BouTMY, Etudes de Droit constitutionnel y p
dès lors si, moins unifiée que ses sœUrs du continent, la société américaine ne devait pas être moins ouverte à Tégalitarisme? Ses origines l'y prédestinaient.
Inversement, que dans une société, même très centralisée, manquent la plupart des autres conditions favorables à Tégalitarisme, et nous trouverons naturel qu'elle soit peu égalitaire.
Or n'est-ce pas, précisément, le cas de la Russie? Ne reste-t-elle pas en arrière des autres nations européennes tant par la civilisation matérielle que par la civilisation morale ? Les distances sont encore les (( fléaux de la Ruçsie », et la population y est forcément moins mobile que partout ailleurs. Elle y est aussi moins dense. Les grandes villes, foyers désignés des idées démocratiques, y sont, nous l'avons vu, plus rares que dans le reste de l'Europe. — Il est vrai que, sous nos yeux, de jour en jour, des centres populeux se forment jusque dans l'Empire des tsars ; toutes les industries russes, et en particulier celle des transports, se perfectionnent peu à peu * . Mais ce sont là des phénomènes tout récents et qui n'ont pas encore eu le temps de produire sur les masses leur eflet psychologique. — Toute l'histoire de la Russie, jusqu'à nos jours, explique suffisamment pourquoi, malgré la centralisation, elle devait rester réfractaire à l'égalitarisme occidental.
1. V. un article sur les Transformations de la Russie contemporaine, par A. Leroy-Beau LIEU, dans la Revue des Deux- Mondes.
218 LES IDÉES ÉGAUTAIRES
D'ailleurs, il est contestable que Tunification soit réellement au maximum dans TEmpire russe, au minimum dans la Republique américaine. Et ainsi la dérogation à la loi que nous tentions d'établir ne serait peutêtre qu'apparenle.
On répète depuis Tocqueville que la centralisation manque aux Etats-Unis. Mais, d'abord, de l'aveu de Tocqueville lui-même, si elle manque à leur fédération, on la retrouverait en chacun d'eux ; et d'ailleurs c'est surtout la centralisation « administrative » qui leur fait défaut : la centralisation « gouvernementale » y est aussi forte que dans bien des monarchies d'Europe*. Ajoutons qu'elle n'y a fait que progresser, et que sur ce point les prophéties de Tauteur de la Démocratie en Amérique, si souvent vérifiées ailleurs, ont été démenties par l'expérience.
La centralisation n'est pas populaire en Amérique, disait Tocqueville. Aujourd'hui le peuple, répond Tipton^ regarde le pouvoir fédéral comme l'unique pouvoir. C'est en lui que les radicaux espèrent. On oublie, au profit de l'autorité centrale, les clauses de ce traité entre Etats qui formait la constitution américaine. La doctrine des state rights a été ébranlée par la guerre de sécession : dans la « période de reconstruction » qui l'a suivie, bien des divisions provinciales sont tombées,