LE SILLON EST L*APOLOGIE DU CATHOLICISME
en rappellent l'autorité et réitèrent toutes les condamnations portées par l}i<' IX (i).
Il est aisé de montrer que les conciliations cherchées par le Sillon sont de celles que L'Eglise rejette.
Si vous demandez à l'auteur des Nouvelles Semailles pourquoi « l'Evangéliste en est arrivé à combattre avec douceur (pi fit à Dieu !), mais sans hésitation ni réticence, les conservateurs de toutes nuances », il ne fera pas difficulté de vous dire :
« Marc Sangnier voil en tous ces tenants <lu passé des obstacles à la réconciliation du siècle et de l'Église e\ s'il est toujours très bienveillant..., il n'eu dénonce pas moins avec énergie l'attitude de certains hommes publics qui compromettent le catholicisme avec leurs préjugés vieillots et qui deviennent inconsciemment pour lui des ennemis de F intérieur (2). »
Après la condamnation de l'Américanisme, on
lisait dans la correspondance du Sillon:
1 Croyons-nous moins, après ces documents, que notre
devoir esl de chercher une conciliation entre le dogme
catholique et les idées du siècle, de travailler à une
adaptation progressive du catholicisme à toutes les for-
<|ui mènent à notre monde moderne (3 .
On voudrait laisser aux auteurs de ces affirmations la responsabilité de leurs paroles, mais les amis de M. Sangnier lui servent d'écho, et outre les faits qui confirment la fidélité de cet écho, luimême y ajoute des déclarations explicites comme
(1) Le Problème de l'heure présente, par M^r Dclassus. Nouvelles Semailles, p. 10.
Le Sillon, 10 avril 1S99.
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celle du Congrès d'Epinal en 1904, qui fil quelque bruit.
« est précisément à propos du Syllabus% el précisément aussi parce qu'on objectai! S M. Marc Sangnier la contradiction de ses théories avec les paroles et les actes de l'Eglise qu'il s'écriait : El pourquoi un catholique ne pourrait-il pas marcher avec le progrès moderne » ? El d'entrer à ce propos dans des explications, dont le moindre inconvénient était leur inopportunité devant un tel auditoire, leur inexactitude réelle (1).
M. Sangnier s'est vivement défendu d'avoir, en cette circonstance, sacrifié le Syllabus et l'autorité pontificale. Personne n'a intérêt à le maintenir malgré lui dans la position malheureuse où il s'était placé. Encore est-il fâcheux — et c'est ce qu'il faut retenir ici — qu'un apologiste de la foi, parlant devant un public mi-partie catholique, d'une instruction religieuse peu développée, et mi-partie hostile àla religion, présente la doctrine chrétienne dans un jour tellementdouteuxque ses amis soient exposés à ne plus bien la reconnaître, et que ses adversaires, s'estimant victorieux, tendent la main à leur contradicteur en lui disant : « avec des catholiques comme vous, nous nous entendrons toujours. »
M. Marc Sangnier est si bien sous l'influence du libéralisme qu'il l'affirme même en s'en défendant. La polémique qu'il soutint avec le journal la Vérité française, au sujet du Congrès d'Epinal, le montre glissant les formules de l'erreurdans la protestation même de son orthodoxie.
(1) Le Sillon, 10 juin 1904.
LE SIL1 ON il L'APOLOGIE Dl < \THOLICISME 131
« Mais nous sentez bien quéje n'ai nullement ru l'intention de désapprouver le Syllabus^ que j'ai toujours accueilli, au contraire, non seulemenl avec lepiusgTand respect, mais aussi avec la plus joyeuse reconnaissance, car sans méconnaître les droits de la pensée libre, il a le courage, trop rare, hélas! dans nos milieux catholiques faibles et lâches, de condamner vigoureusement le libéralisme corrupteur. »
L'éloge doiii M.. Marc Sangnier honore le courage du Souverain Pontife ne compense pas un tel abus île langage (i), pas plus que L'explication suivante ne satisfait son devoir d'apologiste populaire :
« Le SyllabuSf a écrit .M. Lapiçque, l'ut jeté à L'eau comme n'étanl pas de [dogme. — Evidemment, j'ai dû affirmer que le Syllabus, simple recueil de propositions condamnées par le Pape Pie IX, soit dans Ac* encycliques, soit dans des lettres, soit môme dans des allocutions, ne porte aucunement la note d'hérésie pour toutes les propositions qui s'y trouvent 2).
M. Marc Sangnier croit-il donner une idée juste à ses auditeurs en leur présentant le Syllabus en ces termes, quelqu'interprétation Légitime qu'ils admettent, et en posant une opinion très contestée pour une vérité acquise? Estime-t-il, d'ailleurs, que les seuls actesr.r cathedra obligent les catholiques? et croit-il suffisante, pour un auditoire comme le sien, la réponse suivante ?
M. Lapiçque. — Pouvez-vous n'admettre que les
dogmes et rejeter tout ce qui n'est pas défini ?
- M. .Marc Sangnier. — Nous sommes libres (?) je ne
(0 Toujours la même illusion Funeste, de vouloir forcer la vérité à s'exprimer par des formules consacrées de l'erreur.
(2) Lettre insérée par /</ Vérité française, 21 juillet IQ04<
is péril d'orgueil et de hérésie, de ne pas admettre ce qui a foi (l).
.M. Marc Sansmier dit encore : « A Ëpinal, j'affirmais seulement à .M. Lapicque que ce Syllabat doit apparaître, même aux veux des non—ci un do ment de grand bon qui,en aucune fa« aurait être en contradiction avec ce qu'il j a de 1 . dans ridée que se font nos contemporains des di la pensée libre (2 |
Dans VEsprii démocratique, il écrit :
est donc bi"n l'expression delà ée humain*
que ce sont ceux qui le stigmatisent comme un sym d'oppression qui sont les premiers à le refaire !.. r >itement à leur profit... »
L'auteur vent dire sans doute que le dogmatisme,
qui affirme et condamne, est conforme à la nati de l'esprit humain. Mais combien de lecteurs d'auditeurs seront capables de démêler sa pens
Monseigneur Turinaz conclut avec une logique irréfutable :
« Personne n'ignore que M. Lapicque est un librepenseur absolument opposé à l'Eglise catholique, dreyfusard très ardent et anticlérical déclaré. Il est évident. non pas seulement par le compte-rendu de M. Lapicque, contre lequel aucune protestation ni aucune observation n'ont été faites pendant plusieurs semaines après sa publication, mais par le compte-rendu du Sillon, que M. Lapicque n'a fait aucune concession. Il est évident. d'autre part, qu'il y a eu accord au moins sur des points très importants, puisque M. Lapicque a dit, d'après le Sillon, « avec des catholiques comme vous je n'hésiterais pas à marcher la main dans la main », et puisque
(1) Compte-rendu du Congrès d'Epinal.
(2) Lettre à la Vérité française, Q août 1904.