œuvre politique ? Est-ce, oui ou non, œuvre de démocratie politique ?
Je me rappelle cette réflexion parfaitement juste, déjà citée : « Gardons-nous de la superstition des mots et des formules. On n'est pas démocrate parce cjuon s'occupe a" œuvres sociales : on est démocrate parce que l'on veut développer la conscience et la responsabilité civiques de chacun.
Et je demande: Cette vertu démocratique, est-ce une vertu sociale ou une vertu politique ?
Je relis la définition de la démocratie proposée par M. Marc Sang-nier : « La démocratie est l'or-
LE SILLON il l \ POLIT1Q1 i: \)~
ganisation sociale qui tend à porter au maximum la conscience et la responsabilité civiques de chacun. »
Et je demande: Cette tendance se rapporte- t-elle à l'ordre social ou à Tordre politique?
J'entends M. Marc Sangnier déclarer au Congrès d'Epinal :
« La démocratie n'existera vraiment que le jour où les citoyens joueront un rôle actif dans la direction du pays, où ils seront les gardiens de la chose publique. »
Et je demande : Est-ce là prêcher le devoir social ou le devoir politique, les vertus sociales ou les vertus politiques?
Je demande ce qu'il y a de commun entre l'action catholique, et celte forme d'organisation faussement dénommée sociale, imaginée sous le nom de démocratie, en vue d'en déduire comme conséquence nécessaire la forme républicaine (i).
Je demande si c'est de terrain social ou de terrain politique qu'il faudrait parler, quand on déclare : « Est-ce à dire que nous ne pouvons travailler, sur te terrain social, à f avènement de lu République démocratique vers laquelle tendent tous nos efforts (2) ? »
Je demande s'il n'est pas intolérable d'entendre fonder l'amour de la République sur la foi divine! « Nous aimons la République parce que nous avons confiance dans le peuple et foi en Dira (3). »
Je demande s'il n'est pas intolérable d'entendre
(1) Voir plus haut : le Sillon et la Démocratie .
(2) Discours uY M. Marc Sangnier au congrès d'Epinal. Le Sillon. a5 août Mto'i.
(3) L'Esprit démocratique, irr partie, chap. i.
parler di l'Evangile comme *'il wn&i été app sur la terre poar eonaacrer b république, k dém nétiser l;i monarchie :
o I l'est encore l'évang -t non te d dble
<jin est m Mai'- San^niei ardemni aflexiblemenl
républicain. Ame sœur de l'âme popuk né*
des âmes modernes, Mar< Sanguier voit dans la R blique L'affirmation de liberté que le Christ à le [<■• mier apportée au monde, et qui est la reeooDaissaifc i de La personnalité et de la dignité humaines... I. j vernement monarchique, où un seul chargé dea affi de la collectivité lui paraît un encou ut à legoïsme
et à l'inaction civiques : i! exige moins 5tolat,d
moins d'évangile.
« Toute réaction est antipathique à M. Mai nier,
parce que toute réaction lui paraît a men-
talité contemporaine et le Christ de nou Aussi Vévangéliste en est-il ani «abattre ai
douceur, mais sans hésitation ni réticence, le teurs de toutes nuances i j. »
Jedemandecomment unetelle attitude peut se concilier avec cette prescription de Léon XIII, dans l'encyclique sur la démocratie : « Ceci étant posé, les intentions et les actions des catholiques <jiu travaillent au bien des prolétaires ne peuvent assurément iamais tendre à affectionner ou favoriser un r gime civil de préférence à un autre. »
M . Marc Sangnier et ses amis ont-ils renoncé à travailler comme catholiques au bien des prolétaires, ou se défendent-ils de tendre à affectionner et à
(i) Les Nouvelles Semailles, p. 9. — On pourrait multiplier les citations. « Pourquoi les amis du Sillon ne publieraient-ils pas partout qu'ils sont ardemment républicains et démocrates? » (L'Univers, 17 novembre 1904, article de M. Marc Sang-nier. sur la Peur de penser.)
LE SILLOrs il LA POLITIQ1 I. 99
favoriser un régime civil de préférence à un autre/ Sont-ils exceptés de ceux pour lesquels Léon XIII dit encore : Ceux <jui se dévouent à l'action />opulaire chrétienne... ne doivent pas se permettre de ({('tourner à un sens politajuc le mot de démocratie chrétienne, sut tu cher à un régime de préférence à un autre, et prétendre V apporter avec eux par leur influence et leur action, d Vie X : « La démocratie chrétienne ne doit jamais s' immiscer dans la politique, elle ne doit servir ni à des partis ni à des desseins politiques! »
Mais il est dit que chaque mot du langage ordinaire prendra sur les lèvres de M. Marc Sangnier une signification inaccoutumée et prêtera aux plus étranges paradoxes, à de perpétuelles équivoques.
Ne lui est-il pas habituel de«protester qu'il entend ne pas taire de la politique?
oc Si d'ailleurs la lutte politique semble mal engagée et pou rassurante, combien paraissent au contraire réoonfortants les succès qui. partout, couronnent les efforts désintéressés, à condition . bien entendu, qu*U ne s'y mêlé aucune arrière-pensée politique (i). »
o Le Sillon s'est-il jamais occupé de politique (s)? i
C'est là un thème fréquent de ses assertions — et cela lui donne le droit de faire la leçon à d'autres, avec quelle fermeté!
« Pourquoi ne pas l'avouer, bien des catholiques qui ont eu la sacrilège pensée d'asservir la religion a la défense de leurs intérêts égoïstes et parfois injustes, peu-
(i) L'Esprit démocratique, ir# partie, chap. vin. (a) Le Sillon, 2 août 1
lui) LES IDÉES Dl 91L
\riit être ;i bon droit accui ponsables des
haines contre L'Eglise i ( i
De prime abord, il semble bien que la position soit quelque peu contradictoire.
\ Toulouse, "ii // présida dt abord une réunion des prêtres amis du Sillonfe), Marc Sangnier fut amené à expliquer comment l'œuvre du Sillon, bien nui' très nettement distincte de toute action politique, devait s*inspirer de Vesprit républicain (3 .
C'est au fond bien simple. Exclure toute arripensée politique, c'est prônera outrance la République, en s'abstenant d'une opposition qui lui nuirait.
Ainsi, l'action catholique du Sillon a pour but direct et premier d'amener tous les citoyens à jouer un rôle actif dans la direction du pays : mais le Sillon ne fait pas de politique.
Les évangélistes du Sillon proclament aujourd'hui hautement qu'ils sont ardemment républicains et démocrates : mais ils ne font pas de politique.
Le chef du Sillon accuse en toute circonstance les conservateurs d'avoir compromis la cause de l'Eglise et proteste que rien ne l'obligera jamais à s'unir à eux; mais il ne fait pas de politique.
Mais, par contre, intervenir dans la lutte actuelle pour démolir la législation inique et sectaire dont le filet serré nous étouffe, Dieu nous en garde ! ce serait faire de la politique.
Se lancer dans la lutte électorale, pour chasser
(i) L'Esprit démocratique, ire partie, chap. ier. -?.) Membres du Congrès de l'Alliance des Maisons d'éducation chrétienne.
(3) Le Sillon, 20 juin 1904.
LE sillon ET la P0LIT1Q1 l 1<»I
du parlement les francs-maçons qui l'encombrent, y pensez-vous? ce serait faire de la politique.
Eh ! mais il me semble que L'occasion serait pourtant belle ici, de développer la conscience et la responsabilité civiques de chacun. Il me semble que la démocratie serait là sur son vrai champ. Pourquoi donc s'abstient-elle ?
Il ne sera pas sans intérêt de rapprendre.
« Etre de l'opposition , — ce qui, pour certains, hélas!
n'est qu'une façon détournée de faire carrière (!) — qu'est-ce autre chose qu'anathématiser toujours le ministère, quoi qu'il fasse de bon ou de mauvais?... Disons, d'ailleurs, à la décharge de ceux qui, avec un courage (pie nous ne saurions tropadmirer, mènent la lutte contre le sectarisme puissant, que leur attitude même est la conséquence directe et nécessaire de celle qu'ont prise leurs adversaires.
« Cette politique est détestable. Il faut avouer qu'à l'heure présente il est impossible d'en faire d'autre. (Juelques-uns de nos amis qui s'y sont essayés se sont bien vite aperçus du danger qu'ils couraient : ils avaient
îles idées..., ils réclamaient qu'oncrût à leur sincérité
/ls demandaient, \><ir exemple, qu'on leur accordât cette épithète de républicains à laquelle //.s avaient droit, et, comme on leur disait « vous n'aurez notre confiance (/ni' lorsque, au prix d'un sacrifice de vos idées aux nôtres, vous vous aurez fait pardonner en quelque sorte votre qualité de catholique »,l'amourpropre fut parfois vainqueur de la conviction et, la mort dans lame, ils se résignaient à défigurer leurs opinions, afin que — lamentable paradoxe — on consentît à reconnaître qu'elles étaient belles.
« Le Sillon s'est toujours maintenu à l'écart de ces navrants spectacles. Il a proclamé bien haut qu'il ne faisait pas de politique, parce qu'il n'avait pas le droit de s'exposera ce que l'esprit qui fait sa force put être en-
ln-2 m SIU
i ivoqw KMiilU
impi . . >>
Oh! nous le connaissons, ccl esprit, noua sommes habitués à jouir de ses fruits et de ses h C'est le môme qui, depuis quinze ans, s parai les résistances et désarma tous 1rs ris.
Tenez, vous l'avez dit: il fait qu'entre le répar blicain et le catholique l'un cédât I*- pas â I et comme avant tout il ne devait pas y avoir d quivoque sur le loyalisme du républicain, le lique n'a eu qu'à rentrer sous sa tente.
Est-ce donc là ce christianisme intégral qui va faire la gloire de la jeune génération et le s;dut de la société !
Sont-ce là ces catholiques résolus à vivre publiquement leur foi, et pour qui tout, en ce monde — sublime leçon pour les chrétiens en décrépitude qui les avaient précédés — tout, la position, la famille, la vie même, doit être subordonné, au besoin sacrifié à la Cause?
La Cause, nous y serions-nous trompés, ce ne serait donc pas la Cause de Dieu dominant toutes les contingences et servie purement pour ellemême? La Cause, ce serait donc, en définitive, la Cause de Dieu liée au triomphe d'un système politique jugé indispensable pour elle ?
En vérité, ce n'était pas la peine de tonner si fort contre les autres, en leur reprochant amèrement d'avoir voulu l'asservir.
Ce reproche, fondé peut-être s'il s'adresse à tels gouvernants de l'ancien régime, devient parfaitement injuste, dénué de toute vérité, et n'est plus
(i Le Sillon, s5 août 1904.
il. S1LL0W II la POLITIQUE 103
qu'un cliché ridicule, si on entend le faire peser sur les catholiques de notre époque; tandis que la démocratie, elle, est prise sur l<i fait.
Quelle singulière position, que celle du Sillon ! Il verse tout entier dans la politique de système, incompatible avec une œuvre d'action sociale catholique, réprouvée par l'autorité pontificale chez les démocrates catholiques ; et il s'abstient de la politique d'action, indépendante de tout système, qui serait le premier devoir, exercice naturel et iminé diat des initiatives qu'il se pique de susciter.
11 était nécessaire de mettre en évidence les vues, les tendances, les espérances politiques du Sillon, de constater l'intime relation qu'il établit entre sa foi en Dieu et sa foi en la République, pour expliquer les deux attitudes toutes différentes, tout inverses, on va le voir, qu'il prend en place de la persécution déchaînée contre l'Eglise de Dieu en France, et à l'égard des catholiques dits conservateurs.
Devant la haine des sectaires, en présence des ruines qu'elle amoncelle, on garde sa paix, sa confiance, presque son sourire : ces épreuves sont permises pour le triomphe de la démocratie (i).
Mais quant à ses hommes d'opinions surannées, qu'importe qu'aucuns catholiques, peut-être, ne soient plus fidèles et plus dévoués à la cause de Dieu! Par cela seuls qu'ils se réservent à l'égard de la République et de la Démocratie, ce sont eux qui deviennent les vrais ennemis.
Et tout cela est logique.
(1) Voir plus loin, pag t s
Ht'i IDE! - l'i SILLON
El tout cela est réel à faire pleurer. Voici, par exemple, <in qpielf Lennei on pari* de la persécution.
lu vérité rien ne semble se préciser davantage que l'œuvre qui s'impose aujourd'hui aui jeunes i atholiqu de France. Si. oubliant un instant ce qui n'esl que superficiel et accidentel Q . faisant efforl pour n'avoir pas toujours la vue offusquée par les pénibl louloureuses uécessités d'une lutte politique pour le maintien des libellés essentielles, on regardait dans leur ensemble sans se laisser arrêter par certains détails I!) qui, pour cruels qu'ils soient, ne doivent pas retenir toute l'attention de Qotre France contemporaine et la jeune génération catholique qui monte à la vie, on apercevrait sa cloute plus facilement l'œuvre double qui -in:: nous: préparation des milieux catholiques, en vue d'une action de rayonnement, puis absorption progressive des milieux non catholiques, gagnés petit à petit par la vision chaque jour plus nette de leurs inspirations les plus profondes se réalisant dans le catholicisme et par le catholicisme (i). »
« Les sectaires sont en train de débarrasser l'Église de ce qui avait pu autrefois la rendre impopulaire en France. Ils se figurent la tuer en la frappant. Ils réveillent seulement ses énergies assoupies. La chassant de toutes les places officielles, ils la contraignent à chercher son appui et sa force dans les milieux populaires. Ils en font une conquérante; et s'ils lui enlèvent un pouvoir extérieur qui depuis longtemps n'était plus qu'un vestige et qu'une ombre, ils lui permettent ainsi peut-être de concentrer toutes ses forces sur l'œuvre essentielle et primordiale de la démocratie à réaliser et à discipliner dans la justice et dans l'amour du Christ (2). »
(1) L'Esprit démocratique, ira partie, chapitre n.
(2) L'Univers, ifi février 1900. Article de M. Marc Sansrnier.
M. Marc Sangnier avait déjà écrit dans le Si/Ion du 5 novembre 1902 :
« Les Jacobins semblent triompher aujourd'hui... ils se Bgurent dévorer une Eglise anémiée et à demi morte déjà; ils ne l'ont que déchirer un manteau vieilli qui, sans Ei \, serait tombe en poussière, laissant apparaître larobe nouvelle dont les siècles vont revêtir l'éternelle vérité.. .
« Si l'on appelle catholicisme l'état d'esprit démodé, la mentalité surannée e1 inféconde que nous oe connaissons que trop, hélas! j'en conviens, le catholicisme agonise, les sectaires ont gagné la partie... .Mais qu'ils ne soient pas trop fiers de leur inutile victoire!... une autre partie va se jouer aussitôt après... et je me figure, en vérité, qu'ils ne gagneronl pas celle-là!
« C'est qu'en effet une race nouvelle s'est déjà levée... »
El pour atteindre de si beaux résultats, qui hésiterait à sacrifier une génération ou deux? « On ne veut point faire le sacrifice (l'une génération, ou ne se résigne pas de bon cœur à cette action défensive qui devrait consister simplement à soutenir le choc de l'ennemi pendant que la jeune génération s'armerait et se fortifierait pour la lutte, prête à livrer une nouvelle bataille et à vaincre...
l'.t «.pendant n'est-ce pas là un indispensable labeur? N'est-ce pas peut-être parce que trop de catholiques toujours ont voulu sauver uniquement leur génération sans se préoccuper assez de seconder les efforts hardis de ceux que l'avenir devait enfanter à la vie sociale, qu'ils sont depuis si longtemps régulièrement battus... (1)? »
On retrouve ici les conceptions humanitaires du Sillon. Le présent importe peu. C'est l'avenir de la démocratie qui doit être le vrai terme de nos efforts;
(1) Lf'nirers, 2 mars igo5. Article de M. G. Hoog.
i Bfl [DÉEÉ IM
que son! 1rs intérêt en
comparaison <lu bonheur que /a future m
devra?
Tournons-nous maintenant de l'autn
o f/s ne sont pns contre vou dît
!<■ Pape Pie X à M. Marc Sangnier, dans l'a idie solennelle de son récent pèlerinage (n sept en
parlanl des antres jeunes ■-■■ tholiques de I
« Us ne son! pas «-outre vou-, mais avec voi vos forces se rencontreront sur le même ten ain, soutenu z vous les uns les autres, et ne permettez jamais qu'une sainte rivalité dégénère on une opposition inspii les passions humaines ou par des «mes personnelles peu élevées. [J suffit que vous ayez tou^ une même une môme pensée, une môme volonté, et la victoire vous sera donnée... »
D'aucuns ont vu là un avertissement paternel. M. Marc Sangnier, qui prétend n'avoir reçu que des encouragements, ne s'est donc pas senti retenu par ces paroles. Aussi, voici comment il les met en pratique aujourd'hui encore :
« Et maintenant, que certains, ne comprenant ni ce que nous voulons, ni qui nous sommes, nous accusent de faire œuvre de désunion! Hélas! il faut bien nous résoudre à de telles et si lamentable» inintelligence tout au moins, nous nous consolerons en songeant que cette œuvre méchante et néfaste de désunion, ce sont bien vraiment ces esprits aigres "' chagrins qui chaque jour l'accomplissent are,- acharnement sans pitié pour l'Église et la France (i)... »
C'est l' E van g élis te, nous a-t-on dit plus haut (et le
(i) L'Univers, 12 janvier 1900.
LE sil.I.oN ET LA POLITIQl E 107
démocrate aussi, sans doute , qui est en lui Y ennemi </r tons les conservateurs.
L'expression paraîtra quelque peu forte et excessive, cependant elle ne fait que traduire la réalité, puisque M. Marc Sangnier a écrit dans sa revue et récemment inséré dans l'Esprit démocratique un article qu'il intitule : les Ennemis intérieurs du catholicisme .
11 y déclare sans périphrase que les plus grands ennemis de L'Eglise ne sont pas les abominables sectaires dont la haine est si féconde en vexations sataniques, — la vertu de la démocratie les déjouera — mais les catholiques réputés les plus fidèles.
Pour faire justice de tels écarts, il suffira de ne pas les voiler :
• Plusieurs parmi ceux qui passent pour les défenseurs attitrés de L'Église.. . font le jeu «les adversaires de cotre religion : ils acceptent et réclameraient même au besoin le Taux terrain sur lequel on 1rs convie pour continuer à les tailler en pièces, en toute sécurité. Ils ne voient dans le catholicisme qu'une force île conservation sociale; ils entendent s,- servir de la vérité universelle pour proté j intérêts particuliers; ils demandent
seulement au\ prêtres de Faire respecter un ordre qu'ils se sentent depuis longtemps impuissants à assurer euxmêmes ; ils réclament que les disciples du pauvre Nazaréen aillent prêcher aux foules nue résignation profitable aux puissants : ils paieront ces difficiles et délicats services de riches et abondantes aumônes ; d'ailleurs, n'estce pas là un échange naturel de bons procédés ; tous ceux qui sont dans les bonnes idées ne se doivent-ils pas assistance? Au reste, ces champions du catholicisme savent bien que la liai ne veille à leur porte et que la France d'aujourd'hui les supporte comme à regret et avec colère..., mais ce n'est évidemment pas de leur
ION i.i | [DÉl - Dl SILLON
faute: pas un instant ils ne songent à accuser leur inintelligence des besoins présents, leui pai t leur incurie sociale, leur morgue hautaine, leur dureté, leurs vices élégants, là stérilité de leur Foi raine, l'< lissementde leur volonté qui est engourdie dans son néant, pas un instant, il- ne soupçonnent qu'ils n'ont senti le Christ : non 1 tout le mal rient des autres qui horreur des gens bien pensants.
« Tels sont les ennemis intérieurs du catholi< isme On voit les dangers de l' union si l'on nous contraignait à l'étendre jusqu'à eux (i).
« D'ailleurs, ce ne sont pas là «les périls nouveaux dans l'histoire de l'Eglise de Dieu : à travers le des siècles, nous la voyons sans < >mme é
contre les ennemis de l'extérieur qui veulent l'étouffer par laviolenceet les ennemis de l'intérieur qui • : 1 1 1
à la vicier et à la fausser à leur profit, réclamant d< docilité des services honteux qu'elle ne saurait jam leur rendre. Ces derniers ennemis sont les plus odie et les plus redoutables... »
Dans l'almanach du Sillon pour l'année 1800, destiné à populariser les idées favorites de M. Marc Sangnier, on peut lire :
« Les pires ennemis du catholicisme ne sont peut-être pas les ennemis de l'extérieur qui l'attaquent ouvertement et prétendent l'écraser par la force, mais les ennemis intérieurs qui s'en proclament les champions et qui, par leur paresse et leur incurie sociale, leur orgueil, leur dureté, leurs vices élégants, le rendent odieux et méprisable(2). »
(i) « Ce qu'on ne pourra faire non plus ce sera de nous obliger de nous rallier à ce parti conservateur qui essaie de faire que nous renoncions à nos espérances et à nos généreux projets . » (Compterendu du congrès d'Epinal, p. a5.)
(2) Pag-e 37.
Et plus loin, avec ce titre : Les excuses de l'anticléricalisme :
« Il faut avoir le courage de se poser cette question : ne sommes-nous pas responsables «les haines soulevées contre le catholicisme? Car enfin nos adversaires ne nous jugent pas d'après les enseignements du Christ, qu'ils ignorent, mais d'après dos actes et les exemples que nous leur donnons.
a Or, pour trop de catholiques la religion est-elle autre chose qu'une routine, un ensemble de formules qu'ils répètent et de pratiques qu'ils accomplissent, sans que jamais rien de l'esprit du Christ ait passé dans leur vie? D'autres ne la considèrent- ils pas simplement comme une « élégance française »? D'autres enfin ne trouventils pas « qu'il faut de la religion pour le peuple », parce qu'ils espèrent trouver dans le catholicisme une sorte de gendarmerie morale qui protégera leurs coffresforts contre les convoitises de ceux qui ne possèdent rien (i). »
Mais revenons à l'article cité plus haut :
Heureusement une race nouvelle s'est déjà levée, la race des jeunes démocrates...
« Que pourront faire contre cette invincible poussée de vie les majorités éphémères, les lois sectaires, les pointions mesquines ou violentes ?... Encore une fois le vrai danger n'est pas do ce côté, et quelque étrange que cela puisse paraître à plusieurs, l'ennemi redoutable a'est pas au dehors, il est en dedans... Et môme, certains sans doute, dont les vertus privées et l'inconscience suffiront à assurer le salut individuel, n'en demeurent pas moins en face du péril présent des ennemis involontaires du catholicisme en France. ..; et c'est peut-être la pire des calamités que d'être combattu par d'honnêtes gens. »
(i) Page 71.
MO IDÉES Dl
II est difficile, en vérité, de qualifier un tel hnaussi bien, la seule chose qu'on en puisse dire, c'est peut-être, précisément, qu'il est inqi li fiable.
11 l'est en Lui-même. Mais, en outre, porté dei les ouvriers, devant les classes populs
mera-t-il pas la (Jivision, la haine des classa, ne fera-t-il pas œuvre révolutionn;ni
M. Marc Sang-nier est-il conscient de ces résultats ? On est content d'en douter, quand on ! tend s'écrier ensuite, revenant sur la lettre du cardinal Merrv del Val, qui, cette fois, lui a peut-ét paru donner un sens aux paroles de Pie X :
i Comment saurait-on sékikuskmzct douter qu'en fait d'attitude, si nous devions intervenir dan- les
faires publiques, nous nous proposerions de joindre nos forces à celles des autres catholiques auxquels l'autorité ecclésiastique se montrerait favorable, afin qu'en aucune manière nous ne puissions réduire par notre faute avantages de l'unité d'action (i)
(i) L'Univers, 23 mars 1900. — Monseigneur Tunnaz. dans sa lettre sur les Idées du Sillon, commente très justement cette déclaration :
« Mais, dira-t-on, M. Sangnier a déclaré que ses adhérents, s'ils devaient intervenir dans les affaires politiques, s'uniraient aux catholiques auxquels l'autorité ecclésiastique se montrerait . favorable ». La réponse est facile : D'abord une pareille conduite serait en contradiction absolue avec les affirmations, les déclarations constantes et le système du Sillon. Si toutes ces déclarations, toutes ces règles ne peuvent être appliquées dans les circonstances les plus importantes, dans des luttes électorales si décisives. a quoi >erventelles et que valent-elles ? Et. dès lors, pourquoi les semer partout comme des brandons de divisions et de discordes °
Mais en supposant que M. Marc Sang-nier puisse se faire entendre des membres du Sillon, pourrait-il se faire entendre des gens du peuple, des ouvriers des villes et des campagnes qui ont été ses auditeurs ? Et s'il est entendu, serait-il obéi ? Tous sont-ils décidés à accepter de gaieté de cœur de pareilles contradictions ? Les démocrates chrétiens ont déjà mis en pratique, dans plusieurs élections, les déclarations de cette lutte contre les conservateurs. Et il est fort
Tout ingrates, tout injustes, tout odieuses que soient de telles imputations à l'égard d'hommes avec qui M. Marc Sangnier refuse de s'unir, sans
paraître même se souvenir que plusieurs parmi ceux qu'il appelle par ironie les défenseurs attitrés <le l'Eglise ont consumé leurs forces, prodigué leurs ressources, bravé les haines et risqué plus d'une fois leur liberté pour la cause religieuse, avec autant de dévouement sinon avec plus d'éclat que lui, toutes vilaines, dis-je, que soient de telles paroles, on aurait pu essayer (Yen détourner son attention, si les écrits et les discours de M. Marc Sangnicr n'étaient remplis de pareilles attaques, rendues calomnieuses par la généralisation qui les étend à toute une classe, et faites pour répandre la défiance, la division et les rancunes. Singulier rôle pour cet apôtre de la charité universelle !
Voici encore comment il parle dans son livre récent :
Au reste, que partout nos Sillons demeurent ée 1 is et simples maisons hospitalières à ceux que ne saurait contenter le vie factice et fausse, embrouillée de parti pris et de conventions, d'intrigues et d'égoSsme coalisés! Qu'ils soient Incapables de jamais satisfaire ceux que tourmente l'ambition, qu'aveuglent les préju-
. n'ouvrant jamais leur porte à ce méchant langag Qu'ils restent les douces et imprenables citadelles de loyauté, de l'amour plus fort que la haine ! Qu'ils oe se lai>>ent jamais toucher par ces mains imprudentes et
à craindre qu'ils aillent jusqu'à lutter contre des catholique dévoues, eu laveur de candidats auxquels des chrétiens, des libéraux et d'honnèles gens ne peuvent absolument donner leurs suffra.
étrangères qui étouffenl l'avenir 10111 leurs Fun<
étreintes (i) !..
Et encore : « Les socialistes et les réactionnaires
I ruinai lient en vérité à une même CBUVre. H • 1 1 1 * - 1 1 « 1 • - f 1 1
que les hommes doivent d'abord défendre Leurs in ter de classe et qu'il j aurait crime ou folie ;< ne pas tout sacrifier à ceux-ci... »
« Or, ces classes crue le socialiste et le réactionnaire tendent à exaspérer l'une contre l'autre, qn donc surtout qui les constitue ennem î. . .
Et ce n'est pas dans son cénacle seulement que M. MarcSangnier se répand en de telles invectives.
II n'aura pas plus de retenue devant les pires adversaires de notre foi commune. Je n'en citerai ici que deux traits tout récents.
On lit dans le compte-rendu de la conférence cou dictoire avec Jules Guesde, tenue à Roubaix le 10 mars igoS, ces paroles prononcées par l'orateur catholique :
K Le catholicisme a d'ailleurs trouvé deux ennemis: celui du dedans, qui se sert de la religion pour des intérêts privés, qui fait du sacerdoce un gendarme moral au service d'une puissance temporelle. Cet ennemi-là, M. Marc Sangnier h' redoute pur-dessus tout et le qualifie d<j Judas, est incompatible avec tout progrès et avec tout effort d'émancipation (3... »
Voici maintenant un compte-rendu familier, émanant d'un journaliste impartial et absolument digne de foi, qui écrit sur ce qui s'est passé à Bordeaux:
« Le dimanche 9 avril 1906, M. Marc Sang-nier a fait au cirque de la Grave une conférence publique et contradic-
(1) V Esprit démocratique, p. io3.
(2) Ce passage, tiré du même article, est reproduit dans l'aimauach igo5.
(3) Le Journal de Roubaix, 10 mars 1905.
LE SILLON ET l-A POLITIQUE 1 1 >
toire devant un auditoire catholique en grande majorité. Beaucoup de dames et déjeunes filles, de prêtres et surtout de jeunes cens <les divers patronages de Bordeaux. « M. .Marc. Sangnier a parlé de la " lutte pour la démocratie ». Il a, non sans éloquence, développé le programme démocratique du Sillon.
« L'avenirest à la démocratie, a-t-il dit en substance; nous devons travailler pour elle. Tous nos efforts doivent tendre à obtenir plus de justice et l'amélioration du sort des ouvriers dans une république vraiment démocratique et chrétienne.
« La tâche n'est pas facile ; mais les jeunes gens catholiques pratiquants n'auront que plus de mérite. Nous aurons contre nous des adversaires à droite et à gauche: peu importe !
(« L'orateur annonce qu'iJ va dire leur faitàces adversaires de droite et de gauche. Ce sont surtout les « réactionnaires •> qui écopent, ceux qui, ne faisant rien, veulent empocher de faire quelque chose, ceux (jui se servent de la religion dans un but politique, ceux (pii -lisent catholiques et ne pratiquent pas, etc.
((Ceux-là ne veulent pas en tend reparler de la démocratie, mais la démocratie se fera sans eux-mêmes contre eux!
« M. Marc Sangnier insiste tellement qu'on Un demande <!•' parler enfin des adversaires de gauche.
« Il attaque ces derniers, mais avec ménagement; il trouve encore le moyen de parler des néo-monarchistes qui, «lit-il, « sont doublement nos ennemis : d'abord comme libres-penseurs, puis comme royalistes ».
.M. Marc Sangnier n'ignore pas que ses déclarations républicaines démocratiques et chrétiennes lui vaudront des défections à droite et à gauche: peu lui importe. Il dit ce qu'il a à dire, confiant dans son idéal. »
Est-ce la foi catholique ou la passion démocratique, la passion politique qui pousse à de tels excès et qui porte M. Marc Sangnier à exagérer, au point
de Ica renverser presque, on pourrait «lire, à
exploiter certaines vérités de la f<
i Et mi tte libre et Fraternelle
n'est pas lirnitt'-e par les borne
ciété visible ; taudis qu'il v .ti-
quants qui ne font pas partie 'le son âm que la sève divine ne féconde plus, il y a parmi ceux qui semblent l'ignorer ou peut-être même la combatti cellules vivantes qu'embrase lacharité du Christ, v< mais présent, que revendique l'âme de l'Église universelle (i)... et ceci est la doctrine séculai catholicisme.
« Il faut que cette doctrine finisse enfin par quittâtes cercles fermés où l'on parle de théologie poui pandre forte et consolante à travers les n [ui
l'ignorent... Il faut que l'on ju^»- notre Chrisl - ce
qu'il est, et non pas d'après les méchants exemplaires que trop de catholiques en ont fourni (2;.
« Vous trouverez ainsi facilement le chemin des âmes; non pas seulement de celles des catholiques qui semblent plus près de vous en raison d'une même éducation religieuse, et qui souvent, du fait d'une religion mal comprise, sont plus inaccessibles encore, mais des âmes mêmes de tous les gens qui, au milieu de leurs erreurs et sous les mots de solidarité et de progrès de l'espèce, de mieux-être social, cherchent à préciser et à réaliser ces mêmes aspirations vers le bonheur, vers la perfection, vers l'infini qui sont propres à tout être humain, qui sont la marque du divin dans les consciences (3) . »
Ah ! parlez-nous, en effet, des socialistes, des libertaires, des libres-penseurs. Voilà des hommes,
(0 Ah ! si les néo-monarchistes n'étaient que libres-penseurs !. ..
(2) L'Esprit démocratique.
(3) Le Sillon, 20 juin 1904.
LE SILLON El LA POLITIQUE i l*>
ceux-là, dont on est séparé par de simples malentendus; on leur serre la main en public, on les appelle camarades, on fraternise avec eux.
« Victor Hugo, Combe ferre, Courfejrac, tout libres [tenseurs qu'ils s'intitulent, sont véritablement des <•/■/ tiens... Tous ceux, quels qu'ils soient, qui admettent cet
idéal de beauté, de justice et de bonté, même &' Us furent
injustes et haineux pour le catholicisme , tous ceux-là sont avec nous (i). »
Ajoutons-y, après tant d'autres, ce vertueux Zola qui ne demande qu'à conduire la jeune démocratie au Christ :
a Les hommes pèchent et point les choses..., un livre posé sur une table n'est point en soi un objet immoral (!!). Nous coulons croire, pour l'humanité cl pour Zola, qu'entre eux... i1 ne s'est point échangé un tel fardeau de scandales .
«... De cette mainmise sur nous de notre animal et de 1 énergie inconsciente des choses, Zola a été le puissant et incomparable poète... Ceux qui veulent dédier un marbre à Zola doivent savoir que sa place est prête au carrefour d'où la route conduit à l'idéale vérité (2). )>
Enfin, la lecture de l'écrivain révolutionnaire Gorki suggère à M. Marc Sangnier les réflexions suivantes :
(1) Le Sillon, aô octobre 1901.
(a) Le Sillon, 10 octobre 190a. Et précédemment (10 décembre 1879); « Xous ne faisons aucune difficulté pour reconnaître la rare valeur littéraire de Fécondité, la puissance dramatique, la rigueur des peintures, le lyrisme passionné qui soulève toutes les patres. 11 nous est agréable de constater que, dans un sujet assez scabreux (puisque le Fond en est la reproduction), M.Zola a su presque toujours conserver la tenuequi convenait à une œuvre de haute prétention philosophique et cela Miflira pour étonner les personnes qui se croient obligées d'accoler invariablement l'épithète d immonde au nom de M. Zola... »
116 m 5IL1
Il «si impossible de voir dans nos libres penî français les Frî jritables de eH anarchi te à
l'âme mystique et profonde, aux rêve troublant doux que la sainte Russie enferme pieusement dans son vaste sein comme des germes inquiétanl de r;-\ e1 d*ètrange rédemption.
D'ailleurs, Gorki comme Tolstoï, comme de là-bas. ont des âmes religieuses... Découvrons-leur le vrai christianisme... Aussitol ils b'j jetteront éperdu ment comme au terme douloureux de leurs inquièl 1er-
ches... »
Mais « l'heure n'est peut-être pas tout à fait venue d'appeler dans notre patrie les Gorki et les Gaponi pour que leurs veux puissent se dessiller enfin et pour qu'ils découvrent dans sa pleine et forte \> christianisme, la plus humaine et la plus divine des religions à la fois : Il y a encbre trop de réactionnai) en France » .
En vérité, c'est dommage ! et ce trait final est délicieux deux fois, par la surprise qu'il ménage et par l'audace de la pensée. Ah ! s'il n'y avait pas tant de réactionnaires en France, rien ne s'opposerait plus, n'est-ce pas ? à ce que Gorki et Gaponi vinssent y découvrir le christianisme dans sa pleine et forte beauté?
Le mot m'échappe, mais ce sont là des paroles d'illuminé.
Ainsi s'explique encore l'opposition radicale de M. Marc Sangnier à ce qu'il appelle l'idée d'un parti catholique.
Il a beau jeu à dénoncer une équivoque que personne ne voudrait soutenir en s'attachant à la signification propre du mot parti. Tout le monde sent à merveille que ces deux mots : parti caiholi-
LE SILLON ET l.\ POLITIQUE 1 17
que, s'accordent mal. Pourquoi cela? c'est que le mot parti implique les divisions politiques, et que le catholicisme n'est d'aucun parti. Mais Pie X a demandé qu'on fît le parti de Dieu, Non, il ne doit pas être question d'un parti catholique, pour cette raison très simple qu'il peut y avoir des catholiques de tous les partis.
Mais est-ce bien celle qui meut M. Marc Sangnier? Est-ce l'atteinte portée à cette liberté d'opinions qui lui fait pousser de vrais cris d'alarme et lui inspire coup sur coup des articles si émus? Ce n'est pas l'intérêt catholique, mais l'intérêt démocratique, qui est en jeu pour lui :
« Les catholiques de France coure ni un terrible danger que la plupart méconnaissent encore, que certains acceptent avec joie... encore une l'ois les catholiques français, perdant tout le prix des efforts qu'ils ont faits, des larmes qu'ils ont versées, «les sacrifices qu'ils se sont imposés, risquent <!<> courir à ['abtme... Au nom des
intérêts sucrés de tu religion catholique en France,
pas de parti catholique (i). »
Quels sont donc les intérêts sacrés de la religion catholique en France? Ce sont ces intérêts de la liberté religieuse, pour lesquels les Papes ont conjuré les catholiques d'unir leurs efforts, en renonçant aux divisions politiques.
I !e sont les intérêts communs aux catholiques.
Sur le terrain de ces intérêts, de cette liberté à reconquérir, ils doivent tous s'entendre, s'unir; ils ne doivent pas constituer un parti, mais il est de toute nécessité qu'ils forment un bloc v2).
(i) Le Sillon (a5 février 1905), l'Univers.
(2) Ces lignes étaient d«jà écrites depuis plusieurs jours, quand nous avons ou la satisfaction de lire dans l' Univers, sous la plume
! b voix des Souverains Pontifes, leurs directions,
leurs appels n'ont. d'autre but que d>* ;
nécessité et de la faire accepb
Se constituer on parti catholique, ce serait intervenir au nom du catholicisme dani
du pays. Former un bloc, c'est unir son actioi la défense d'intérêts communs, quelles que soient d'ailleurs les divergences sur les choses qui ne rapportent pas. Dans le cas présent, ce seraiî a finir pour la défense de la patrie, de la morale, de la liberté religieuse. Et qui donc entrera dans cette union, sinon tous les catholiques d'abord i
Quiconque, mais quiconque indistinctement, voudra lier le triomphe des intérêts catholiques à celui de son parti aura trahi la défense des intérêts religieux et la cause du catholicisme en Fiance.
Si les monarchistes, dans les circonstances où l'intérêt religieux le demande, refusent de s'allier aux républicains catholiques pour briser à tout prix le
de M. Eugène Veuillot, le 16 mai 1900 : « Ne relevons pas le parti catholique, mais formons un bloc où tous nos groupes, toutes nos écoles rentreront. .. S'il convient d'écarter les mots qui pourraient effrayer ou gêner des alliés nécessaires, il ne faut pas aller cependant jusqu'à voiler notredrapeau, jusqu'à craindre de nous déclarer catholiques avant tout. »
(1) M. Marc Sangnier, dans ce même article, conjure les catholiques « de ne pas se laisser réduire à l'œuvre de défense à laquelle on entendrait restreindre leur activité de Vaincus » ; il pleure sur la ruine de ses espérances, « si soucieux seulement de leurs propres intérêts confessionnels.. . ». C'est toujours le même vice de raisonnement. Faire cela et ne faire que cela ne sont pas une seule et même chose. Faire cela et le faire en première ligne n'empêcherait aucunement de faire autre chose encore; mais, au fond, se révèle partout la même erreur : c'est de la démocratie seule, c'est d'une nouvelle orientation de l'esprit politique que M. Marc Sangnierattend le salut. Le grand défenseur du catholicisme intégrai adjure les catholiques de renoncer à la revendication directe de leur liberté religieuse. Gomme la démocratie postule le catholicisme. ils ne pourront manquer de triompher par elle et avec elle. Par malheur, le postulatum, car c'en est un pur, est indémontrable parce qu'il est faux, comme nous l'avons prouvé. On voit ce qui nous resterait.
LE SILLON M l.A POLITIQl E 1 lî)
joug des sectaires, sous le prétexte que, selon eux, le salut ne peut venir que du roi ou de l'empereur, et par lacrainte de voir lacrise se résoudresans amener la chute de la république, ils seront convaincus de subordonner l'intérêt religieux à l'intérêt monarchique.
Si les républicains, ou les démocrates catholiques, dans les circonstances où l'intérêt religieux le demande, refusent de marcher la main dans la main avec les monarchistes et les tiennent à l'écart, de peur que les exigences d'une lutte sans compi mission ne viennent à ébranler la forme actuelle du gouvernement, et parce que l'alliance du christianisme et de la démocratie est pour eux la condition nécessaire du salut, ils seront convaincus à leur tour de placer l'intérêt démocratique avant l'intérêt catholique.
Dans les conjonctures extrêmes où nous nous débattons, les uns et les autres demeureront impuissants, les uns comme les autres seront convaincus de volonté inefficace^ s'ils ne se montrent pas franchement résolus à deux choses, dont la seconde n'est pas moins importante que la première et sera la pierre de touche de leur sincérité : i° s'unir à tous < juels (jii ils soient, qui s'engageront à
soutenir un programme déterminé de revendications religieuses et sociales ; 2° et, surtout, combattreénmjiqupmcnt tous ceux yquel$ qu'ils soient, qui refuseront de s'engager à le défendre.
C'est de la dernière évidence.
Or, est-ce ce principe lumineux qui sert de règle à ces diverses Associations auxquelles tant de braves gens apportent leur adhésion et leur concours? Est-ce faute de l'adopter sincèrement qu'on s'y
120 Ll - IDÉES l'i -il.
agite plus qu'on y agit? Je laisse à «I le soin
d'en juger.
Quant au Sillon, s'il est une cfa indiscutablement des faits expoi actes et de sa ligne générale de conduit •. pour lui, le salut du catholicisme en i au triomphe de la démocratie; c'esi que les catholiques conservateurs ou monarchistes sont plus ennemis de la cause que les lihres-pe;. socialistes, c'est que l'alliance avec tous les catholiques sans distinction serait « la concentration â l'arrière-garde », un retard dans le progrès de la démocratie; et que le plus grand danger se trouverait non pas dansle parti catholique que personne ne préconise comme tel, mais dans l'union effective entre tous les catholiques.
Avec cela il ne lui en coûtera pas de s'élever aux plus belles considérations sur l'unité catholique (i . L'unité c'est encore plus beau que l'union. Avec quelle éloquence on nous la prêchait tout à l'heure 1
D'ailleurs c'est en soi si simple! A ma et fa quod viSj soyez unis dans l'amour, moyennant quoi vous pouvez diverger dans l'action tant que vous voudrez.
De tout cela ressort cette conclusion logique : le Sillon se comprend d'autant mieux qu'on entend plus littéralement, sa définition : un mouvement social [et politique) ayant pour but de mettre les forces sociales du catholicisme au service de la démocratie.
Et ce n'est pas seulement sa divine influence, sa force sociale, suivant la formule consacrée, qui est
(i) L'Univers, a3 mars 1905. Art. de M. Marc Sangnier.
ainsi mise à contribution, c'est sa doctrine sacrée.
C'est l'Evangile. Nous avons entendu expliquer que la République a, pour le nouvel apôtre, cette supériorité sur la monarchie d'être plus conforme à l'Evangile. Bonne leçon pour l'Eglise qui devra être la première à en faire son profit, son gouvernement ayant passé jusqu'ici pour être essentiellement monarchique.
C'est Dieu lui-même, c'est son inaccessible et inexprimable nature qui nous est présentée comme l'idéal républicain et le prototype de l'union entre le catholicisme et lu démocratie.
La page écrite sur ce sujet dans le Sillon du 10 août 1903 serait presque blasphématoire, si le ridicule ne la sauvait d'une profanation :
>< Si l'homme est incapable de démocratiser la divinité, Dieu le peut. Et le christianisme n'est précisément autre chose que la démocratie de la vie divine, do la « vie éternelle », comme dit L'Evangile. Par lui, la souveraineté il" Dieu est véritablement mise en participation. « Dieu, qui aurait pu nous traiter en monarque, a préféré nous proposer l'idéal républicain jusque dans nos rapports avec lui ; il nous a en effet envoyé son fils, pour nous convier à nous joindre intimement à ce Fils, à lui devenir semblable. Dieu, parce moyen, nous convie à nous solidariser avec sa seconde personne et à devenir ainsi un membre adjoint de sa Trinité.
h Par leur assimilation à la seconde personne de la Trinité, les hommes pénètrent dans la société des trois personnes divines et participent à leur majestueuse égalité. Le Christ qui aurait pu faire de nous ses sujets a préféré amoureusement l'aire de nous ses cohéritiers et ses Frères, ses concitoyens dans la cité de Dieu (II!). »
L'Église accepte-t-elle cette identification de la