‹ Les idées égalitaires: étude sociologiqueChapitre 7 sur 96 · V. Pierre Leroux, De l*Egalité, 1848, 1'® partie · texte numérisé non relu

V. Pierre Leroux, De l*Egalité, 1848, 1'® partie

2. PoLLocK, Introduction à V étude de la Science politique ^ p. 321.

même rappelé, en cherchant Tesprit des institutions démocratiques, qu'elles sont des conquêtes toutes fraîches, et que, sur bien des points, il est loin d avoir gagné tout le terrain auquel il prétend. Il sufRt de rapprocher un instant Tordre social moderne du féodal, par exemple, pour faire jaillir cette vérité, que le succès de Tégalitarisme est chose nouvelle sous le soleil.

Rien n'y serait plus vieux au contraire, suivant certaine théorie : Tidée de l'égalité ne serait sans doute pas universelle, mais elle serait primitive. L'anthropologie, apportant une confirmation inattendue des visions de Rousseau, nous prouverait « scientifiquement » qu'il suffit de remonter aux origines des sociétés humaines pour reconnaître, dans toute sa pureté, Tégalitarisme. Sautons par-dessus les monarchies, grandes et petites, qui ont étouffé de plus en plus la liberté primitive et brisé le ressort de la dignité * : nous nous retrouvons, chez les Fuégiens ou les Iroquois, face à face avec le sentiment de l'indépendance individuelle et de l'égalité sociale. Dès lors le républicanisme de nos âges n'est plus qu'un « républicanisme de retour ». L'histoire est un serpent qui se mord la queue. L'égalité est au départ comme à l'arrivée. — Thèse qui ruinerait la nôtre par avance : comment chercher encore un rapport

i. V. Letourneau, VEvolulion politique chez les diverses races humaines, p. 66, 71, 249.

entre les formes sociales et régalitarisme s*il est préalablement démontré que les sociétés les plus différentes de toutes — comme ces hordes primitive^ et nos Etats modernes — sont précisément, leis unes comme les autres, égalitaires ?

Cette (( sociologie sérieuse » a pour elle de flatter plusieurs de nos goûts, tant intellectuels que sentimentaux. En nous présentant l'égalitarisme comme préhistorique, elle nous permet de penser qu'il est essentiellement naturel à l'homme, — d'attribuer à notre idéal une sorte de réalité vague à souhait, — de donner un air scientifique à nos préférences, — et enfin de satisfaire à ce vœu de symétrie qui nous pousse à voir partout, tant dans le champ du droit que dans celui de l'économie politique, des reviviscences, des ricorsi, des rééditions de l'histoire.

On commence heureusement a se mettre en garde contre ces façons de faire parler les faits. On s'aperçoit qu'^aucune prétendue (( loi d'évolution » ne force les sociétés à repasser sur leurs anciennes empreintes*, et que, suivant toutes les (( lois de causation », il faut au contraire, pour qu'un phénomène social ressuscite, que le mouvement de l'histoire ait préalablement ramené la combinaison de conditions propre à le susciter. Quant aux faits qu'on allègue, et qui se manifesteraient identiques dans les milieux précisément les

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