Senart, art. cit. Revue des Deux-Mondes, 1894, V, p. 3i
riens s'accordent a dire qu'elle est une idée romaine.
Tous les grands manieurs de peuples s'efforcent en
effet de reconstituer l'Etat romain, et c'est son souvenir
qui, revivifié par la Renaissance, vient présider à la
genèse de l'Etat moderne. Les anciens eux-mêmes
l'avaient compris. La fonction de Rome était à leurs
yeux de concentrer l'univers : (( Fiebat orbis urbs » ,
dit Varron. Distribuant aux hommes des races les plus
différentes un même droit de cité, exigeant des pays les
plus disparates les mêmes impôts, rapprochant par ses
voies les points extrêmes du monde ancien, l'Empire
romain est le plus puissant instrument d'unification que
l'humanité ait connu. Les prophéties de Daniel sont
réahsées : a il pulvérise tout ce qu'il touche », il abat
entre ceux qu'il soumet tous les murs de séparation * .
Et s'il ne faut pas dire, avec Ihering ^ que Rome fut
l'ange exterminateur des nationalités, — puisqu'à vrai
dire les nationalités n'existaient pas encore — du
moins elle écrasait toutes les espèces de groupements
qui auraient pu constituer des nations. (( Il n'y avait
(( plus , dit Eusèbe ' , cette multitude de chefs , de princes ,
(( de tyrans et de gouverneurs de peuples. L'Empire
(( romain seul s'étendait sur tous. » Et l'évêque de
Césarée fait remarquer que par là l'Empire romain pré-
1. Cf. S. Maine, Histoire des Institutions primitives, p. 480.