‹ Les idées en marcheChapitre 22 sur 57 · GEOBGES RODEKBACH: LE VOYAGE DANS LES YEUX · texte numérisé non relu

GEOBGES RODEKBACH: LE VOYAGE DANS LES YEUX

Les poètes contemporains suivent deux roules 1res différentes. Les uns, continuant la tradition du Parnasse, obéissent à des règles fixes telles que les ont établies les maîtres. Ils livrent, coariants, leurs images et leurs rêves à ces belles et somptueuses cadences auxquelles notre esprit trouve certitude, notre oreille clarté, notre mémoire vénération. Ainsi Jean Richepiu.prodigieuxassembleur de rimes et da rythmes, soumet sou audace dorée à des lois qui passionnent d'autant plus qu'elles paraissent dompter l'indomptable. Ainsi José Maria de Hérédia, dont les fameux Trophées ont enfin paru, livre postérieur au souvenir, mène son char triomphal sur un stade aux bornes inflexibles ; son attelage est sans défaillances. Les autres cherchent au vers une fortune nouvelle. C'est Veriaine, vagabond du chemin de Damas, qui s'enfonce peu à peu dans des brumes louches et sans frissons. C'est Stéphane Mallarmé, plus curieux, plus robuste, très fin tailleur de quartz à triple et quadruple réfringence où sont en suspension des vérités et des énigmes de couleur.

Georges Kodeiibach, plus jeune que ces lÉlos de ligne, maU déji connu et apprécié pour le Régna duSilsiice el Bruges iaAforle.uo délicieux roman, participe & la double leiidance. Cerle^, il est OU du Parnasse. 11 en a la justesse et la Torce. Or sa complexité cérébrale, sa sublîle et inruiie recherche le rapprochent plutôt des dissidents. Ue là sort un poète personnel et troublant, capable de contenter les amis do la forme et ceui de l'analyse, à la profondeur limpide. Qu'il prenneun symbole, une idée, il descend jusqu'au fond de la grotte merveilleuse. Il décrit les parois, leur nuance, les stalactites. Il arrive au carrefour que jamais le penseur n'élude, où la cavi!riie fait jonction avec d autres, dessine une maille du mystérieux réseau qui nous enveloppe l'univers. Ne craignez point de vous perdre. Le fil qui dirige est solide et sans fêlures, fil de lumière tissé par l'ombre.

Le livre que Hodenbach présente cotte fois au public est petit. U s'appelle (e l^oyage dans les YeuT, Mais il donne par ses cinquante pages une essence que rien n'évapore. Son parfum flotte dans la chambre de l'esprit, léger, spirituel, insaisissable. N'est-ce pas une grâce de la poésie d'accaparer ainsi la mémoire? Il semble que notre cerveau ait un rythme propre auquel le rythme des verscoincide. La prose même majestueuse nous parait sans repères. Songez aux phrases de Chateaubriand. C'est par ce qu'elles ont de cadencé qu'elles sortent pour nous des ombres oublieuses. Ces verbes indéterminés et splendides, ces précis ornements ne suffiraient point i la reviviscence. Ce qu'on se rappelle aisément c'est l'harmonie fluide de Lamartine,

Page 1