‹ Les idées du SillonChapitre 21 sur 23 · I 1 MI.LON · texte numérisé non relu

I 1 MI.LON

162 i.i . i. fi g |)i

lance extrêmes que la philosophie ■ pu ébaucher, n

i|n il appartienl à l'Eglise seule de

perfection <i de faire descendre de la

pratique ■> coucernant l'usage des l»i<-n> : « Elle ordoooe

an\ riches de ce siècle de donner, de communiquer fa

temenl leurs riches»

C'esl nu devoir, dît Léon XIII. non pas de strict

lice, sauf les cas d'extrême nécessité, mais de chi

chrétienne, un devoir par conséquent, dont on n<- j

poursuivre l'accomplissement par les voiesde la

humaine. »

« C'est pourquoi, dit-il encore, si la société humaine doit être guérie, elle ne le sera que parle retour a la ci aux institutions du christianisme

« \in-i. le f !hef de : . ayant constaté les o

breuses misères e rils de

sent, et voulant y porter remède, défend et maintient avant tout les bases essentielles de la société, qu à la fois sur les inégalités àe* conditions et les pxinci] de justice; puis, sans exciter les multitudes, sans fon i ter des troubles, sans se laisser entraîner par d'innovations qui s'est emparée des sociétés et les tient dans une agitation fiévreuse, il montre le salut dans la religion et l'Eglise, a Puisque la religion seule, dit-il, est capable de détruire le mal dans sa racine, que tous se rappellent que la première condition à réaliser, c la restauration des mœurs chrétiennes ; que les min Ut sacrés déploient toutes les forces de leurs âmes et toutes les industries de leur zèle ; qu'ils ne cessent d'inculquer aux hommes de toutes les classes les règles évangéliques de la vie chrétienne, et, par-dessus tout, qu'ils s'appliquent à nourrir en eux-mêmes et dans les autres, depuis les plus élevés jusqu'aux plus humbles, la charité, reine et maîtresse de toutes les vertus. »

« Tout cela est intelligible, tout cela est simple, et à la lumière de ces enseignements surnaturels et pacificateurs,on comprend une fois de plus que vraiment Jésus-

LE SILLON ET l \ Q1 ESTTOÎi SOC1 ILE H'».*{

Christ est Sauveur, qu'il apporte en lui (a solution de toutes les difficultés, ci et qu'il n'y a de salut par aucun autre : car nul autre nom sous le ciel n'a été donné aux hommes, par lequel nous devions être sauvés. »

Dans l'Encyclique Grave de commun/, sur Ja démocratie, le Pape condamne encore les erreurs suivantes :

i° Le rôle infime assigné à la charité et le blâme infligé à l'aumône dont il affirme le mérite etla nécessité; 2°il condamne l'erreur qui prétend que la question sociale seulement mie question économique. « La vérité est, ditil, qu'elle est principalement une question morale et religieuse, et que, pour cette raison, elle doit être résolue avant (ont par la règle des mœurs et le jugement de la religion »; 3° le Pape réprouve les accusalions injustes de ceux qui prétendent que rien n'a fait avant eux pour le bien du peuple ou qui prétendent » que les œuvres et les institutions dont l'existence et /(/ prospérité sont dues à la piété et à la générosité des générations précédentes doivent périr ou disparaître, absorbées par <!<• nouvelles institutions •> ; V il rappelle* la condamnation de l'Américanisme; 5° il affirme de nouveau la nécessité du concours des classes supérieures et riches et de l'union entre les différent classes sociales; 6° il affirme de nouveau la nécessité de la soumission aux évoques, auxquels il dit : « Oie' votre sollicitude soit éveillée en ces matières et que votre autorité reste entière pour diriger, pour retenir, pour empêcher. ))

On sait que le Motu proprio de Pie X, publié pour apaiser les discussions soulevées par les questions sociales, reproduit, avec indication des documents, les principaux enseignements de son prédécesseur. La brièveté de celte pièce, l'ordre dans

164 LES IDÉES Dl SU

lequel ces enseignements sonl rappelés, inculquent, avec mu' force nouvelle, le resped du droil de propriété, la distinction e( l'inégalité des cl L'interdiction pour l<;s catholiques démocrates de faire servir l'action populaire chrétienne à la prédominance d'une forme politique.

Enfin, les deux Pontifes onl également insisté sur la nécessité de donner un caractère confessionnel aux œuvres catholiques. C'estla négation </u tenu m neutre que le Sillon, à ses débuts, regrettait de ne pas trouver. Léon XlIIa écrit dans l'Encyclique sur la démocratie :

« Tel est le motif pour lequel, en exhortant 1"- catholiques .1 entrer dans les associations avant pour but «l'améliorer le sort du peuple, Nous n'avons jamais pou

à des institutions semblables sans avertir, en môme temps, qu'elles devaient être placées sous les auspî

de la religion, avec son appui et sa collaboration.

Et Pie X, entre autres instances, écrivait, le 19 mars 1904, au comte StanislasMedolago Albani. président du deuxième groupede l'Œuvre des Congrès catholiques:

« Nous sommes persuadé que le deuxième groupe emploiera tous ses efforts à éloigner ses adhérents, non seulement des sociétés qui sont une cause directe de perversion intellectuelle et morale, mais encore de ces institutions neutres, qui, sous couleur de protéger les ouvi ; ors, poursuivent une autre fin que le véritable avantage moral et économique des particuliers et des familles.

« A cet effet, Nous déclarons que, dorénavant, un ne tiendra pas pour institutions sociales catholiques celles qui ne donneront pas au deuxième groupe de l'Œuvre des Congrès leur adhésion pleine et entière... »

Recueillons maintenant les déclarations tlu

Sillon.

« Le Sillon a te droit de proclamer également qu'il ne l'ait pas de sociologie confessionnelle : s'il trouve dans l'Évangile des raisons spéciales et impérieuses de se donnera toul mouvement de solidarité, de progrès et d'émancipation parce qu'il y apprend le dogme de la libellé, de L'égalité ei de la fraternité humaines» il n'en reste pas moins libre dans l'application contingente do ers principes. Voilà pourquoi, comme nous l'avons montré an Congrès deTours, il n'admetpas qu'on introduise un confessionnalisme quelconque dans les syndicats, il les veut en dehors de tonte doctrine religieuse et s'il v entre ce ne sera pas pour imposer sa Toi, mais pour s'efforcer — avec toute la vigueur qu'il tient de cette Toi — d'améliorer la situation professionnelle de ses frères (i). »

Le Congrès de Picardie (juillet [Qo3)émet ce vœu unanime: «. Que les œuvres sociales créées par les Cercles d Etudes soient des œuvres non confessionnelles (2). «

A Nancy, le 18 mars 1905, .M. Henri Teitgen, du Sillon Lorrain, prend la parole dans une grande réunion publique organisée par l'U< P. de Nancy. << Il condamna l'action politique des syndicats qui doivent demeurer strictement professionnels et protesta contre les allégations du citoyen Beaurieu qui avait dénoncé connue une manœuvre de la réaction l'entrée de nos cainaradesdans les syndicats rouges. — Nous ne sommes pas l'avantgarde de la réaction, dit-il, les réactionnaires le prouvant tous les jours parles attaques qu'ils dirigent contre nous. Nous sommes partisans de syndicats professionnels et, comme nous n'avons pas l'intention île promouvoir de syndicats confessionnels, nous avons le droit de vous

ii) Les Xouvelles Semailles, p, 21'j.

(ij Le Sillon, 20 juillet lt,o3.

166 il - IDÉES D1 BILLOH

demander de ne |»as faire des syndicats la chose du parti socialiste (i j. o

Que dit le chef du Sillon lui-même? — Ou l i '

dans le en in pic rein lu du Congrèfl de BreU

— I ii séminariste demande si le Sillon est partisan des œuvres confessionnelles ou désœuvrés non confl

si on n elles.

— Marc Sangnier. — « La question est d'autant plus importante que certaines gens, <jn<'ll<' que soit la solution que nous adoptions, trouveront toujours à non- critiquer. Il est difficile de donner une ligne de conduite générale. Ce qui importe surtout c'est de sauvegarder 1 esprit des œuvres que l'on crée. Souvenons-nous bien que, de toute façon, c'est ootre esprit qui doit rayonner, pénétrer les milieux adverses, que les œuvres soient, dans leur composition et leur recrutement, confessionnelles ou non. » (??)

Le caractère confessionnel réclamé par les Souverains Pontifes pour les œuvres fondes par les catholiques est en parfaite harmonie avec leur doctrine sur la solution des questions sociales et le salut qui, selon eux, sont dans l'influence de la religion, dans de sages institutions, la résignation et la charité.

Selon eux, l'état social présent n'est pas à bouleverser, mais à améliorer. Tout autres sont les vues et le dessein du Sillon. Il n'a d'autres mots à la bouche, il ne trace d'autre programme que celui de la société future, par opposition avec la société actuelle qui doit crouler. C'est son thème le plus habituel (2).

(1) Le Sillon.

(2) Voir les conférences d'enseignement social {le Sillon, 10 avril 1905) et plus haut p. ioo.

Aux déclarations déjà citées joignons celles-ci, avec leurs développements authentiques :

Au Congrès du .Mans, on discute pour et contre les coopératives. M. Marc Sangnier intervienl par

ces paroles :

Marc Sang-nier : — « Tous les griefs des adversaires des coopératives se résument, d*une façon générale, à ceci : les coopérateurs n'y trouveront pas grand profit el ils auront supprimé sans pitié une classe digne d*intérôt. C'esl envisager la coopérative au seul poinl de vue de L'intérél pécuniaire. Mais, au fond, le bul de la coopération n'est pas la recherche d'un profil plus ou moins grand. (Test un moyen de vetaoïxoelep In société (i). »

Au Congrès national de Paris (février [905), il

pose la question dans les mêmes termes :

« .Marc Sanfifnier intervient alors en faisant remarquer <|ue nos camarades de toute la France attendent du

Congrès qu'il donne une orientation générale au mouvement coopératif qui doil sortir de la vie du Sillon. La question qui se pose en premier lieu est donc de savoir si les coopératives doivent tendre à transformer la société ou simplement à fournir aux prolétaires uwc

amélioration matérielle immédiate. Est-il à souhaite!', en

d'autres termes, que le régime coopératif se substitue au régime du salariat et du patronat? Au Congrès d'indiquer si c'est dans ce sens que nos amis doivent orienter leur effort (2). »

La suppression du patronat [et du salariat, la transformation de la propriété, il ue faut pas moins, en effet, pour le triomphe de la démocratie humanitaire rêvée par M. Marc Sanguie .

(1) La Gerbe du Maine ^ numéro spécial, p. \-> .

(2) Compte rendu du Congrès, p. 7»"'.

IIJH il g [DÉE8 Dl SILLON

Dans son discours prononce en réunion publia au manège Saint-Paul, le 26 Février i<><>.>. ou lit :

« La démocratie, c'est la possibilité pour < hacuu de travailler avec toutes ses énergies en nie <lu bonheui tous...

0 Nous voulons donc, camarades, arriver à pper

dans les milieui ouvriers français assez de 1 assez d'énergie vitale pour qu'ils se trouvent 1 de l'influence et des pouvoirs qui ne seront plus e vemenl réservés à une caste ou à une classe :

g Nous sentez dès lors que ce patronat et que ce salariat, contre lesquels s'irritent inutilement les socialistes et les révolutionnaires, tendront à disparaît] modifier, le jour où nous aurons créé, dans le cerveau des prolétaires, cette force vivante qui leur permettra de partager toutes les responsabilités parce qu'ils suffisamment conscients pour cela...

ce Voilà pourquoi le développement du mouvement coopératif nous apparaît comme une marche lente, mi sùrc. vers une société meilleure...

« De même, camarades, notre démocratie a comme l'orme politique, très évidemment, la forme politique qui ne délègue pas un seul homme pour représenter et incarner à perpétuité, par l'intermédiaire de tous ceux qui le suivront dans sa race, l'idéal de la nation.

« Le pouvoir nécessaire, ce pouvoir que nous ne voulons pas détruire, nous entendons le partager, que disje ? le multiplier si bien que chaque citoven se sentira responsable, non seulement de ses intérêts personnels, non seulement des intérêts de sa profession, mais encore des intérêts de la patrie, plus encore, de l'humanité tout entière (1). »

M. Marc Sangnier avait dit encore au Congrès du Mans :

(1) Compte-rendu, pp. c^, 96.

LE sillon ET LA QUESTION SOCIALE L69

h réalité, la coopérative ne supprime pas le patronat, mais clic tend à l'aire <lc tous «les patrons (?) et, par suite, des responsables, des conscients. CTesl de cette façon qu'elle prépare la démocratie (i). »

« La coopération amènera petit à petit une transformation du système de la propriété : nous savons bien que le système actuel ne durera pas toujours (:>). »

Le rapport sur les coopératives présenté au Congrès national de njo5 porte :

.. Nous nous refusons, en effet, à considérer comme

parfaite et Intangible la société dans laquelle nous nous

trouvons. On peul considérer comme nécessaire, dans une certaine mesure, la concurrence économique, comme

la loi de la chute des corps en physique ; mais les lois naturelles, qu'elles soient de l'ordre physique ou de l'ordre économique, peuvent être bonnes ou mauvaises, suivant l'usage qu'on en t'ait.

'est pourquoi nous voulons que le capital et la eon- CUrrence, ressaut d'être, comme ils le sont à l'heure

actuelle, des germes de guerre et des instruments de despotisme, servent à accroître la somme de bien-être et d'harmonie dont l'humanité a l>esoin (3). »

Ici le rapporteur nous fait remarquer, dans une note savante et suggestive, que saint Ambroise et saint Basile, « allant beaucoup plus loin, semblent nier la légitimité de la propriété individuelle ».

A Roubaix, dans une conférence contradictoire

(i) Compte-rendu, p l\b.

(2) Discours de M. Marc Sannnier, en réunion contradictoire Congrès d'Epinai. Compte -rendu, p. 5i.

13) Vœu de Rennes : le Congres affirme qu'il y a lieu de travailler à substituer au régime capitaliste actuel, basé sur l'individualisme, un régime l>a>é sur la solidarité et la justice. Il donne la coopération connue moyen à employer. (Congrès de Hennés, i3 mars 1904.)

17(1 m. ii g Dl ~ii i

arec M. .Iules Guesde, .M. Marc Sangn tre

ainsi en matière :

o Répondanl immédiatement ;'i M. Guesd< . M gnier estime i j n ' 1 1 n \ a * | * i * - des esprits bornés < j u î puis-

m croire à l'immutabilité des formes de le proprii Il juge que, comme l'es îlave et k sei disparaîtra et que le patronal fera son temps... Lui aussi, ilcroitque l'avenir nous réserve une t ûsation sociale meilleure, plus humaine.

... a Le capitalisme disparaîtra parla i ses, comme la féodalité a disparu (i). »

Et plus loin : " La lutte '--t m tins entre deux cla qu'entre deux esprits : l'un révolutionnaire as éty-

mologique du mot, l'autre rétrograde. On ive

dans toutes les classes <1«' la so Pour nous, nous

sommes imbus de l'esprit <le réforme et de progrès et nouscspérons de notre foi chrétienne l'émancipation la plus prochaine delà classe ouvrière tanl au point de vue économique qu'au point de vue intellectuel . Nous désirons grouper une élite prolétarienne <jui prépare l'avènement de la justice sociale et qui trouve dans le Chi libérateur la force d'émanciper et d aérer la démo-

cratie française. »

Quels seront les bons collaborateurs de cetteémancipation?

Nous citons la lettre de Mgr Turinaz :

« A propos delà conférence de Roubaix. la Croix <la Nord disait : « L'orateur n'a-t-il pas mis dans le même sac et les syndicats ouvriers et les syndicats qui, selon lui, sont entre les mains des patrons et dirigés à leur profit : les syndicats mixtes ? »

« Le Sillon n'est pas favorable aux syndicats jaunes, ou mixtes, qui cependant peuvent seuls résoudre la

i; Le Journal de Ronbaix, n mars 1906.

LE SILLON ET LA QUESTION 301 ! M.r. 171

question ouvrièreef so iale par L'entente entre les patrons et les ouvriers el entre les classes sociales, entente tant recommandée par Léon XIII. En réalité, il Favorise les syndicats rouges, donl nous constatons dé plus en plus nans la France entière les odieux attentats.

« Il \ a quelques mois, mi des membres les plus

Influents <lu Sillon dans cette région traitait dans une conférence les syndicats jaunes de traîtres. L'impression a été déplorable el Funeste pour le Sillon...

« L'Est Républicain, renàani compte <lu CongTès du Sillon à Nancy, s'exprime en ces termes :

« On parle ensuite syndicats. M. Marc Sangnier déclare que les sillonnistes ne sont pas opposés en principe;! entrer dans les syndicats rouges, mais qu'ils veulent avoir la promesse qu'on n'y l'ait pas de politique, ni d'anticatholicisme, ni d 'a nti militarisme.

" M. Boudoux demande alors à M. Sangnier si le Sillon es! prôl à appuyer les revendications touchant la journée de buit heures?

« M. Sangnier répond que sur le terrain économique

le Sillon peut donner SOU Concours aUX socialistes. « M. Boudoux paraît content. »

« .Nous Ferons seulement deux réflexions. Demander aux syndicats rouges « la promesse qu'on n'y l'ait pas » ou qu'on n'y Fera pas de politique, d'anticléricalisme et d 'antimilitarisme est se payer d'illusions et de rêves et c'est vouloir être trompé par des promesses qui évidemment neseront pas tenues. Même ces conditions seraientelles remplies, il n'en reste pas moins que le> syndicats rouges sont Les agents avoués du socialisme. Aussi M. Sangnier déclare que, sur le terrain économique, le

Sillon peut donner son concours aux socialistes, c'est-à-

dire au socialisme, répétons-le, condamné absolument par Léon XIII, en particulier dans toute une partie, de

l'Encyclique Rerum novarum. »

Au congrès sur l'Esprit démocratique, PI. P. du

172 il g IDÉES Dl SU l."N

\ . on mel en discussion de savoir s'il y aura de classes dans la démocratie ?

o Lesclasses devront-elles subsister dans une démocratie ?

« Il faut, dit quelqu'un, une égalité morale.

Marc Sang nier proteste; il ne s'agit pat seulement d'une égalité théoriques il foui faÎFe passeï d les mœurs tout ce qui peut y passer des idées chréti aes... (i). »

Le Sillon disait, dans son numéro spécial du 2 août 1904 : « Le Si lion"" veut réaliser entre tous. dis-

tinction de métiers ni de milieux sociaux et en dehors de toutes 1rs conventions étn / malfai-

santes, une camaraderie active et militante.

En bonne démocratie, le patron devra se faire tutoyer par ses ouvriers (2).

M. Marc Sangnier, dans le chapitre de l'Esprit démocratique où il fait appel à la femme, à la famil « Et ces barrières meurtrissantes qui séparent les hommes? est-ce assez de les avoir détruites entre quelq isolés? ne faut-il pas justement les supprimer entre ces familles nouvelles, invinciblement attirées vers l'avenir qui, grâce à elles, germe déjà, rédempteur, dans le présent mauvais. Si l'on n'a pas le courage d'aller jusquelà, autant presque retourner tout de suite en arrière : on éviterait ainsi des regrets, des remords, peut-être, et la hantise cruelle d'un monde meilleur, que Ton ne s'est pas senti la force de soulever sur ses épaules trop débiles. »

Mettons fin à ces citations par ce passage sur l'affranchissement de la démocratie, dans le discours au manège Saint-Paul (26 février io,o5) :

(1) Le Sillon, 20 juillet 1904.

(2) Voir appendice, p. 190.

<( Nous voudrions faire plus et commencer à organiser la démocratie non seulement en nous-mêmes, en nous libéranl des préjugés, des partis-pris et des convictions, mais déjà, autour de nous, en organisant matériellement l'embryon de cette cité future que nous rêvons. Voilà pourquoi, depuis quelques mois, le Sillon s'occupe activement d'oeuvres économiques. Il s'agil de libérer les syndicats de la pression des politiciens sectaires qui en Font des armes d'anticléricalisme et de jacobinisme. M s'agit aussi de libérer d'autres syndicats, composés souvent de bien braves cens, de ces ingérences patronales qui feraient du syndicat une arme, non pour l'amélioration du travailleur, non pour la réforme de la société, mais pour le maintien du ci statu quo »,

ayant pour unique raison de s'opposer au mouvement des rouges, étant essentiellement anti-socialistes. Ot\ il n'y a rien de plus maladroit et de plus humiliant que d'être anti"Socialiste.

« En vérité, camarades, ne nous groupons pas pour combattre le socialisme, mais parce que nous avons un idéal positif que nous voulons réaliser. Nous ne voulons pus détruire le socialisme, nous voulons P assainir, le transformer, l'absorber dons le grand mouvement </c la démocratie française (i). »

M. l'abbé Gayraud a écrit récemment une brochure sous ce titre : Un catholique peut-il être socialiste?

C'est une étude doctrinale. La question y est posée en termes excellents.

Il s'agit ici, dit-il, du catholique fidèle, c'est-à-dire de celui qui croit et qui accepte effectivement pour règle

(i) Comme le fait remarquer Mgr Turioaz, le Sillon avait bien raison de fêter solennellement cette année l'anniversaire de l'Encyclique Reram novarum.

IT'i m-i'i 8 Dl

de sa foi l'en menl infaillible de II :

em ore qu'il oe conforme pas louj a pratique

\ îe el ses croyan

culte.

« Mais jusqu'où s'étend la ri . la foi el l'on

lion de s'j conformer? Il c'est ps renconf

des catholiques qui s'imaginent que I nal'.' est limitée au définitions ex cathedra d< el des papt t-à-dire an i <lu ma -

ael «le l'Eglise. C'est là m matière de

foi. L'infaillibilité du pouvoir enseignant institué Jésus-Chrisl s'exerce, en outre, dans les du mag

tère ecclésiastique ordinaire, lorsque L< litîons,

puis longtemps définies, de la tradition apostolique trouvent vérifiées. Do plus, ce serait manquer «I docilité qui convient aux vrais fidèles, si l'o i bait obstinément à ta direction doctrinale que 1 ques et les papes, sentinelles vigilant tirées d'en

haut, impriment à l'Eglise dans certain eu face de nouvelles erreurs ou de tendances hél doxes.

« Ainsi l'enseigne expressément Léun XIII, à la suite de la constitution dogmatique vaticane Dei Filins, dans l'Encyclique Sapientiœ christianœ sur «les principaux devoirs des chrétiens », du 10 janvier 1890.

«. D'où il résulte qu'un catholique fidèle doit réprouver non seulement ce que l'Eglise condamne par un acte solennel ou par son magistère universel et ordinaire, mais, en outre, ce qui vient à l'encontre de l'impulsion donnée par l'autorité religieuse à la pensée chrétienne.

« Ce catholique peut-il être socialiste ?

« Qu'est-ce qu'un socialiste?

« Ce terme ne présente pas pour tout le monde un sens clair, nettement défini, sans équivoque, comme celui de catholique. On peut dire cependant que son acception première et naturelle comporte l'abolition de

LE SIJJ ON ET I \ Q\ BSTION SOCIALE 175

lu propriété privée cl le régime de la communauté des biens, sans Tien déterminer ni des diverses formes possibles de ce régime, ai des divers modes possibles <le son établissement, ni des solutions à donner aui multiples problèmes sociaux que soulèverait cette révolution économique...

u Qu'est-ce qu'un catholique est Libre de pena matière d'opinions économiques qualifiées do a socialistes »? Il va tans dire, on le venu bien, que je n'approuve pas tout ce que je déclare théologique ment libre pour nu catholique. »

M. l'abbé Gayraud dégage l'idée essentielle du

socialisme des raisons sur lesquelles ses plus bruyants propagateurs prétendent l'appuyer :

« Il me semble que F» :iahsme c'est d'être

une doctrine communiste ayant pour objet d'organiser la vie économique de L'homme en société. Tout Le reste, à savoir La politique, la philosophie, La science, la Libre pensée, L'irréligion, Lui sérail extérieur et adventice. »

Il établit, d'autre pari, que « ce n'est pas seulement la partie anti-catholique de la philosophie et de L'irréligion du socialisme qui a été condamnée par les papes ou des actes répétés de leur magistèi e doctrinal, encore que ce ne soit pas sous la forme rigoureuse des jugements ex cathedta; c'est en outre la thèse économique communiste de la suppression de la propriété privée.

« Le devoir du catholique fidèle apparaît donc clairement. 11 ne peut approuver un pareil communisme. »

Comparez avec cette définition du socialisme celle qu'en donne M. Marc Sangnier.

Il se réfugie dans l'équivoque, en déclarant qu'il

ITH [DÉ1 Dl 8IL1

le lnii. el s'arrange de façon à ne pas se mettre en opposition avec le socialisme dans les questio sociales. Il ne le rejette que comme système moral el religieux.

Certains, qui se complaisent à employer let exp sions vagues et impropres, désignent par social i toute critique de l'organisation sociale actuelle, tentative «le transformation (il tout efforl vers plus de

justice et de solidarité. I.\ idemment, non- ce

sens trèsfiersd'etre accusés de socialisme, mais il imp de donner autanl

Tout d'abord — nous n'entrons pas bien entendu dans le détail des différents programmes souvent contradio toircs et nous voulons nous en tenir n V essentiel — socialisme apparaît comme en lutte de plus eu plus ouverte avec toute idée chrétienne et surtout avec la loi catholique qui reconnaît dans l'Eglise non un vague inconsistant assemblage de bonnes volontés religieus mais une société spirituelle véritablement organisée, une xoc/c>f<>/>ar/affe,commeonditen théologie. Le socialimoderne tend à aller plus loin. De plus en plus il usurpe sur le domaine religieux et moral, il devient une conception intégrale de la vie. Dès lors, évidemment, de telles prétentions le rendent inadmissible...

Que si, maintenant, nous nous rencontrons sur bien des projets de réformes immédiates avec les socialistes ; que si, d'ailleurs, certains d'entre eux, renonçant à une systématisation de doctrines et à toute préoccupation

(i) Personne n'a jamais appelé socialisme toute critique de l'organisation sociale actuelle, toute tentative de transformation. Maison appelle socialisme une certaine critique, certaines tentatives. Selon sa méthode presque invariable, M. Marc Sansmier, au lieu de prendre la contradiction de la proposition qu'il contredit, va chercher le contraire, qui lui donne raison à bon compte. Toute critique, toute tentative ne mérite pas le nom de socialisme, donc aucune critique de l'organisation sociale actuelle, aucune tentative de transformation ne constitue le socialisme. La voilà, l'équivoque. Or, je le répète, elle est passée presque à l'état de méthode chez M. Marc Sangnier.

LE SlI.LoN ET LA QUESTION SOCIALE 177

métaphysique, rétrécissent leur activité à la réalisation d'immédiates réformes, nous ae saurions sans doute que nous en réjouir. El après tout, ne suffit-il pas de dire : « Telle Idée est juste, défendons-la; telle loi est équitacable, soutenons-la », sans se soucier d'autre chose? Le tholicisme a une force divine qui lui permet d'être la vivante synthèse de toute justice et de toute vérité, c'est l'universel bercail auquel il Tant ramener toute idée qui, par quelque chemin que ce soit et à travers même les ténèbres de l'erreur, vient de Dieu.

Quant à nous, suis nous attarder au\ vaincs et inutiles polémiques, nous nous efforcerons toujours de faire n'uvre positive. Nous dirons à tous, à ceux Je droite comme à ceux de gauche : voilà ce que nous sommes ; jugez-nous d'après nos actes : la meilleure manière de vous décrire notre démocratie, ce sera encore de la faire et de vous la montrer (i).

Conclusion : le Sillon reconnaît se rencontrer avec les socialistes sur beaucoup de points. Pas de polémiques avec eux; car le catholicisme est la synthèse. Quant à l'Encyclique Rerumiiovarum> elle commence bien à ressembler à une vaine et inutile dispute.

Mais, observe .M. l'abbé Gayraud, il y a lieu de distinguer l'anticapitalisme absolu, universel, (\\\\\ autre anticapitalisme, d'un collectivisme édulcoré, embourgeoisé, qui n'est point universel ni absolu, et qui se répand beaucoup aujourd'hui.

(le n'est plus la suppression absolue, universelle, du capital; c'est le remplacement du capital privé par le capital collectif.

Ce socialisme modéré repousse l'appropriation privée des moyens de production et il veut y substituer la mise en propriété collective de ces moyens : biens-fonds, ateliers, machines... La propriété privée des moyens de

(i) Le Sillon. Esprit et méthodes^. 3o.

178 i i - [Dl i - m -il i

consommation ou de jouissant pe . selon Loi, être supprin*

A la rigueur, pense .M. L'abbé Gayraud, la distinction entre les fruits du travail personnel, on lesbû n >m-

ptibles par l'usage, -'t. les m tion ci de répartition, pourrait suffire principes. Léon XIII et Pie \ le sontprono son sur certains |>rimip<-s de droit naturel >-\. divin, Lia n'ont pas fait cette <listiiirii«»ii par laquelle la force de q uniques arguments antisocialistes se trouverait émoi

Le droit naturel de propriété n'est plus i peut même s'étendre jusqu'aux • moyens capitaliste eux-mêmes, car l'école de Marx admet la proj cor-

porative capitaliste.

Le socialisme ainsi entendu comporte donc une a nuation considérable du communisme d'autref

La collectivité propriétaire à laquelle pourraient appartenir les moyens capitalistes de production et de ré] tition serait triple, selon certains socialistes : l'Etat, la commune, une association. C'est un point de grande conséquence que d'admettre, dans la société socialisée, des associations propriétaires de capitaux. Ce socialisme modéré ne prétend donc abolir et interdire que la propriété privée individuelle des « moyens capitaliste Mais par l'entremise de la corporation, de l'association, la propriété des « moyens capitalistes » eux-mêmes trouve maintenue. .

Ni le droit naturel, ni la doctrine catholique ne s'opposent à ce que l'Etat et la commune soient propriétaires de moyens de production et de circulation. L'Eglise n'en repousse pas le principe; et, d'autre part, un certain socialisme modéré admet des collectivités propriétaires de « capitaux » en dehors de l'Etat et de la commune...

En outre les biens consomptibles, « ceux, dont on ne peut user sans les détruire en totalité ou en partie », par exemple, la monnaie, les aliments, les vêtements, et

g font ce (|ui ne donne pas au possesseur la faculté de dominer, d'exploiter, de spolier Les autres », comme la brouette du paysan et L'aiguille de La ménagère, L'habitation aussi, sans doute, et Les instruments de travail individuel, ces biens consomptibles, on admet pour eux L'hérédité, el quand <>n parle d'usage personnel, on n'exclut pas l'usage familial.

En sorte que la seule propriété individuelle abolie par le socialisme, c'est la propriété qui « produit automatiquement renie ou intérêt ri qui permet au propriétaire de rejeter sur autrui le fardeau du travail ».

D'autre paît, les catholiques ne nient pas du tout qu'il y ait parfois nécessité ou utilité publique à ce que les communes ou la nation deviennent propriétaires et chefs d'entreprise, même avec monopole; ils ne soutiennent pas non plus qu'il soit contraire au droit naturel ou au droit divin de rendre propriété collective de l'Etat, de la commune ou d'une corporation de travailleurs, certains m moyens capitalistes » qui fonctionnent aujourd'hui : par exemple, les chemins de fer, les raffineries de pétrole ou de sucre, les distilleries d'alcool, etc..

Allons jusqu'au bout. Ouel est le principe justificatif et directi f de la désappropriation et de la socialisation communale ou nationale de biens particuliers? 'l'est l'intérêt général «lu peuple : la socialisation est Légitime Lorsqu'elle devient nécessaire à la sauvegarde de l'intérêt national. Eh bien, cette maxime d'économie politique en quoi donc est-elle contraire à la doctrine de ï'Eglis

M. l'abbé (îavraud conclut cette argumentation, que nous regrettons d'avoir résumée si sèchement et si imparfaitement, en disant : ( )ù est donc la contradiction entre ce socialisme modère et la doctrine de l'Esrlise? Pour moi, je n'en vois pas de formelle, de Logique; el socialisme modéré ne me parait pas théologiquemen) condamnable.

Cet aperçu sommaire éclaire les nouvelles doc-

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trines économiques du Sillon, le terrain sur lequel il cherche la conciliation, e( aussi les arguments qui appuieraient au besoin sa défense an point de nie doctrinal.

M. Marc Sangnier se défendra très légitimement d'être socialiste, même avec les restrictions qui, à

la rigueur, sauveraient peut-cire l'orthodoxie.

Mais on reste en droit d'estimer que, dans les questions sociales comme en d'autres, le désir de la conciliation avec les adversaires des principes catholiques l'entraîne à des concessions regrettables, propres à troubler les esprits et à favoriser l'erreur.

Assurément, le Sillon défend la propriété individuelle et privée comme un principe de droit naturel. Mais, premièrement, il devrait montrer plus de confiance dans sa valeur, dans la nécessité de le maintenir pour lui-même, au lieu d'étayer cette nécessité, chaque fois qu'il en parle, par des raisons d'opportunité qui l'affaiblissent.

« Et, même quand les associations des travailleurs posséderont les moyens de production, la propriété privée, croyons-nous, sera encore utile non seulement comme une extension légitime de la personnalité humaine, mais comme instrument de progrès et comme champ d'épreuve (i).

«. Nous considérerons qu'un minimum de propriété

— pourquoi, et de quel droit décrétez-vous ce minimum?

— demeurera toujours nécessaire pour être comme le symbole, le relèvement extérieur et la sauvegarde de la liberté morale des individus, et par-dessus tout nous tenons à cette liberté morale (2). »

(1) Conférence contradictoire de Roubaix. Le Sillon. Esprit et méthodes, p. 3i.

Est-ce qu'un symbole de propriété ne suffirait pas à ce symbole de liberté ?

En second lieu, en prônant la transformation de la propriété, la suppression du capitalisme, du patronat et du salariat, l'égalisation, sinon la suppression des classes, en agitant des questions aussi scabreuses devant les auditoires populaires, il se rapproche tellement des socialistes que nous sommes en droit de retenir contre lui ; les conclusions d'un démocrate, dont l'autorité devrait être pour lui d'un grand poids.

M. l'abbé Gayraud avait eu soin de noter, au début de son étude, qu'il était loin d'approuver ce qu'il présentait comme théologiquement défendable. Après avoir établi que la restriction apportée par le collectivisme modéré au droit de propriété privée individuelle, en ce qui concerne les moyens capitalistes proprement dits, n'apparaît pas formellement et absolument contradictoire avec la doctrine catholique, il ajoute: elle sera, si l'on veut et j'y consens, antisociale, impolitique et dangereuse.

Aussi, se retourne-t-il, en sociologue, contre ce collectivisme mitigé, pour défendre la propriété individuelle.

Antisociale, impolitique, dangereuse, telle nous paraît être, en effet, la présente action démocratique du Sillon.

Et pour une œuvre d'éducation populaire, peutil y avoir rien qui la condamne plus fortement?

Christianiser la révolution, selon la parole d'un démocrate chrétien, et absorber le socialisme dans

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la démocratie régénérée par la foi, sont deux otopies semblables, gonflées <le toutes les illusions du pin* libéralisme.

En voulant donner une teinte de christitnisn la Révolution, satanique dam son essence, on n*pourrait aboutir qu'à révolutionner le christianisme.

En voulant transformer et absorber le socialisme, on n'atteindra que ce résultat, d'ébranler 1rs principes sociaux, de fausser l'esprit du peuple el défaire, en définitive, le jeu des socialiste.

C'est, nous semble-t-il, une témérité prodigieuse ou, si l'on veut, une déplorable inconscience, c < une gageure dont l'enjeu est effrayant, d'aller agiter devant le peuple des questions si hasardeuse, et de mêler devant lui à des théories économiquement très discutables, très scabreuses, ces choses sacrées : la foi religieuse et l'amour du Christ.

Oui, antisociale, impolitique et dangereuse, cette action démocratique, que des socialistes, tels que le libre-penseur et anticlérical Lapicque, après le Congrès d'Epinal, apprécient en ces termes :

« Marc Sangnier a parlé de la démocratie en vrai démocrate, il veut développer en chaque être humain la conscience individuelle et le sentiment de la responsabilité. Il parle en socialiste; pour lui, la propriété n'est ni immuable ni intangible ; il a dit en propres termes que le salariat disparaîtra comme a disparu le servage et l'esclavage. Pas un appel à la tradition; tout pour l'avenir. L'idéal social exposé par Marc Sangnier étant le nôtre, nous, les quelques républicains présents. avons applaudi, c'était naturel : mais tout le parti de l'Eglise*applaudissant aussi, c'est là l'étrange. »

Tout n'est pas vain et faux, non plus, dans Far-

ticlc que le journal la I{(''j)ublujue de la Sarthe consacrait an Congrès du Mans :

« M. Sangnier a eu beau nous affirmer que sa doctrine avait reçu l'estampille du Pape: il n'a convaincu personne.

« Le directeur du Sillon a du talent et de l'esprit, mais il manque de courage.

« II jette par-dessus bord Le dogme, le miracle, la révélation. La maxime du Christ a Aimez-vous les uns les autres» (laquelle, entre parenthèse, date de quelques siècles avant l'Evangile) lui paraît suftisante.il relègue

dans un coin de placard tout le hrie à hrac liturgique.

Sa théologie se réduit à un vague protestantisme, à un christianisme dilué à la façon de Tolstoï. « Qu'il prenne garde, pour deux raisons : m D'abora, il habitue au raisonnement et à la contradiction des jeunes gens que lui amènent tout embrigadés les curés des paroisses. Il active leur émancipation intellectuelle. 11 leur fait chanter la Marseillaise et les habitue à prononcer le mot République. 11 prépare ainsi pour son parti bien «les désertions.

(( Ensuite, il l'ait évoluer une religion qui n'admet pas le progrès et que tous les Papes ont proclamée immobile et définitive. Il va jusqu'à dire, le malheureux, que le Pape est un simple thermomètre enregistreur ( i) ! Il tend vers le socialisme qui a été proclamé par l'Encyclique du Q novembre [846 « invention pestilentielle». Nous prophétisons qu'avant deux ans d'ici M. Sangnier

sera excommunié... »

M. Marc Sangnier ne sera pas à bout d'arguments pour soutenir qu'il ne fait pas le jeu des socialistes, et que ses auditeurs chrétiens sortent de

(i) II. Marc- Sangnier avait cru pouvoir recourir à cette singulière comparaison, pour expliquer «iu<- le l'.ip-- constate la foi existante dans l'Eglise, cl ne la définit pas de lui-même.

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(elles discussions avec des Idées plus claires, et des principes plus affermis.

M;iis il est une position qu'il doit renonô

tenir, c'est celle du catholique conformant sou action sociale aux règles posées par les louverains pontifes Léon XIII et Pie X, et, à plus forte raison, l'exerçant au nom d'un catholicisme supérieurement

entendu.

Non, sa démocratie n'est pas un des 'aspects de la démocratie chrétienne dont les Papes ont parlé, elle n'en a pas du tout l'aspect, elle est toute différente, par l'aspect et la réalité.

Et si M. Marc Sançnier est soucieux de rester fidèle à leurs instructions. qu'il médite, entre autres paroles pontificales, cette réponse de Léon XIII à M. Harmel, exaltant devant lui les espoirs de la démocratie chrétienne :

« Puisque vous venez de faire allusion à la démocratie, voici ce que, à ce sujet, nous devons vous inculquer :

Si la démocratie s'inspire aux enseignements de la raison éclairée par la foi; si, se tenant en garde contre de fallacieuses et subversives théories, die accepte avec une religieuse résignation et comme un fait nécessaire, la diversité des classes et des conditions; si, dans la recherche des solutions possibles aux multiples problèmes sociaux (jui surgissent journellement,elle ne perd pas un instant de vue les règles de cette charité surhumaine que Jésus-Christ a déclaré' être la note caractéristique des siens; si, en un mot, la démocratie veut être chrétienne, elle donnera k votre patrie un avenir de paix, de prospérité et de bonheur.Si, au contraire, elle s'abandonne à la révolution et au socialisme ; si, trompée par de folles illusions, elle se livre à des revendications destructives des lois fondamentales, sur lesquelles repose tout l'ordre civil, l'effet

immédiat sera, pour la classe ouvrière elle-même, la servitude, la misère et la ruine (i). »

Enfin, qu'il médite aussi le communiqué par lequel VOsservatore romano précisait la portée de ces paroles :

« Le chef suprême du monde catholique vient de dire magistralement et clairement quelle doit être, /><>iir' les catholiques, cette démocratie dont on parle tant aujourd'hui, même dans le camp catholique, dans le

but louable de la rendre chrétienne et de la mettre au service de V Église et de la société, mais avec le péril de passer, sa/is s'en apercevoir, dans le camp libéral et socialiste.

« Le Saint Père Léon XIII a enseigné et expliqué comment les catholiques peuvent être démocrates, sans dire pour cela, comme l'ont prétendu quelques-uns, qu'on doit être démocrate pour servir efficacement les intérêts de L'Église et «eux du peuple. Dans le cas actuel, certains ont l'ait une fusion injustifiée entre la démocratie et les démocrates. »

L'organe du Souverain Pontife parle de mettre la démocratie au service du catholicisme. Le Sillon met le catholicisme au service de la démocratie.

Entre les deux conceptions, voilà la différence. Elle est complète.

Tant il est vrai que la démocratie du Sillon n'a rien de commun avec celle que l'Eglise avoue.

(i) Pèlerinage des ouvriers à Rome, le 7 décembre 1898.

« Par la mort »

« Par la mort » est un draine social composé par M. Marc Sangnier pour mettre ses idées en action sur la scène.

Sans]hésitation ai réticence, nous émettrons le vœu que l'autorité ecclésiastique en interdise la représentation dans les œuvres de jeunesse catholique, comme blessant la morale naturelle et la morale sociale. On peut défier M. Marc Sangrnier d'obtenir que l'archevêché de P< l'approuve.

La thèse est que la Cause demande l'acceptation de tous les sacrifices. Elle est fort louable, mais le faux mystérieux dont elle s'enveloppe, et les aberrations qui en sont la conséquence donnent au Sillon une analoui' très fâcheuse avec des sectes anciennement réprouvées par l'Eglise (i).

Accessoirement, le mépris ou la haine des patrons, le nivellement des classes, la lutte sociale, la négation du patriotisme, voilà les leçons que le peuple en tirera directement.

Rien n'était moins selon les vues de M. Marc Sangnier, dira-t-on. J'admets volontiers qu'elles sont dépassées par ce résultat; mais une œuvre dramatique se ju^e objectivement, et non sur les intentions que l'auteur invoque.

(i) Ce drame est la mise en action des théories exposées plus haut pp. 58 à 64.

Nous excuserons M. Marc Sangrnier sur les siennes,

quoiqu'il se plaise trop à jouer avec, le l'eu pour être

innocent de ses dégâts; mais cette nouvelle <-t décisive expérience achève de prouver «pie. s'il y a quelqu'un

d'inapte à se l'aire éducateur social, c'est lui.

11 a voulu se montrer ici à l'œuvre. Une analyse détaillée montrerait qu'il n'y a pas, dans la vie dont il nous donne le spectacle, une situation de caractère, presque pas nue parole qui ne détonne et ne choque, [pas un sentiment qu'il touche sans l'outrer ou l'avilir.

Le héros du drame, Jean Mascurel, est, par hasard.

ancien élève de Stanislas, comme M. .Marc San^nier, ancien polytechnicien comme lui. Il découvre (pie son père a manqué à un engagement envers ses ouvriers, et, SUr-le-champ, il le renie, ni plus ni moins.

L'auteur n'a même pas su donner au prétexte d'un tel fanatisme le caractère d'une injustice évidente.

I n patron, sous le coup d'une crise imminente, par li menace d'une grève, par l'agitation socialiste et internationaliste, en l'ace de la concurrence étrangère, se laisse arracher une augmentation de salaire et l'engagement de la maintenir pendant cinq années, quel que soit l'étal de ses affaires. C'est le cas posé par M. .Marc Sangûier. A-t-il examiné si cette promesse constitue une obligation de justice indiscutable et absolue?

.M. us passons. Jean Mascurel, dans une explication

avec son père, apprend que le l'ait est matériellement vrai : Mascurel avait promis, signé, et aujourd'hui il diminue les salaires, parce que ses affaires ne vont pas.

Ma» i iv k i . Ces! ainsi que tu parles à ton père? Tu (loi- 1<respecter d'abord. — Jean. Je dois d'abord respecter la justice.— M ascurel. Tu te révoltes?... — Jean. Oui, contre l'injustice, — Mascurel. Et, m c'est moi qui sui^ù les yeux l'injustice, tu tfl révoltes contre moi? — Jean. Oui. — .M \scurel. ( lontre moi, ton père-/ — Jean. < lui, contre vous.

Survient, un peu plus tard, un ouvrier. Jacques, celui

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