LE DIEU-CHACAL
Alors qu'à travers le monde entier les haines faisaient trêve devant un désastre du genre humain ; alors que jamais, à travers les siècles, l'humanité n'apparut plus noble devant le destin, plus riche de pitié pour le malheur, plus auréolée d'abnégation, plus ardente d'amour héroïque ; et alors que la France, surtout, frappée au cœur pour la première fois depuis 70, du même coup qui abîme l'Italie, mobilisait une escadre de guerre, porteuse de secours et de vie, comme si elle même se jetait à la nage pour sauver sa sœur, — il a fallu qu'un journal français, un journal chrétien, fût le premier à nous faire souvenir de l'infamie humaine !
Sous la signature : A. de Boisandré, la Libre Parole du 4 janvier 1909 publie ce qui suit en première page :
CATHOLICISME ôl
« Un de nos lecteurs nous rappelle que Mélanie, la bergère de la Salette, avait prédit, d'une manière aussi nette et aussi explicite que possible, les terribles événements dont la Sicile et les Calabres viennent d'être le théâtre :
Dieu va frapper d'une manière sans exemple. Malheur aux habitants de la terre ! Dieu va épuiser sa colère et personne ne pourra se soustraire à tant de maux réunis.
Les chefs, les conducteurs du peuple de Dieu, ont négligé la prière et la pénitence, et le démon a obscurci leurs intelligences... La société est à la veille des fléaux les plus terribles, et des plus grands événements... L'Italie sera punie de son ambition en voulant secouer le joug du Seigneur des Seigneurs...
Les gouvernements civils auront tous un même dessein, qui sera d'abolir et de faire disparaître tout principe religieux.
Au premier coup de son épée foudroyante, les montagnes et la nature entière trembleront d'épouvante, parce que les désordres et les crimes des hommes percent la voûte des deux...
La bergère de la Salette, qui a eu la vue de tout l'avenir, écrivait un jour, le 24 mai 1892, ces mots au crayon :
La terre, la nature, le ciel et tous les éléments de la nature, tout se révoltera contre l'homme rebelle à son Créateur. . . »
Pourquoi, poursuit le correspondant de M. de Boisandré, pourquoi à Messine, pour commencer, plutôt qu'ailleurs?
« Souvenons-nous que c'est à Messine que Garibaldi, dont on a fait une véritable idole, s'est embarqué pour ses opérations maçonniques, dont le but réel était la destruction du Pouvoir Temporel.. .
Conformément à la prédiction de Mélanie, la mer s'est
soulevée pour balayer la « Via Garibaldi » , et la statue de l'idole! »
Et M. de Boisandré conclut :
« Les esprits forts » les « libres penseurs » qui liront ces lignes hausseront les épaules avec mépris.
Ils ne craignent rien, les « esprits forts », ils restent impavides et sont capables de toutes les forfanteries, tant que tout va bien et que rien ne trouble l'ordre ordinaire des choses.
Il aurait seulement fallu voir leurs têtes l'autre jour, s'ils s'étaient trouvés à Messine, lorsque la terre trembla et que des vagues de vingt mètres, se dressant subitement du sein de la mer, se ruèrent à l'assaut de la cité.
C'est à cette minute-là que V « esprit scientifique » ou « philosophique » faisait plutôt piteuse mine ! »
C'est à cette minute-là, monsieur, que le « rebelle » s'est levé d'un élan pour tenir tête aux épouvantements de la nature et pour conjurer le crime de ce Dieu à force de courage et de raison, dans un concours de toutes les ressources « scientifiquement » organisées, au prix de la faim et au prix de la mort joyeusement bravées et subies.
Non, nous ne « hausserons » pas les « épaules ». Nous prenons acte de l'abjection de votre foi, nous la confirmons pour votre honte : c'est votre Dieu, le Dieu-Moloch, le Dieu-Chacal qui, pour se venger de Garibaldi et accomplir l'oracle de la Salette, vient d'écraser cent cinquante mille de ses créatures sous les ruines fumantes de la Sicile ! Des êtres humains
ont agonisé pendant huit jours dans des tortures dont Dante lui-même aurait frémi c'est pour sa gloire! Des milliers d'hommes, en y échappant, sont demeurés fous de les avoir vues : c'est pour sa revanche ! Des mères ont bercé sur leurs seins les têtes tranchées de leurs petits enfants : c'est pour sa joie et sa volupté ! Voilà votre Dieu. Vous l'avez dit. Votre pape lui-même a dû le renier, il dispute à ses crocs les survivants, il ouvre les portes aux « réprouvés », il leur dresse des lits dans le Vatican: Rome, la cause de l'immolation, la bénéficiaire de l'hécatombe, Rome elle-même a eu plus d'entrailles (1)!
Mais qu'une chose, au moins, soit bien établie avant que nos confrères d'Italie soient frappés de stupeur en lisant l'article cité par nous, c'est que, si cet opprobre était réservé à la langue française d'exprimer pareille sauvagerie, la presse française est la première à la désavouer de tout son dégoût en mettant
(1) Il est vrai qu'un mois plus tard, le pape Pie X tint le même langage que M. de Boisandré. Mais l'émotion de la catastrophe s'était déjà atténuée, et il ne craignait plus alors le soulèvement d'indignation que son anathème eût provoqué au lendemain même de l'événement. Au surplus, le souvenir de sa charité envers les victimes — l'hôpital réclame du Vatican — ne s'offrait-il pas à tous les esprits pour réfréner la réprobation? Le pape révéla donc ses sentiments vrais et parla de « l'aveuglement des nations modernes, qui ne voient dans la justice de Dieu qu'un bouleversement de la nature. » Comparer cette tactique de férocité sous un masque de miséricorde avec le geste du même Pie X pour sauver Ferrer... après sa mort! (p. 58)
ceux qui l'ont osée au ban de la France et de l'humanité (1).
L'Aurore, 5 janvier 1909.
(1) Article reproduit par plusieurs journaux étrangers, notamment par la Tribuna sous ce titre : Ombre dans la lumière, qui désignait l'article de la Libre Parole comme seule exception aux témoignages de fraternité que tout le reste de la presse française prodiguait au deuil italien. Quant à M. de Boisandré, il me répondit dans son journal, le 7 janvier, pour me dire qu'il ne répondrait pas.
L AFFAIRE FERRER I. — La Lâcheté de la Bourgeoisie
Discours prononcé au Grand-Orient de France, le 3i octobre 1909(1).
Mesdames, Messieurs, Je viens apporter ici, ce soir, aux membres du Comité Ferrer et aux libres penseurs promoteurs de cette réunion, le témoignage d'ardente sympathie et l'adhésion franche et entière de Y Association Êmile- Zola. Ce témoig-nage vous attestera que nous ne sommes pas les muets trappistes d'une congrégation du souvenir, mais que pour nous, toujours avides du devoir présent, l'Affaire Dreyfus d'aujourd'hui c'est
(1) A la manifestation internationale commémorative de la mort de Ferrer, sous la présidence de M. Furnémont, député au Parlement belge.
l'Affaire Ferrer, et qu'il y a ainsi une grande Affaire qui ne sera jamais close tant qu'il y aura une iniquité.
Cela dit, Messieurs, permettez-moi — et pardonnez-moi — de vous exprimer à cette occasion quelques sentiments personnels. Je ne suis inscrit à aucune société de libre pensée, je ne suis pas initié non plus à la nécessaire corporation qui nous donne ce soir l'hospitalité : et c'est pourquoi je n'en éprouve que plus de liberté et plus de joie, en des circonstances comme celle-ci, à venir fraternellement à vous.
J'entends bien qu'aux idées du fondateur de Y École Moderne on peut apporter plus d'une réserve. Non seulement je ne les ai pas toutes, mais j'en ai d'autres qu'il n'avait pas. J'admire cependant la délicatesse de certains esprits qui s'effarouchent de ces principes alors qu'à très peu de différence près, ils sont les mêmes que ceux d'un homme auquel va le respect universel : Léon Tolstoï.
Mais si les idées peuvent susciter des divergences dans les esprits, le sentiment, qui fait le départ des idées, qui n'en dégage que l'essentiel et l'intention, le sentiment qui ne se trompe pas, réalise l'unité des cœurs.
Enconsta tant l'autre jour l'unanimité de réprobation qu'a soulevée le meurtre de Ferrer, un de nos adversaires (1) se lamentait dans son journal et suggérait à ses amis d'organiser l'émotion des foules en sens con-
(1) M. Charles Maurras.
traire. J'attends à l'œuvre son impuissance. Autant demander au sang- de nos artères de rebrousser son cours au commandement. Il y a deux torrents qu'on ne remonte pas : c'est la Conscience et la Raison, qui balayent devant elles tous les systèmes.
Depuis le temps de l'Affaire Dreyfus et de la guerre du Transvaal, la conscience des peuples s'était assoupie dans la satisfaction du triomphe conquis ou l'accoutumance des événements acquis à l'histoire. Tout à coup, en un sursaut plus poignant encore, tel que l'histoire n'en a pas connu, elle s'est réveillée en plein cauchemar pour pousser dans la nuit son cri de colère et son cri d'amour. Nous avions besoin de cette mort pour nous rappeler que nous étions en vie.
Deux grandes leçons, Mesdames et Messieurs, s'imposent à nous par cet événement. La première des deux, c'est la révélation de lâcheté d'une grande partie de la bourgeoisie. On a vu la première agence d'informations (1) forcée de désavouer des télégrammes frauduleux, on l'a vue encore estimer à 12.000 les 60.000 manifestants du 17 octobre, chiffre du journal le Matin que les socialistes ne commanditent pas. On a vu le premier journal français (2) rendre à Ferrer le plus éclatant hommage — au lendemain de sa mort — alors que ces lignes publiées vingtquatre heures plus tôt pouvaient peut-être sauver sa vie !
(1) L'agence Havas.
(2) Le Temps.
La cause de Ferrer, nous grogne-t-on maintenant dans un soupir de honteuse humeur, est accaparée par les anarchistes. Mais votre devoir, votre intérêt, vous commandait de ne la point laisser accaparer ! Il est des causes si magnifiques qu'elles suppriment pour un jour entre les hommes toute distinction de classes : il ne reste que l'homme devant le destin.
O républicains français, vous avez déjà laissé les jésuites et leurs anarchistes de droite nous voler Jeanne d'Arc, quel nouveau lambeau de notre patrimoine de gloire allez-vous encore jeter à l'ennemi ? Prenez-y garde, la lâcheté se paye par l'enlizement et la disparition des lâches : les progressistes de l'Affaire Dreyfus ont coulé à pic dans le néant. Devons-nous craindre aujourd'hui qu'à l'Hôtel de Ville de Paris, à l'épreuve de l'Affaire Ferrer, les radicaux ne se suicident aussi entre les bras de la réaction ?
Oh ! je sais bien, on nous objecte les émeutes atroces de Barcelone. Cette objection, je ne la fuis pas, je la réfute. Certes, je réprouve et je maudis les violences impies de la curée humaine, quelles que soient les brutes qu'on déchaîne. J'incline ici mon respect sincère et ma pitié la plus douloureuse de penseur libre sur ces religieuses catalanes qui périrent victimes d'une plèbe affolée (1). Mais ce n'est
(1) M. J. Lapuya, correspondant d'un journal de Barcelone, ayant ici interrompu l'orateur pour protester qu'aucune religieuse n'avait péri de la main du peuple, l'orateur a retiré ces paroles sur la foi de son contradicteur, en les appliquant à quiconque a eu à souffrir des émeutes.
pas malgré ces circonstances, c'est à cause d'elles que je prétends glorifier Ferrer, puisqu'il n'y a point participé, puisqu'elles lui inspirèrent la même horreur qu'à nous tous, puisqu'il n'y a sur lui d'autre sang que celui qu'ira versé lui-même.
Et puis, vraiment, le poids des deux crimes n'est pas égal dans la balance. Il y a des excuses à ces émeutes, dans l'inconscience des forcenés, dans la longue suite des misères subies, dans la haine du joug enfin secoué du despotisme clérical...
Mais au crime d'en haut point d'excuse ! Je ne lui reconnais que l'aggravation d'un machiavélisme concerté et d'une décision froidement prise en défi de la conscience des peuples !
Ainsi donc, si la prophétie de Zola s'accomplit, si la bourgeoisie se scinde en deux tronçons, s'il faut choisir, je n'hésite pas un seul instant, je descends dans le fossé de Montjuich et je me range auprès du cadavre.
Messieurs, la seconde leçon de l'événement, c'est celle qu'en France nous nous flattions de savoir par cœur : et voici qu'il faut la reprendre, la leçon du danger permanent d'un recul vers la barbarie sous la menace de l'Eglise à l'Europe moderne.
Il n'y a pas trois semaines, moi qui vous parle, je croyais devoir à mes origines, et quelles que fussent mes polémiques particulières avec des dignitaires d'Église, de combattre Rome avec élégance et sérénité. Oui, moi aussi, je souriais d'Homais, et je trouvais un peu bien ronflant le mot de Voltaire : « Écrasez
l'infâme!... » Mais aujourd'hui, comme il y a près de cent cinquante ans, il reprend soudain l'accent énergique d'une vérité qui impose un effort désespéré, c'est un cri de guerre dans un duel à mort, car la clameur qu'un pape étranger attise contre nos institutions, je la traduis ainsi : « Écrasez la France ! »
Désormais, Messieurs, les plus raffinés d'entre nous doivent prêter le serment de bon fanatisme. Qu'ils se souviennent de la prison de Montjuich ! Est-ce que l'épisode le plus sinistre du sombre drame, ce n'est pas cette mise en chapelle forcée, cette confrontation injurieuse de l'athée et du crucifix sous le signe duquel on l'assassinait, et cette obsession intolérable des cagoules rôdant, dans la nuit tragique, autour de ses suprêmes pensées pour y happer une défaillance ! Est-ce que le plus ignoble de tout cela, ce n'est pas cette réclame du pape qui, après avoir fait un cadavre, voulait en tirer un bénéfice et s'écriait, les mains au ciel : « J'étais sur le point de gracier cet homme ! »
Ahl oui, Messieurs, j'en veux à l'Église ; je lui en veux de violer mon cœur pour y faire entrer la haine profonde ; je lui en veux de porter le premier doute dans mon esprit sur la vertu de la liberté, sur la certitude du triomphe final de la vérité par la seule force de le concurrence des idées ; je lui en veux de m'amener moi-même à me demander s'il est possible de permettre au cerveau furieux d'un Merry del Val de déverser le poison de son dogme dans les cerveaux des petits Français des écoles libres; j'en veux à l'Église d'être tenté de lui ressembler pour la
combattre ; je lui en veux surtout d'avoir fait descendre du Golgotha le suave apôtre de la charité que les soldats perçaient de coups de lance, pour le faire passer derrière les rangs du peloton de Montjuich et commander le feu sur un frère martyr !
La malheureuse, elle a cru sauver la religion, et elle l'a tuée... C'est vous, désormais, les penseurs libres, qui êtes l'Église et la Religion. Le premier théologien chrétien, saint Paul, disait : « En Dieu nous avons l'être, le mouvement et la vie », et un philosophe catholique, Malebranche, ajoutait : « Dieu est le lieu des esprits comme l'espace est le lieu des corps ». Hé bien ! Messieurs, sans faire ici de théologie, je vous le demande, cet être, ce mouvement et cette vie, ce sanctuaire où se donnent rendez-vous pour s'exalter jusqu'au sublime, à l'occasion de toutes les saintes causes, nos enthousiasmes et nos colères, nos aspirations et nos volontés, ce je ne sais quoi qui surgit de nous et qui nous domine en ce moment-ci, n'est-il pas désormais hors de l'Église, hors de tout dogme, dans nos seules consciences de penseurs libres qui voulons la justice sur terre, ne la trouvant pas dans l'univers ?...
Et n'est-ce pas, Messieurs, une chose étrange que vous, qui croyez ne plus croire à la permanence des forces de l'âme, vous ne vous attachiez que plus passionnément à démontrer l'innocence et la dignité de cette âme, quand l'individu a cessé de vivre ? De sorte que les vrais matérialistes, ce sont, au contraire, les catholiques bourreaux de Ferrer qui ne croient
certes pas que son âme survive, car s'ils le croyaient un seul instant, nous les verrions blêmir d'effroi à la pensée de l'accusation que l'âme innocente porterait contre eux devant leur Dieu. Tandis que nous autres, nous pouvons dire très réellement que l'âme du martyr, ce plus que lui-même qu'il a exhalé par son sacrifice et communiqué a des millions d'hommes, vit désormais d'une vie abondante et magnifique qui, sur son cadavre à peine refroidi, nous commande le cri de : « Vive Ferrer ! »
Le Siècle, 3 novembre 1909.
l'affaire ferrer
II. — Réponse des Intellectuels français a S. M. Alphonse XIII.
Un rédacteur du Journal, M. de Maizière, ayant été reçu en audience par S. M. Alphonse XIII, celui-ci ne lui a pas caché que les manifestations de l'opinion française en faveur de Ferrer et de sa cause avaient un caractère choquant et même stupéfiant.
Les propos du petit roi.
Le jeune souverain a rappelé que c'était un Français qui avait prononcé le fameux : « Tuez, tuez, Dieu reconnaîtra les siens! » dont l'Espagne moderne prétendait faire sa maxime. Et le royal érudit n'oubliait qu'une chose, c'est que ce mot était d'un légat du pape, Arnaud de Citeaux, digne acolyte de Torquemada et de Merry del Val.
Quant aux clameurs de réprobation qu'a soulevées la mort de Ferrer, passe encore, a dit Alphonse XIII,
que des socialistes les aient hurlées dans la rue, mais des intellectuels, mais des savants habitués « à peser des atomes et à compter des cellules », des gens graves, enfin, que le silence du cabinet ou du laboratoire met à l'abri des jugements hâtifs, adopter ainsi à la légère les colères simplistes de la foule ! Pouvait-on croire, concluait le roi, que l'Espagne fut un pays de sauvages ! Toutes les garanties du droit moderne y sont accordées aux accusés, et Ferrer, comme tous ses complices, fut très justement et très légalement condamné.
La réponse des faits.
A cette protestation du « bon roi catholique », dont nul d'entre nous ne suspecte la sincérité, quelques intellectuels français demandent à répondre, non par des phrases, mais par des faits. Il les emprunteront à la très consciencieuse étude à laquelle s'est livré mon ami M. Jean-Jacques Kaspar, avocat du barreau de Paris, lequel, au surplus, a achevé de se documenter à bonne source, ayant reçu des mains du secrétaire de M. del Muni (1) un des premiers exemplaires de la publication du gouvernement de Madrid, relative au procès Ferrer. Voici les faits.
1. Manque de garanties de la procédure légale devant les conseils de guerre espagnols.
A. Ces garanties ne sont pas les mêmes que devant les tribunaux ordinaires, les conseils de guerre ayant faculté de tenir l'accusé au secret indéterminé.
(1) Ambassadeur d'Espagne à Paris.
B. Le civil traduit en conseil de guerre n'a pas d'avocat, mais simplement, pour le défendre, un officier à choisir par lui sur une liste désignée d'office.
G. L'accusé ne peut appeler de la sentence, puisque celle-ci n'est portée à sa connaissance que lorsqu'elle est rendue définitive.
D. L'accusé n'est pas admis à produire des preuves dans la période postérieure à l'instruction.
E. L'instruction n'est pas contradictoire. La première partie, la plus importante (sumario), se fait en l'absence de la défense.
F. Le dossier n'est communiqué à l'officier de la défense que tout à la fin de l'instruction, et cet officier n'a que 24 heures pour le consulter et rédiger sa plaidoirie.
G. Enfin, en ce qui concerne Ferrer, son premier juge d'instruction, qui lui était favorable, lui fut enlevé.
H. Les juges militaires qui l'ont condamné avaient pris part à la répression de l'émeute, et l'accusation a fait appel à leurs souvenirs.