Cf. R\tz£l. a nthropo géographie, II, p
unités : coïncidence de caractères distinctifs qui nous autorise à chercher, entre Tun et l'autre, un rapport de condition à conséquence.
Et qu'on ne nous oppose pas l'existence des « grands empires » anciens, comme ceux des Assyriens, qui tout en étant mille fois plus volumineux que les cités grecques, sont aussi mille fois moins près de l'égalitarisme. Ce serait oublier que la seule quantité sociale qui nous importe est celle qui a pour effet d'augmenter, de compliquer et de varier les rapports entre individus.
L'immensité de l'aire couverte par un Empire a peu d'action si, entre les individus qui sont ses sujets il n'y a et ne saurait y avoir que peu de relations. L'extension des sociétés n'est efficace que par le rapprochement de leurs unités. Il faut, pour que leur nombre puisse influer sur les idées sociales, que les membres nombreux d'un même Etat réagissent réellement les uns sur les autres, et par suite qu'ils soient concentrés, non disséminés. Or cette concentration est justement le propre des nations modernes : ce qui les distingue ce n'est pas tant leur grand « volume » que leur grande (( densité* ».
Mais, dira-t-on, si d'une façon générale, il est vrai que les populations les plus denses se concentrent, dans l'espace, à l'Occident, comme, dans le temps, à l'époque moderne, cette règle n'admet-elle pas d'écla-
1. V. G. VON Mayr, Statistik und Gesellscliaftslehre , II, p. 38-52.
tantes exceptions? On voit bien qu'en Europe les pays les moins pénétrés par la civilisation démocratique sont aussi d'une manière générale, les moins denses. Tandis que le Lancashire compte 707 habitants par kilomètre carré, .et les Pays-Bas 307, la Russie n'atteint en moyenne que 17. Le gouvernement de Moscou, oîi les manufactures sont le plus nombreuses, ne dépasse pas 65 ' . Mais comparons seulement Tlnde et les Etats-Unis : la densité de Tlnde est de 88 habitants par kilomètre, tandis que celle des Etats-Unis n'est que de 7. N'estce pas dans l'Inde pourtant, toute morcelée par les castes, que vit l'esprit le plus contraire à l'esprit égalitaire 'i — A quoi il faut répondre qu'il manque justement à la société hindoue de posséder ces puissants multiplicateurs des contacts sociaux qui sont les villes. « De tout temps les villes ont été l'exception en Inde))^ Or c'est dans les villes seules qu'un grand nombre d'individus vivent d'une vie sociale intense ; dans les villes seules l'échange des sensations, des sentiments et des idées est incessant et inévitable ; dans les villes seules la quantité des unités rassemblées entraîne presque nécessairement la multiplicité et la variété de leurs relations. Les villes surtout doivent donc être les milieux favorables à la fermentation des idées cgalitaires.