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EL'GÉ.VE SIMON : SUR LA TERBE ET PAR LA TERRE

Il est peu de penseurs en France que n'ait violemment secoués la Cité Chinoise. Pour la permiëre fois on nous ofTraît un ensemble de renseignements clairs et métbodiques sur ces contrées mystérieuses, ces sociétés si durables et caractérisées, ce puissant organisme qu'est le Céleste Empire; un aussi grand corps vit en harmonie et en santé sur notre planète, h quelque distance de nous, alors que les maladies nationales, l'usure et 'a mort, paraissent la règle universelle: et nous n'irions point étudier le phénomène, profiter de ses secrets si simples, voir comme il se nourrit, comme il se vèt, comme il se reproduit et comment la somme des vertus l'emporte sur la somme des vices, ce qui garantit la durée! Certes la Chine n'a pas échappé aux lois générales. Elle eut aussi ses bouleversemeots. Dans un récent et bien curieux ouvrage, la Lutte des Races, Gumplovicz insiste sur ce fait que l'éloignement et l'abîme des mœurs supprimant les différences, lesquelles ne se sentent qu'après une forte prise de contact, nous sommes portés à considérer les Chinois

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. comme tous semblables les uns aux aulres et leur civilisation ainsi qu'une surface plane, ininterrompue ilatis le temps et l'espace, une si^iie de formule» figées, une momification (tel fut longtemps le préjugé), alors qu'au contraire il n'est rien de plus vivace, de plus modifiable el de plus menaçant que l'énorme empire oriental. Quoi qu'il on soit, le livre d'Eugène Simon fut une révélation. Admirablement construit et orné, il décrivait, dans une première partie analytique, les pièces robustes du monurjieut, la propriété, la famille, l'b^tat; unesecondo partie do synthèse èlail le séjour do l'auteur dans la famille Ouang-Miog-Tse, une véritable Idylle écotiomique, attendrissante et détaillée, d'émolion pittoresque et qui donnait envie de vivre làbas ou comme iJL-bas, dans ces pet'tes demeures si

■propres, au centre d'un enclos fertile, où chaque objet est à sa place, où le labeur est minutieusement réparti, aux odeurs d'aromates, de laque et de triidilion, où les vivants travaillent et sommeillent à côté de leurs ancêtres morts, connus et vénérés, où tout s'accumule, se symbolise et rien ne se gâche, où l'homme fait partie d'un arbuste, la famille, qui pousse et grandit au même coin de sol, ombrage un bonheur resserré.

La Cité Chinoise n'a pas fait que des admirateurs théoriques. Un ancien major de l'armée aoglaise, M. R. Poore, un de ces esprits sages et résolus qui sont l'orgueil et la force de leurrace, a été frappé des immenses avantages que présentait la civilisation de ces êtres jaunes et long nattés, et des périls ^ans cesse accrus qui s'accumulent autour de la nâtre.

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Etabli danele comté deWiltshire, à WiaslerBlov, béoéficiant de toutes les libertés que laisse & l'initiative individuelle la législation anglaise, il a commencé là une expérience singulière, peut-être pleine d'avenir, un essai d'organisation à la chinoise, par groupements de familles qui cultivent chacune un lot du sol à plie atlrîbné, associent leurs intérêts et leurs alTectioos, se rangent sous la discipline d'une sorte de conseil des anciens et des plus sages. Ceux-ci, à intervalles fixes, n^glementent le travail, tranchent les litiges, tiennent les livres de raison où s'inscrivent les récoltes, les bénéfices, les années mauvaises, les décès.... Une pareille tentative n'est pas, onle pense bien, de résultat immédiat. Néanmoins l'esquisse a réussi et progresse, et quelle fierté ce doit être pour M , Eugène Simon de se dire qu'un petit coin de terre se conforme à des lègles qu'il a méliculeusement tracées ! liéaliser une œuvre pacifique que l'on croit bonne et dontle rôve absorba votre vie, quelle joie plus vive? M. Godin fut&Fourier, pour le phalanstère de Guise, ce que le major Poore est h Eugène Simon- Profond sentiment de la fraternité humaine ! On nous affirme que l'ëgoïsme mène le monde et pourtant tel petit conseil municipal ordonne la plantation d'une avenue d'arbres dont il ne verra pas l'ombrage ; pourtant il naît des Proudhon, des Fourier, des Le Play, des Eugène Simon, des hommes que le sort de l'individu préoccupe moins que celui de la société, qui placent leur idéal dans le groupe. Ils sont les carrefoursde nos sensibilités. Dans leurs œuvres on se reconnaît, on s'appelle, ou

se sent les coudes. Tandis que les grands artistes nous font camarades d'admiration ou de pitiâ, eux nous font amis de compassion et d'intérêt. La fièvre qu'ils nous communiquent a quelque chose de pratique, de tangible, de moins verbal ; c'est ce qui ennoblit tellement leur rôle...

Sur la Terrn et pur ta Terre a paru ici même- Je n'ai donc point à analyser le livre pour les lecteurs de la Nouvelle Revue. Il est d'ailleurs si dense et de ramiQcations si nombreuses que ta besogne serait trop rude, li commence par une sorte de cauchemar qui va de l'effrayant au doux, do notre société qu'écrasent l'industrie mal comprise et l'agiot à la société si cohésive des Chinois. Il n'était pas besoin de ces évocations pour nous démontrer qne M. Kug. Simon est un poËte. Mais il est un poète d'un genre spécial et que Platon, je pense, n'aurait banni de sa République, lalimement persuadé que l'homme soulTre surtout de deux maux, la crainte de la mort, l'inhabileté & tirer parti des richesses qui l'environnent, il propose hardiment ses remèdes. Déplacer le paradis du ciel sur la terre (d'où le titre de l'ouvrage), organiser notre monde suivant nos aptitudes et suivant nos besoins, reconstituer la famille, la pl^mter fortement dans le sol qui fait son droit, son énerve, sadurée, fonder le culte des ancêtres, garants du bonheur des vivants.

Ceci c'est la trame générale. Mais le délai! est savammentsuivi, chaque objection levée, chaque difliculté résolue. On sait qu'à l'heure actuelle les utopistes et révoltés se rangent sous deux bannières opposites : le socialisme annihle l'individu ;

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