L'Ancien Régime et la Révolution, p
226 LKS IDÉES ÉGAUTAIRES
des autres, et réciproquement. Ainsi, à Timpuissance des institutions publiques correspond la prospérité des groupements séparatistes du moyen âge : et à leur absence, le pullulement des castes en Inde *. Inversement, les progrès de TEtat écrasent l'organisa tion féodale. Elle existait en germe à Rome, s'il est vrai que le client est déjà au patron ce que le vassal est au seigneur ^ Mais quand TEtat romain couvre tout de son ombre, l'institution du patronage s'étiole. Si elle prospère au moyen âge c'est que les Etats existent a peine : elle disparaît quand ils renaissent. A mesure que les Etats modernes grandissent, on les voit étouffer les personnalités collectives qu'ils embrassent ensemble: les provinces perdent leurs franchises, la noblesse ses privilèges, le clergé ses biens de mainmorte, les corporations leur monopole. Une société unifiée ne tolère plus d'Etat dans l'Etat.
Mais détruire les groupements fermés et séparés, n'est-ce pas détruire autant de puissances absorbantes de l'individu.^ et par suite l'aider à se poser comme centre du droit .^ « Tant qu'un Etat véritable n'offre pas (( à tous une sauvegarde égale, dit M. Flach, Tindivi- (( dualité n'existe pas; l'individu humain est absorbé (( par le groupe ))\ Dans l'absence de pouvoir cen-
\. Senart, art. cité. Revue des Deux-Mondes, 1894, V, 343.