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II. Illégalités relevées dans le procès de Ferrer

A. Avant de faire comparaître Ferrer devant ses juges, on a cherché à le déconsidérer à leurs yeux en l'affublant de vêtements grotesques qui n'avaient même rien de commun avec la tenue réglementaire des prisonniers ; un gilet trop étroit pour se boutonner, un pantalon trop court de i5 centimètres, une casquette d'apache (sic).

B. On a refusé à Ferrer de lui laisser compléter ses déclarations, contrairement à la loi qui l'y auto-

risait, article 548, paragraphe 2, du code militaire espagnol.

C. On a refusé à Ferrer de procurer à la défense les publications de VÉcole Moderne, œuvres essentielles de l'accusé.

D. La défense n'a pas été admise à faire citer des témoins à décharge; par contre, tous les témoins à charge avaient été entendus et, même, toutes les accusations anonymes, enregistrées.

E. L'agence officieuse du gouvernement espagnol, l'agence Fabra, communiqua à l'agence Havas des télégrammes suivant lesquels, à l'audience, les témoins auraient eu la parole. Mais le Times du lendemain, ayant démenti cette allégation, l'agence Havas dut désavouer ces télégrammes. Le gouvernement espagnol prétendit alors que, s'il n'y avait pas eu de témoins à l'audience, c'était conformément à la loi :' or, la loi porte que les témoins seront entendus. (Art. 578).

III. Rapport de V auditeur général, près les conseils de guerre (1).

A. On y relève toutes les marques d'un procès d'opinion qualifié (jusqu'à la page 56). Il y avait eu, à l'audience, apparent effort de ne pas viser les idées et le passé de l'accusé. Ici, au contraire, c'est tout au long, une biographie tendancieuse, laquelle au surplus, ne put être communiquée à la défense,

(1) Rien n'est plus significatif, dans cette publication officielle du gouvernement de Madrid, que Vabsence de la plaidoirie du défenseur de Ferrer, capitaine Galceran.

2e rapport même étant postérieur au verdict. Cette pièce capitale décida du sort de Ferrer auprès du conseil des ministres.

B. Pièces secrètes.

Première pièce : relative à un autre procès pendant devant le conseil suprême de la guerre et de la marine, et où le nom de Ferrer était mêlé.

Seconde pièce : rapport tendancieux de la préfecture de police de Paris ; toutes deux ignorées de la défense, puisque leur emploi a été postérieur au jugement.

Tels sont les faits, les faits précis, dépourvus de « lyrisme humanitaire », sur lesquels se fondent les intellectuels français — et je nommerai entre autres MM. Séailles et Brunot, professeurs à la Sorbonne, Belot, membre du conseil supérieur de l'instruction publique, Pécaut, professeur agrégé de philosophie — F pour protester contre le meurtre juridique de Francisco Ferrer et décider la publication de Tétude de J.-J. Kaspar. Mais comme, à la requête des réfugiés espagnols, ces documents seront répandus dans leur pays où ils aideront à la revision du procès, je conseille à M . de Maizière de reprendre l'express de Madrid pour les porter à la connaissance de son royal confident (1).

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