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RÉPUBLIQUE FRANÇAISE

Mairie du Luxembourg.

Monsieur et cher maître,

Je vous autorise bien volontiers à visiter l'ancien grand séminaire. Les repas ont lieu à 40 heures et demie et 5 heures et demie. Je crois que la première heure est la plus convenable pour une visite. Si je me trouve là quand vous nous ferez l'honneur de venir nous voir, je m'empresserai de vous présenter les services.

Votre bien dévoué,

F. Herbet.

V expulsion.

Ne disposant pas de toutes ses matinées, notre rédacteur s'en fut donc place Saint-Sulpice le samedi 12, à 5 heures et demie. Après de nouvelles difficultés et

notamment cette allégation que, cette fois, les sinis très étaient tous partis, on dut bien le laisser péné trer, accompagné par un employé.

Ici encore, nous lui cédons la parole : — « Je gagnai aussitôt le réfectoire où je compta 75 couverts qui attendaient les hôtes, et je deman dai Mme Roger Marx, femme de l'inspecteur de musées, directeur de la Revue des Beaux- Arts, qu j'avais l'honneur d'avoir vue une fois, à l'une de me conférences, et que je savais attachée au service di réfectoire. Cette dame me joignit aussitôt, et aima blement, me fit asseoir. Nous étions à peine ei conversation qu'une autre dame la vint quérir Mme Roger Marx s'excusa un instant, puis me rejoi gnit au bout d'une demi-minute : « On vient de m conseiller de ne point vous parler ; vous ne connais sez pas cet homme (sic), m'a-t-on dit. Eh bien, m voilà, vous venez visiter notre réfectoire?...

Deux minutes encore et, cette fois, c'est le corn missaire de police, M. Cossin, grand favori de 1 Croix-Rouge, un jeune qui parle aux dames le cha peau sur la tête et dit : je vous cause, qui fit irrup tion dans le réfectoire. Il m'avertit que l'employé qu m'accompagnait ne pouvait perdre ainsi son temp et que j'eusse à hâter ma visite des lieux. Mme Roge Marx lui fit observer qu'elle s'entretenait avec me des services de secours. Quant à moi, pour tout ou trage, je tirai ma montre et demandai au commis saire combien de minutes il m'accordait pour ce entretien ? Là-dessus, il me menaça de me fair

l| sortir. — « Pourquoi ? » lui demanda Mme Marx aus- E sitôt. Le commissaire lui adressa la même menace S pour cette simple interrogation, puis passant aux ! actes, c'est à moi qu'il intima Tordre de quitter le \ séminaire, et il héla ses hommes. Sans me départir È de la plus parfaite correction, je me levai aussitôt, déférant à son autorité, me bornant à rappeler cet agent public au respect d'une femme, tant son attitude était grossière, sa colère furieuse, et l'engageant à ne pas me toucher, car il esquissa le geste de m' appréhender. Au milieu de l'effervescence qui s'était soulevée dans le séminaire, Mme Roger Marx r voulut me faire l'honneur de m'accompagner jusqu'à la rue, entourée de la même escorte que moi, et là, simplement, je dis à M. Cossin : « Au revoir, monsieur. »

Victoire laïque.

« Ayant prié Mme Roger Marx de témoigner de ces faits, quelques instants plus tard, j'étais avec elle chez le maire du VIe. J'exigeai une réparation immédiate sous forme d'une seconde visite au séminaire que je ferais dès le lendemain matin, officiellement, en présence du maire. M. Herbet me promit aussitôt cette réparation. Le lendemain donc, à 11 heures du matin, je me retrouvai devant le seuil sacré. Le commissaire y montait la garde et, derechef, il m'en interdit l'accès. Par malheur pour M. Cossin, j'étais passé auparavant à la Présidence du Conseil, d'où l'on avait téléphoné, séance tenante, à la Préfecture

de police. Le pont-levis de l'Eglise dut s'abaisser e M. Gossin capituler. Sur le perron, plusieurs fonctionnaires m'accueillirent, entre autres le maire, dont je serrai la main, et le commissaire devant qu je passai à brûle-pourpoint, sans un salut. Et je pus entreprendre ma tournée, cette fois sous la conduit* de M. Lebas, secrétaire général de la mairie, et noi plus flanqué d'un vague employé au temps pré cieux.

« Je me plus, dès lors, à parcourir tous les ser vices, à me faire présentera toutes les dames que j< rencontrai, leur adressant les plus sincères félicita tions pour l'excellence de l'installation. Je ne négli geai point la cuisine, la propre cuisine des sémina ristes où tant de braves prêtres et quelques tête; fortes se sont nourries, je humai l'arôme d'un cive de lapin gigantesque que surveillait en personm M. Christiaen, président de YŒuvrede la soupe po pulaire du F/e, je revis le fameux réfectoire où j« retrouvai Mme Roger Marx à son poste ; je m'enqui de l'ordinaire des troupiers de garde, qu'ils croyaien encore, tant il était succulent, devoir à leur am Chéron ; à côté d'eux, à la même table, on me signal; la pauvre mère dont on avait exploité le deuil, et j« me permis, non sans émotion, de la réconforter d quelques paroles et d'offrir un jouet à ses autre petits ; je demandai même à voir la chapelle, devenu* magasin, et devant la porte de laquelle je croisai ui ecclésiastique, peut-être M. Letourneau lui même qu'environnait une nuée de dames, les unes e

I autre ouvrant sur moi des yeux plus grands que es cadrans d'horloges pneumatiques.

Un nom difficile à écrire.

« Enfin, avant de quitter l'ancien séminaire, j'eus

cœur de laisser mon obole entre les mains de la résorière des Femmes de France du VI% Mme Char- I as Benoist, assise au bureau derrière son registre, et ; ntourée de son personnel. — Voici, dis-je madame, I n souvenir de ma visite. Elle me remercia, mais ! omme elle commençait d'inscrire : — Non, malame, pas Loyson. . . et je précisai : Hyacinthe Loyson. tfme Charles Benoist biffa l'L et traça un H en surcharge, puis elle hésita ; — Je ne sais pas l'écrire, ne dit-elle. — Voulez-vous que je vous l'épèle, nadame? H, y, a... La trésorière put arriver jusqu'à ['a, puis subitement, me tendant le registre : — Écrivez vous-même, monsieur ! — Volontiers, madame. — Et je signai. »

— Votre conclusion, maintenant? demandons-nous à P. H. Loyson.

— - « D'abord et surtout, ma fervente, profonde admiration pour l'œuvre de secours magnifique qu'ont assurée les Femmes de France à Saint-Sulpice, sous la direction de Mme Chabanaud, de concert avec les services municipaux du VIe, sous les ordres de M. Herbet. J'en ai été moi-même témoin, j'en suis sincèrement émerveillé, et cette œuvre n'est pas finie puisqu'on va suivre les sinistrés et les aider à refaire leur vie. Donc, admiration sans réserve.

« Ensuite, un regret mélancolique qu'un si bel unisson des cœurs ait été troublé par de mesquins ressouvenirs de politique, que certaines gens aient répondu à une offre de secours moral, faite sans aucune arrière-pensée, fraternellement, par une hostilité sournoise, têtue, ardente, et devant laquelle il n'était pas de ma dignité, ni de celle des journaux que je représentais, ni de celle de la loi républicaine, de reculer, une fois la lutte engagée par d'autres.

« Enfin, ce vœu que tous les Français répudient à l'avenir leurs haines intestines quand il y va d'un malheur commun ! »

C'est sur ces paroles de bonne volonté que nous avons pris congé de notre rédacteur.

On nous apprend à la dernière heure que l'ancien séminaire de Saint-Sulpice a été fermé d'aujourd'hui (1).

L'Action, 5 février 1910.

(1) Pour pallier la défaite de la congrégation occulte, les journaux réactionnaires rendirent compte de ces incidents en intitulant leurs articles : Scandale évité, Le café-concert de Saint-Sulpice. On a lu le programme de ce « café-concert », p. 78.

LES JUMEAUX DE SAJNT-SULPJCE

Le Maire du VIe arrondissement exprime ses

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