Die Cultur der Renaissance in Italien, p
3. De la Démocratie en France, p. 13. Cf. dans le V* Essai sur V Histoire de France : « L'homme refuse de s'humilier absolument devant son semblable, dès qu'ils se voient tête-à-tète et de près ».
a priori certaines classes. La densité des sociétés fusionne leurs éléments.
Par leur mobilité enfin, les diverses circonstances les plus favorables au succès de Tégalitarisme se trouvent réunies. Le progrès des communications accroît en effet, en même temps que le nombre des individus avec lesquels nous entrons en relations, le nombre des relations que nous soutenons avec chacun d'eux. Il augmente donc la densité des sociétés en même temps que leur volume, et soumet les esprits, du même coup, aux actions diverses qui résultent de ce double accroissement.
N'est-ce pas dans les associations dont les membres se meuvent le plus aisément que nous avons le plus de chances de nous trouver, à chaque instant, en relations étroites avec des gens qui nous étaient, l'instant d'avant, totalement inconnus .^^ Les habitudes d'esprit que ce perpétuel va-et-vient nous impose ne sont-elles pas de celles qui s'accommodent le mieux avec les exigences égalitaires ? — Un grand progrès dans le sens de l'égaUtarismc a été réalisé le jour où, à l'idée que les individus ont les mêmes droits parce qu'ils sont du même sang, s'est substituée l'idée qu'ils ont les mêmes droits parce qu'ils habitent une même terre. Un pas plus grand encore est franchi le jour où l'on n'exige plus, pour reconnaître à un individu
Texistence juridique, qu'il soit né dans les limites d'un territoire déterminé. Or la mobilité même de ceux avec lesquels nous entretenons des relations réglées ne nous aide-t-elle pas à opérer cette extension du Droit ? Ce mouvement incessant, qui nous présente des hommes à chaque moment nouveaux, brouille les distinctions sociales en même temps que les distinctions locales.
En ce sens, Gambetta avait raison de célébrer les vertus républicaines de la locomotive. Et c'était Thiers qui se trompait en déclarant que deux morceaux de fer mis à côté Tun de Tautre ne changeraient pas grand'chose au monde. Ils sont capables d'y changer beaucoup, puisqu'ils changent les habitudes d'esprit des hommes. Ce n'est sans doute pas d'elle-même, par sa puissance mécanique, que la vapeur favorise la démocratie. Mais, par l'intermédiaire des formes nouvelles qu'elle donne à la vie sociale, elle contribue, à sa façon, à l'évolution des idées modernes. Les inventions scientifiques et leurs applications industrielles aboutissent souvent ainsi, par ce détour, à de profondes transformations morales. L'habitude, que seule notre civilisation nous permet, de vivre au milieu d'un nombre considérable d'individus qui changent, et défilent en quelque sorte devant nous pour se substituer les uns aux autres dans les mêmes places, n'est sans doute pas étrangère à l'assouplissement de nos conceptions juri-
diques : elle nous prépare à reconnaître des droits au premier (( passant o venu, c'est-à-dire à tous les ôtres, quels qu'ils soient, qui sont hommes.
Ainsi, sous quelque aspect qu'on la considère, l'augmentation de la quantité sociale semble bien faite pour conduire les esprits, par des voies d'ailleurs nombreuses et différentes, à l'égalitarisme. En nous découvrant ces voies, la déduction psychologique nous autorise à penser qu'il y a, dans le rapport établi tout à l'heure par l'induction historique, autre chose qu'une coïncidence : nous avons le droit de conclure que l'accroissement incessant des sociétés occidentales a contribué à les rendre égalitaires.