Division du travail, p
G. Boucle. — Les Idées Egalitaires. ^^
162 LES ibÉES ÉGALITAIRES
les croyances, est bien telle qu'elle les pousse vers ridée des droits de riiomme ; car il est clair que la mode y gagne tous les jours sur la coutume.
Mais ne se caclie-t-il pas, dira-t-on, au sein de la mode même, un gennç d'inégalité? Le sens commun nous rappellera qu'une mode a pour conséquence d'effacer les différences de ceux qui la suivent, et d'autre part, de les distinguer, en bloc, de ceux qui ne la suivent pas. Par là n'aboutit-elle pas à effacer l'individualité comme a trancber les classes, — résultat doublement contraire à l'égalitarisme ?
A quoi il faut répondre que la multiplicité et la variabilité des modes neutralisent ces conséquences.
Il est bien vrai qu'en suivant une mode nous nous enrégimentons ; nous masquons notre personnalité sous un caractère qui ne nous appartient pas en propre : nous portons une (( lettre sociale ». — Mais, en suivant une autre mode, c'est une autre lettre que nous portons ; et cela même empêche que notre personnalité s'efface absolument. Ainsi, de la multiplicité des sujétions, renaît la liberté. Sous le règne de la coutume, c'est-à-dire lorsque nous imitons un petit nombre d'individus en tout, nous faisons corps avec la collectivité, notre individualité disparaît. Mais elle reparaît sous le règne de la mode, lorsque nous imitons un grand nombre d'individus en quelque chose : il n'y a plus dès lors de type collectif qui absorbe le nôtre. Les combi-
naisons d'imitations multiples qui se coupent en un même point, c'est-à-dire se rencontrent dans une même personne, n'ont guère de chances de se répéter. L'originalité ressort de l'entrecroisement même des modes. Et c'est pourquoi, si « tyrannique » que soit l'empire de la mode, on ne le voit pas, comme celui de la coutume, oblitérer jusqu'à l'idée de la personnalité.
D'autre part, il est vrai encore que suivre une mode, c'est chercher à se distinguer de certains hommes en s'assimilant à certains autres. On a finement remarqué^ que la mode satisfait à nos deux tendances contraires : l'esprit d'imitation et l'esprit de contradiction. Elle nous permet de nous opposer en imitant. Si nous adoptons une mode, n'est-ce pas afin que, du premier coup d'œil, on nous range dans une certaine catégorie et non dans une certaine autre ? Ainsi s'explique le perpétuel devenir et l'instabilité essentielle de la mode^: les gens qui veulent être (( distingués )) s'empressent de la quitter dès qu'elle devient (( commune ». — Mais c'est cette variabiUté même de» modes qui,^ en même temps que leur multiplicité, limite l'influence anti-égalitaire de la mode. Ce charijçement perpétuel nous fait voir les mêmes modes port^*'*^ par des individus très différents, et des modes tr^^ d.il férèntes par un même individu. D'où il résulte ^*^*' l*-*"