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fuyante, désirable et désespérée, sensuelle et se disant mysLique, sur laquelle se sont mudulôes bien des générations fémiaines, dont nous avons tous u[i peu dans les veines. La railler serait railler certaines de nos heures, et non des moins agréables, malgré que nous jugions coavenable d'y pleurer.
1! voyagea par goût et par nécessité profeasioDoelle, car la diplomatie l'attirait, sans doute k travers Chateaubriand. Mais en Italie comme en Grèce, en Grèce comme en Orient, ce qu'il vit surtout, ce fut Lamartine. Comme il n'a que deux ou trois détours de sensibilité, il n'a que deux ou trois interprétaiions hautes du paysage, qu'il nuance et rythme d'ailleurs avec art et adapte, en bon byroiiien, à ses émotions les plus directes. Des ruines inspireront la tristesse, l'inutile succession des humains sur un sol sans cesse recouvert; un lever de soleil témoignera d'un renouveau d'ardeur, et toutes les colorations de l'astre serviront d'étiquette à un espoir. Les giands thèmes généraux du lyrisme arrivent k leur rang dans un décor qui varie avecla légation, et le poète y subit les Impressions coutumières. Je sais bien que le succès même de ces œuvres les a banalisées et que l'orgue de Barbarie rend insupportable la plus belle musique ; mais d'où vient que les Métnoires d'outretombe n'ont pas vieilli et que les vers de de Vigny brillent aujouid'hui d'une splendeur nouvelle? Dans l'admiration actuelle que beaucoup professent pour Lamartine, il y a le sentiment du noceur blaï-é qui se fait une grande fôte d'un plat de bœuf et d'eau fiidcbe. Injustice au delà, injustice en
deçà : comment s'y reconnallre? Encore une angoisse lyrique !
Entre la politique de Lamarline et sa poésie il n'y a nullement celte autithèse dont s'étonnaient déjà ses contemporains et dont quelques-uns persislent à s'émerveiller. L'auteur des Méditations avait au plus haut degré les qualités oratoires. Son amour de la période, sa poursuite si claire de l'image, son chois de sujets accessibles à tous et traités d'une manière assez large pour faire le tour de tous les cœurs, voilà qui présageait de grands succès de tribune. Il ne les a pas eus aussi souteuus et complets que son admirable talent le méritait, par cette ànerie bien connue des esprits étroits et que multiplient les assemblées ; âoerie qui consiste à douter qu'on puisse être poète et homme de gouvernement : i J'ai l'instinct des masses, écrivait Lamarline, voilà ma seule vertu politique.Je sens ce qu'elles sentenl et ce qu'elles vont faire, même quand elles se taisent. > Sainte- Beuve lui attribue le sentiment vif des situationt générales, l'esprit en quelque sorte des grandis journées et des foules..., dont il excelle à (racei-en paroles émues, et comme en ondes vibrantes et sonores, les courants électriques principauxi. On lui demandait où il siégerait à la Chambre : « Au plafond'. » répondit-il. C'est la place que nous assignions tout k l'heure à sa poésie qui ne monte certes pas aux hauteurs de la Vita nuova ni même de Phèdre, mais qui est assez près du troupeau pour l'émouvoir, bien que le dominant. M. Deschanel nous donne, et c'est la partie la plus neuve et la plus intéressante de rou\rage, des
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aperçus el desexlraits de ses principaux discours. Certains sont divinatoires et stupéfient par le\ir vision à longue distance. A propos des chemins de fer, de la finance, quand il conseille à l'Etat deredouter le pouvoir des grandes Compagnies qui vont naître ; à propos de l'unité italienne, de l'unilé allemande, de la poussée des questions sociales, il trouve des images prophétiques. Il est vraiment le vates. Il voit les avenues des olfels et des causes avec une sûreté de regard pai-raite. Il est hautain, non métaphysique. J'imagine le plaisir que ce lyrique pur devait éprouver à nourrir de faits précis, d'afTaires vitales, immédiates et concrètes, une imagination que l'excès du bleu devait fatiguer i la longue et qui parfois broyait à vide, tit tout ce côté de la vie du poète est noble, intrépide, de sérieux exemple. L'évolution de ce caractère est parallèle à celle de sa sensibilité. D'abord un peu didactique, autoritaire et traditionnalisle, il s'émancipe par stades périodiques. Il arrive à la liberté, it la révolution même, malgré ses répugnances de modéré, moins par ambition que par la force de l'être, le développement interne de la nature sincère. Il redoute le joug, la tyrannie du sceptre, de l'or ou du peuple. Il parle, avant Proudhon,de féodalité financière. Il se méfie du césarisme. 11 se méfie du drapeau rouge. Il est grandiosement libéral.
Cette continuité de tempérament et d'altitude,. cette ample manifestation d'un esprit sage et droit et d'un cœur e.ïcellent, font de Lamartine un desplus beaux modèles humains. Il semble qu'il y ail deux grandes lignées : les souverains artistes, Irè*
LES IDÊBS EN MADCHB supérieurs aux autres et auxquels l'àme de ceux-ci n'atteint jamais, mais qui sont par là des demiétrangers sur la terre, comme les types d'une race disparue ou future; les prophètes de la niasse, qui célèlirent les Torces confuses, les aspirations universellemeDt partagées et donnent son prix à l'existence générale. Parmi ces derniers, Lamartine fut un des meilleurs.
Le neveu de Henri Heine, M. de Euibden, vient de publier, sous ce titre : Heine intime, toute une correspondance du poète avec sa famille. On y trouTe une grande tendresse filiale et fraternelle, le sens profond de la tribu et de iavie domestique. Les lettres vont de Paris en Allemagne, mais n'apportent guère de nouvelles de Paris. Elles n'ajouteront rien è. la renommée littéraire de celui qui les écrivit, car elles sont d'une simplicité toute nue, d'un au jour le jour dépouillé qui étonne un peu venant d'un pareil ami des arabesques. Elles racontent les petits tracas de la vie, les susceptibilités, les petites brouilles, les réconciliations, les ennuis d'argent et de santé. 11 n'y manque même pas le classique démêlé avec l'éditeur généralement truqueur et rapace, habile à tondre son homme du plus près possible. Une tristesse morne émane de ces pages. Voilà la vie d'un être beau, glorieux, apte aux émotions et auï jouissances. D'abord le départ, l'étuJiant, les grandes espérances qui se réalisent peu è. peu, mais gâtées par des tracasseries et des épisodes accessoires. Les amitiés qui s'effacent, les enthousiasmes qui s'effritent, 1»
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femme adorâe qui vieillîl et tounio en bile sa beauté finissante, l'éloignement de ceux qu'on voudrait près, lo rapprochement de ceux qu'on voudrait loin. El l'âge, la maladie, terrible pour Heine, vaste symphotiiedonlle talent fat Vandanle, S. qui nous devons ces nerfs aiguisés, celte sensibilité de flamine el d'élîiicolles, lo buisson ardenl des images. Aiusi la destinée déroule son fil noir. Ainsi, pour tous, fougueux, enivrés ou résignés cl mélancoliques, la roule est la même, creusée d'ornières, bordée de précipices, marquée de bornes et de signes certains, hâtivement parcourue, fatale. Or, ces correspondances qui vont d'un bout à l'autre et lîxent les repères en trois cents pages, sont d'une terrible cruauté, d'un désespérant automatisme.
Déjà. l'on avait publié des lettres de Henri Heine, qui figurent dans l'édition en vingt et un volumes de ses œuvres. En outre, une nuée de critiques s'est abattue sur l'ennemi des pédagogues et des compilateurs. Il y a bien, à notre connaissance, une douzaine de Souvenirs, jugements, Observations , Mémoires , Annulations , des nommés Sleinmann, Carpe'es, Gadke, Hiâpper, Bolsche, etc., etc., concernant le plus subtil et le plus aérien des poètes de la moderne Allemagne. Sous ce rapport nos voisins sont vraiment d'une grande gaieté. Leur amour pour les gloses est insurmontable, et, il faut le proclamer sans parti pris ni injustice, cet amour est malheureux. A part une ou deux exceptions, leur critique est d'une rare insuffisance, superficielle, diffuse et pâteuse à la fois, d'une partialité exlraordinaire, sous des
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dehors dignes et majestueiis. Quand à IleDri Heine, noLamment, les histoires de la littérature qui font autorité en Allemagne ne lui pardonnent guère son séjour en France, sa passion pour notre pays, et sa haine du dogmatisme. Et lorsqu'oii lit ces revanches de la perruque, il semble voir un troupeau d'éléphants guetter de toutes leurs trompes tendues le vol d'un papillon merveilleux, poudre de pollen et deluotière. La France, au contraire, est restée bienveillaute à cet étranger qui, comme Chamisso, vint lai demander asile, chercha pour sa finesse et son humour une patrie adoptive. Théophile Gautier, Gérard de Nerval, traducteur de plusieurs lieds, Théodore de Banville ont tressé pour Henri Heine les plus délicates, les plus aromatiques couronnes dont nous respirons encore les parfums, et, parce que ce charmeur parut nous aimer, il a pris place à notre banquet.
Au vrai, comme la plupart de ceux de sa race, Henri Heine fut un international, mais il le fui intellecluelleraent. Son œuvre n'est poini la fille d'un esprit qui se développe suivant une norme unique et caracléj'istique; elle est le résumé d'une multitude de tournures qu'a prises un tempérament souple et distingué, une sorte de parure cosmopolite, originale certes et brillante, mais pouvant paraître clinquant à qui n'y regarderait pas de très près. Tandis que Byron est bien un type . d'Anglo-Saxon, que ses révoltes mêmes contre sa race ne font qu'affirmer davantage, un fougueuï, un bouillonnant, un volcan des brumes; tandis que Gœthe représente la Germanie et joint dans
une œuvre telle que Fausf l'amplitude seplentrionale et son incoordination superbe à la mesure élégante du Midi; taadis quo Léopardi déploie en plein soleil une tristesse profonde, ombre noire des pays sans ombre et mène une tarentelle funèbre, Henri Heine nous apparaît un portrait composite de ceux-ci et d'autres encore, une superpo9itioQ de traits et d'attitudes empruntés à bien des races, bien des climats, et celte multiplicité môme constitue sama[iière,insiDueuse, prenante et troublante, mais qui parfois désoriente et choque.
De Goethe et de la pléiade romantique allemande il tient-lo lied et la ballade, le don du raccourci pimpant, l'art d'élever la réalité et d'orner tout le monde extérieur. Ses Tableaux de voyage sont le modèle du genre. Les Bains de Lucques, le Tarn.' bour Leijrund, les Nuits florentines, autant de tableaux délicieux et fondus oii les couleurs ont la circulation du sang. Plus que ses devanciers, il possède l'émotion qui hrise. Dans l'InterniezzOt son chef-d'œuvre, cette suite ^de poésies hasardeuses, de soupira et d'élans irréalisés, les larmes tremblent au bout de chaque strophe, fragilement suspendues k l'épithète heureuse, au mot qui frappe et ouvre le cœur. Il aime l'harmonie et la mesure. Son talent, paysage bizarre, est un reflet du Parthéuon dans le Rhin. La Grèce l'obsède ; s'il se cherche un modèle, il parlera d'Aristophane. Kien de moins vrai d'ailleurs. La satire est continue, emportée et fiévreuse chez Tauteur des Nuées et des Chevaliers. Ici c'est plutôt Lucien, la boutade amère et brillante, et cette suite de petits monuments achevés, dorés, Imuîaeux, a bien quelque
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chose d'hellénique. Mais lisez le Roinsuferu, tous trouvez ULi évocateur des civitisalions disparues, un barde des Maures, des Anglo-Saxons, qui retourne à la Germanie par desfi'agmeitsdeîViefeelungen. Lu magie esld'ailleurs puissante, fourmille de décors et de coslumes jusqu'à l'illusion complote et sur des rythmes appropriés, car Heine orchestre merveiiieuscmenl. Votre élODoement augmente encore ai vous !e parcourez en français : rien ne perd à la traduction.
L'esprit y est transposé avec le langage, phénomène peut-être unique, car les poètes tirés de leur idiome sont à l'ordinaire méduses sorties des Ilots. Ici nous retrouvons la transparence, le miroitement, le charme entier. C'est donc que, par un nouvel aspect, l'auteur tenait de notre France. Alors s'expliquent sa brièveté, sa'marche légère, son don de l'anecdote, de l'esquisse et du trait, la non-fatigue dans tous les genres. • Je vois tout ensemble dans ce verre, s'écrie-t-il dans la Mer du Nord, l'histoire des peuples anciens et modernes, les Turcs et les Grecs, Hegel et Gans ; des bois de citronniers et des parades militaires ; Berlin, Tunis et Abdéra, et Hambourg, mais avant tout l'image de la. bien-aimée, la petite tête d'ange, sur un fond doré de vin du Rhin. » J'y vois aussi la France, et dans la France Paris, et dans Paris ce que le boulevard peut donner aux regards d'un philosophe qui le traverse, l'habitude de ne pas tout prendre trop au sérieux, [de morceler, de socratiserses opinions et ses doctrines, et de verser dans ie verre un filet satirique qui hfttera la corruplion.
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Nous arrivons au iioinl sensible de lleuri Heine : nous louchons la clef qui va nous l'ouvrir jusqu'nu fond, li est le miroir de la race juive. Trois poèmes de lui le caractérisent neltemetil ; -4 ((a Trolls le Rabbin de Bacharack et le Livra de Lazare.
AtlaTroll est une plaisanterie à l'adresse des poètes souabes el des pédagogues, une danse des ours bizarre el grotesque. Là se manifeste surLoul la puissance dissolvante de notre auteur. 11 apparaît comme le ver du romantisme. 11 s'est glissé dans le fruit, s'est nourri de son suc tellement qu'on le croit légalement savoureux ; loiil à, coup le fruit tombe et le ver se réjouit dans sa pulpe décomposée. Et l'œuvre entière de Henri Heine est lézardée par un ricanement singulier, maladif, diabolique, qui souille ce qu'il touche, et tout ce qu'il touche esl noble, qui gale les corsages des plus jolies héroïnes, fausse les notes du ros-ignol , noircit la neige des sommets, jaunit les feuilles au printemps. L'émotion étaità sou comble, le cœur bien engagé, quand loul à coup l'on entend résonner ces grelots involontaires et malsains, présage de l'uiuo et do désastre. On parlait pour Berlioz et on tînitdans Olfenbach. C'est insaisissable el pourtant sans conteste. Il y a bien un papillou, mais il reste un venin de chenille. Par là on put lui reprocher une influence négative. Beaucoup de poètes de sa sorte ruineraient fi jamais la poésie. Les grands, les maîtres dans la satire n'ont point ces sournois arlifices. Le Dante, Byron, Léopardi abordent l'ennemi de front et de poitrine. Ici ce qu'on prenait pour une veine du marbre le plus pur élait un fdet de vinaigre qui dissout la
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roche lentement. Dans un tout autre genre, avec plus de mollesse, Renan posséda, lui aussi, celte faculté corrosive et ce ruineux procédé qui consiste à s'insinuer dans tes fagous et les exaltations de l'adversaire, grâce à un adroit mimétisme, puis à faire diavïrer ia barque pai' ua terrible, uu luéplii»tophélique détour.
Le Livre de Lazare, c'est l'adieu d'uo négatif h la vie, le testament de cet esprit subtil et charmeur, qui parut aimer Napoléon et Gœthe, mais réellement n'aima personne, ni sa patrie, ni nous, ni les autres, ni le Tambour Legrand,m le romantisme, ni les classiques. Lisez Soucis babyloniens, ' le Nê'jrier, le Burg des Affronts. Le ricanement s'est fait sinistre. Les fleurs sur le lac au reûet d'acier, reflet qui monte de sa profondeur, prennent des teintes plus belles, plus riches que Jamais, des nuances de mort. L'amour a disparu, la jeunesse, la beauté aussi ; la foi, il n'y en eut jamais.
Du sublime au ridicule, il n'y a qu'un pas, madame, etcepas fut toujours franchi. Cette émotion, qui nous étreignait, n'était elle-même ni bonne, ni issue d'altruisme, ni fille de l'amour pour l'humanité. Elle nous apitoyait sur le déchet de notre conscience, l'irréalisable de nos espoirs, sur notre irrémédiable fatalisme. Et ceux-là seuls seront immortels qui ont chanté la liberté, l'humanité et leur terroir et qui ont eu confiance en leurs chants. Pauvre Henri Heine, douloureux nomade, tu nous as donné des joies, mais dos joies amères et souillées, et c'est pourquoi, après t'avoir aimé, l'on ne t'aime plus, pourquoi l'on te trahit j à ton