ET L'APOLOGIE DU CATHOLICISME
Le Sillon ne se montre point ingrat envers le catholicisme, dont il attend un concours si efficace en faveur de la démocratie.
On aurait mauvaise grâce à lui ménager les éloges que mérite son zèle religieux.
Et c'est avec un très sincère, très sensible regret qu'on se voit dans la nécessité de le soumettre aussi à la critique.
Malheureusement, il est impossible de faire le silence sur les déficits qui l'empêchent de rendre à la vraie cause les services espérés, qui même lui nuisent, en dépit de l'effort déployé pour elle.
Sur ce point-là surtout, il nous en coûte de dire que ni le beau talent de M. Marc Sangnier, ni l'enthousiasme si communicatif de ses convictions, ni son intrépidité et sa ténacité à nulle autre égales ne compensent les inconvénients et les dangers de sa tactique, dans son œuvre d'apologie chrétienne, parmi les milieux populaires.
Ils se résument, pour nous, à ces deux chefs : i° Son libéralisme religieux; 2° La témérité de ses méthodes.
128 LES IDÉES Dl 811
F" SON LIBÉRALISME RELIGIEI x
La condition préalable pour bien servir L'Église est évidemment de la défendre comme elle veut être
défendue, et de ne pas la placer sur un terrain qu'elle déclare n'être pas le sien.
Telle est pourtant la position fausse et, par la même, dangereuse, où le Sillon la met par son libéralisme religieux.
Lelibéralismereligieuxconsistc dans l'effort pour rapprocher l'Eglise et le Monde, l'Evangile et les Droits de l'homme, pour réconcilier, comme le dit Pie IX dans la dernière proposition du Syllabus, l'Eglise et la « civilisation » telle que les partisans du naturalisme, de la libre-pensée et de la Révolution la comprennent.
Au jugement de ce grand Pape, les demi-vérités du catholicisme libéral sont souvent plus pernicieuses que des erreurs 'manifestes.
Les condamnations solennelles dont Pie IX le frappa ont été renouvelées non moins expressément par son illustre successeur Léon XIII.
Dans une lettre adressée, le 28 avril 1879, aux traducteurs des œuvres de saint Alphonse, Léon XIII loue le saint Docteur d'avoir réfuté à l'avance la plupart des propositions qui devaient être condamnées parle Syllabus.
Une autre lettre à l'évêque de Périgueux, datée du 27 juin 1884, porte : Le Syllabus est la règle où les fidèles doivent prendre les principes de direction de leur pensée et de leurs œuvres dans les difficultés présentes.
Les Encycliques Immortale Dei et Inscrutabili