U. TAISE
son univers sur l'hérédité, celui que l'analyse emporte lui doivent !e meilleur de leurs théories. Or, comnie son enseignement est inépuisable, il nous apprend aujourd'hui à ne juger que d'après nousmêmes, à n'admoltrâ quo cû qao nous avons compris, Eoumis à notre équation iodividuelle et morale, à repousser tout préjugé histoFique, tout esprit de parti, toute main brutale mise sur nos opinions, DOS façons de sentir et de vuir la vie passée.
Oui, dans cette œuvre robuste et sincère, il y a deux grandes parts. La première est intellectuelle et artistique. Le traité de l'Intelligence en est un des piliers. C'est la synthèse grisante de toutes les conndssances de l'époque considérées dans leur rapport au problème de l'esprit humair. Taine appelle quelque part Balzac et Shakespeare les deux plus grandsmagitsins d'accessoires. 11 est lui-même pour l'abstraction ce que ces deux génies • furent pour la réalisation concrète. Aucune des idées circulantes qu'il n'ait arrêtée au passage, examinée, scrutée, jointe à. ses congénères, doublée de vigueur et de relief, eten quelque sorte passionnée. La trame la plus serrée de la réflexion est ici riche de couleurs, solide et souple comme pas une, et résiste aux ongles du temps alors que l'architecture des hypothèses est la plus prompte à s'elîriler, à voltiger en poudre impalpable. Qu'il ait subi Terreur des positivistes et des évolulionistes, qu'il ail eu le tort de peser l'impondérable, de décomposer l'unité et de prendre leUt théorie biologique pour une solution éternelle, c'est certain. La métaphysique aura toujours sa valeur pour ceux qui bondissent d'emblée au delà des apparences, se
meuvent aisément dans un éther d'où ils banoissentjiisqu'à l'atome; et, quanta la mystique, elle échappe à. toutes 1rs attaques, étant un olTort d'illumination intérieure, un abri hors du siècle, de l'espace et du temps. Il n'en est pas moins vrai que, seul, Taiue savait rendre la spéculation attrayante et productive, lui ôtor ce signe de stérilité qne lui donnent les spécialistes, les exclusifâ observateurs du fait.
C'est qu'il était, avant tout, un poète. Il l'a montré d'abord duns ses uotes sur l'Angleterre, sur l'Italie, les Pays-Bas, dans maint fragment dispersif, essai de crilique et d'histoire, Sa poésie lui est toute spéciale. II asa strophe, son aolistrophe. IVabord des petites remarques ju.itaposéea au bonheur des mots, un grouillement de documents et de notes toujours caractérisées, originales, surpreoaales. Cela s'enfle bientôt, gronde et monte ainsi qu'un ensemble d'orchestre et aboutit tout à coup à un bundissement dans la lumière, à une émission d'images débridées, inoubliables. L'ensemble demeure lucide. Tant d'énergie déployée concourt k une raison ; chaque élan est un terme d'une série et la jonction de ces séries fait la preuve. On ala sensation que l'évocateur n'omet rien, que le moindre détail est à sa p4ace, ne se perd point dans la fougue totale; et ces ruines que le souvenir fait des monuments littéraires restent après la lecture, k l'épreuve de la rêverie, dorées et chaudes, retentissantes encore du cliquetis des périodes, tressaillantes de l'âme de l'artiste. Quiconque recherche le beau frisson n'a qu'à ouvrir la Ltltératureanglaise. La page vibre de vie puissante. Elle bruit et s'agite