‹ Les idées en marcheChapitre 26 sur 57 · SIMON ; SUR LA TERRE ET PAR LA TERRE · texte numérisé non relu

SIMON ; SUR LA TERRE ET PAR LA TERRE

il prône la fouLe-iiuîssaDca do l'Etat, le relouri celui-ci des mines, des banques, des chemias de fer, el sacrifie la liberté k la satisfaction des besoins. Non qu'il néglige les ressources morales ; mnis il les plâCe en douxièuie rang, son but ssl d'organiser le travail pour tous etpar lou3,gràceà l'association aussi bien nationale, entre ouvriers d'un môme pays, qu'internationale. Basé sur des revendications justes, sur des motifs inéluctables, et d'une mise eu pratique plus aisée qu'on ne croit, utilisant l'idée coopérative qui est noble et humaine, te socialisme a le vice grave de supprimer la pairie et de faire du citoyen un automate. Enface de lui l'anarchie, qui est moins une doctrine qu'un mouvement expansif de l'individu et réclame pour toute personnalité le plus grand développement, sans freins ni barrières, l'anarchie apparaît un jeu d« l'esprit, une métaphysique fruste, sans réalisatioH possible.

L'idéal de M. Eug. Simon est également éloigné de Karl Marx et de Kropotkine. L'auteur de la Cil-é Chinoise a des points de contact très nels avec Tolstoï et surtout avec Le Play, Ce dernier fut un grand esprit, tenu longtemps en suspicion pour ses opinions religieuses, car Homais,quoi qu'on en dise, n'est pas mort. Chose étrange : Le Play, qui croyait au paradis, a défendu une thèse très voisine de celle d'Eug. Simon et il suffira, pour s'en convaincrCj délire dans la-Réforme sociale le chapitre intitulé' l'Agriculture par la famille-souche. Toutefois il est des différences ; Eug. Simon insiste sur l'amour de la terre. Elle est la grande génératrice de bienfaits ; mais, pour qu'elle les dispense, il faut

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l'aimer. Dans la grande culture on ne coonall pas rendroil qu'on ensemence. C'est l'anonymat. Aucune affection réciproque. Au contraire la méthode cbinoÎEe assimile l'homme au sol qu'il féconde et légitime la propriété. On se rappelle, dans la Cilé antique de Fusiel de Coulaages,lâ beau passage où l'admirable historien nous montre cette môme propriété fon-,l('c jiiiniilivcraentsur le diolt qu'a tout séàieutaire.dB coaaeryea ta. pl&c» où son père est eBSeveli^léf^tiinée-parla sépultuce. LesoletJetrsr vfiil du sul, la propriété, la famille, le cait« des amcétr«s, qnatie propositions conD^ses^ chaluedont chaque uioeau indiapensablâ motive et nécessite le suivant. Et peisqae L'homme est partout l'honmte, la ChiEbe. a'eui pas le uiânopole de' ce& vuee pxofondes et si vraiesv [l e&teaEurope, ilest eu France même d«8 îii£Ui6MMia;âe L^EÎlolce qui témoignent d'une p«i>eiLleHagcefie. C'est précisément dansdee contrées célèbres parle patriotisme et la force des babilauta qu'oQ.r«lriMive ees cuiieux vestiges : chez lea Basques, ea NiTernais.

L'institulÙMi de& bia^ia. communaux eneoie vi'vaceaur jibLueieurs poiiris peroieb à..Eu^iie SïauMi de tracer aiaete&qHisa&defrpilioiiiue&seloa sao-tëva inunédîotenieQt p«sailriie8>, Qjiie l«e.eoatnMinea'tuLtent, eneouraftéesipai l'El^idesexpérjeiicesiSui ces bteos coBimuinaiiiX.. Q.ii'eil«6 les cofiQeat à .tiu.' petit grmipe d« dix familtee, ainà qua cela s'est fait en AB§l«teFie. Que IA.OÙ lesbîanffcamHumauxn'exi»tent pw, oa aelaète-du soltMn gras^ piopriétur«3. ^ cenz-ci refusent, qu'on proeèdi». an besoini das

ezpropriHtions Mais, héla»! en Cu^itda teMpa

et de l'effort peur m»di&«r«iiMi lai a*L dfn gvaé

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pays. Et certes les réformes projetées sont 9édatsantes. Certes la misère et la dépopulation soat deux fléaux conjoints qui chaque jour augmentent. Certes tout le monde abandonne les campagnes pour se précipiter vers les villes. Plus d'agriculturCj partout une industrie meurtrière. Plus de travail libre et joyeux. Partout le prolétariat, aussi lugubre que l'esclavage. Bientôt il n'y aura plus de citoyens, il n'y aura qu'une poussière mobile. Les idées révolutionnaires, vous dira Eugène Simoa, ne germent que dans les esprits détachés du terroir.

La question de l'impôt serait tranchée, dans l'hypothèse chère à notre auteur, par un impôt foncier unique et proportionnel. Celui-ci n'entraverait point la petite culture, mais ruinerait les trop grands propriétaires . II fut déjà proposé par Henry Georges dans son fameux ouvrage ; la JVationalisation dusol. Le Play qui, lui, prônait, en somme, avec sa famille-souche, une sorte de régime féodal modernisé. Le Play insistait surtout sur la réforme de l'héritage. J.e partage forcé lui semblait une des causes les plus vives de désorganisation de la famille et il réclamait en première ligne la liberté testamentaire. Ces opinions diverses nous montrent comme tout se tient dans la question sociale. Un Etat est une solution cristallisée. On ne peut modifier le type d'un cristal sans modifier aussitôt celui de la masse.

Ces réflexions trop brèves et dispersives, je neles regretterai point si elle vous font lire le livre d'Eugène Simon, vis-à-vis duquel les périodiques même spéciaux ont gardé cette attitude réservée qui sied à l'envie comme à l'étonnement. C'est

LES lUËKB EN »AnCllE

qu'hélas! la vieille économie politique aTail son temps. Elle ne satisfait plus personne, el ses der-

défen seurs regardent avec tristesse les débrisde Ricardo, d'Adam Smith, de Quesnay péniblement recousus par nos opportunistes elTari!s dn grand

ement actuel des esprils.

TEODOll DE WYZBWA; VALBERT OU LES RECITS DUN JEUNE HOMME

Voici un li\re éciil d'un style chai niant et rare, avec les brisures, les pauses el les césures du xvm* siècle, avec la fièvre de la phrase moderne,uii livre où le héros, jeune homme intellectuel, court après sa sensibilité comme l'autre courait après son ombre, et promène, dans des velléités passionnées, une àme de ratiocinateur & outrance, bondé de lectures qu'il veut convertir envie et de jugements qu'il prend pour des élans du cœur ; voici un livre joliment construit, quoique sans lien apparent, par uu enchaînement successif d'anecdotes brillantes et lucides dont chacune reflète un coin de caractère. Or depuis que ce Valfceri a paru, personne ne s'en est occupé . On n'a pas vu, ou l'on a feint de ne pas voir, qu'il y avait I&, relevée avec une gr&ce délicate et minutieuse, la carte nouvelle du pays du Tendn, en maint endroit,' bélas ! desséché, sources taries, petits arbres demi- poussiéreux, horizons tout rayés d'un doute m Slan colique, statuettes de l'Amour brisées sur l'herba. Et cependant chacun porte d&ns son cœur quelquesuns de ces aspects élégants et détruits, cadavres

des combats que selivrenl k perpétuité géométrie et finesse.

Le chevalier Valberl est un neueii de Rousseau. Il tientde son oncle l'impression nabilité excessive, le perpétuel frisson que communiquent les choses et. les èlres à. une nature tumultueuse, le don de se chitier soi-même, le désir sans cesse tendu et qui épuise sans se réaliser, un goût très vif pour le mépris, le remords, et, dans les intervalles, une angoisse mélancolique où s'humanise le monde extérieur. Toutefois, bien qu'épris de spontanéité et cherchant à délivTfir sou âme, Valbert est fils ■de l'analyse. C'est ici que M. de Wyzewa, si admirateur de la lUtérature d'imitation, déploie irae iori^nalitié qai fut, sans paradoxe, la valeur de .toutecenvreâ'.u-t.-So«i jeune homuite, qui demande de l'am«Br coBLEse <im supplicié d^iutiée -k boire, argumente sanea soif avfc une dialectique -merveiileuae ôlaeirrée; il se regarde, il se surveille, il s'épie : ilnoteses tressiSllemeats, les plusTa^ ,gues oontoars de ses rêveries d'actes, si électriquement nervsux )(fue ce qui l'attirait le repousse, iqœ ce qni le repoussait l'attire etqu'îl oscille d'un pôle du voïloir k Vautre d'une mamère presque .:monotane. Son cas n'est point. banal : il a la tête bounée de lectures qui ne s'évanouissent jamais cmnplèlefnent et laifisnat sue trame aloulfrureuse «ù ia vie vient peu & psu «eMssvr «i dessins prévus, alors qu'il seraità efaanaastxie la voir criotallisée .en liberté, tel le givre blanc .sur l«s vitns. Il eut l'amour de la pbilosqphie, des pa^ Abstraits où l'on s'eafonodindéfiainient, qai grisent caouDe les -glackin, oomue la-nier, joais d'«&'ieret»ar est

deËât^chant et maussade. Or il est revenu ei vite ! Quand 90Q anii le trojve pour la première foi» sur les marches du théâtre de B'ayreutli et sur les ruines de ses illusions logiques, il n'a plus qu'uD besoin, riicimlcr friiii(^^li'ni.?iiieiil les aventures de aoa ima^riualiou troublés, cbaotitjue, surchargée de connaissances au point d'ètreun sinistre automate et n'aspirant qu'& la plus riche, à la plus généceuse expansion \itxle. Ses anecdotes ne dévcn- ]«nt que iui-mèœe. Infortaoé chevalier! Nous avons tons une parcelle d-i son mal. Sar la route chaude de la passion, où les arbres ienddnt leurs branches d'ardeur, <où le ciel palpite de ïlèvre, il voit venir qaelques douces silhouettes si belles & distance, mais que l'approche dégrade et dissont. A^ssi ne leur demande-l-il pas l'impassible, h cas pauvres filles de rue ou de chambre, ou de tlié&tre, ou de bourgeoisie? Une seule est couforra&à son mirage : celte amie si troublante, hors du réel, qu'il évoque et caresse et adore, qui s'évanouit un jour, comme elle était venue, à l'improviste et pour jamais. Comme il gàcbe tout, ce Talbert, Avec une sorte de joie de saccage et de ^sacrilège t .11 vante la bonté, la pitié, la simplicité de oeeur, mais il semble que c'est pour miens jouir des toi^ tures qu'il iaflige à toos< ces repos de l'&me. Pas jm coin de lui qu'il n'ait esploré, pillé, dévasté. Cependant il n'est pas sec; on le plaint, onTOu* idraitie consoler; ici encore on serait dfipe; car il .aime la coneolstion, non par tendresse, mus par peFversilé. La perversité n'est-elle pas cette tonrflore d'«spi<il qui nous ponsse à provoquer ou conjoindre artiBciellemeot des senlimenls naturelst

LES IDÉES Ë\ MABllHË

RecouvrB-l-on jamais la sensibilité perdue? Grave et douloureux sacrifice! Et qui le consomuaeî L'éduralion, l'habitude, les fréquenlations, le mauvais usage de la parole pour le mensonge et la banatUé. L'homme se développe par stades successifs. Rappnlons-nous notre enfance. Elle élait toute seosibililé, source limpide et fraiche. Là, encore nous allons puiser quand nous voulons étendre, adoucir le vin acre et noir de l'Age mflr. Comme les choses entraient loin en nous! Telle petite circonstance d'alors, localisée de telle façon, nous émeut encore avec une vigueur prodigieuse et traverse les croûtes, les stratifications que l'usage de !a\ie dépose sur nos mémoires. Ensuite vient la sensualité, obscène et bondissante, qui déforme les traits à. l'âge ingrat, bouleverse le caractère et, refrénée par la discipline maladroite descollêges, accumulednvice pour plus tard. Puis, au sortir de cette fournaise, c'est une réaction abstraie, et, chez quelques-uns, presque mystique. Et cette heure coïncide avec la curiosité universelle, avec la préparation aux grandes écoles. On s'encombre, ou se surcharge l'esprit de notions, de classifications, nouveaux dogmes si durs, si féroces, évangiles de la science impitoyables et qui ne parlent que demort. Aprésvieonent les tristesses, leschargesde la vie que nul rayon n'éclaire plus, et l'on s'étonne des aspects moroses et les sots orient au pessimisme, et les mêmes sots s'indignent ai quelques-uns, épouvantés d'un horizon noir et métallique, se tournent attendris vers l'enfance d'eux-mêmes, desautres el de la race, et crient: t De l'émotion, de l'émolion ! » pluldl que : < Des lumiëles, des lumières I » Ëh ! des lumières, nous en avons

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lellemont que l'obscur est encore plus opaijiiG au tour d'elles. Oui, toiilBs lumières crues, iQsolenles,aveuglunLes, de prétendu progrès, de gaz et d'atliéîsme, d'électricilÉ positive, qui brùleul les regards et n'éclaireuf ijuo IimÏcIil', lumiiTes mal promenées, aux eiidroits dangereux, tenues par des mains d*audace et de haine, bientôt détestables et détestées I

En lisant les aventures du chevalier Valbert, ces projections d'un égoïsmequi voudrait se retremp er dans l'amour, l'on songe invinciblement è. l'énergie de cet an:knur qui anima en effet tous les héros, jusqu'aux intellectuels, et fut le sol vibrant de leurs magnifiques conceptions. Cette sensibilité si vive de l'enfance, les femmes la prennent sur leur douce poitrine, la caressent et la chauffent et la rendent à nouveau active. Je vois Mme de Warens se promettant au transporté Rousseau dans son mélancolique jardinet, la vie de laitage et de volupté sous les frais ombrages des Charmettes. Je vois la Lili de Gœlhe, coquette et rieuse et fuyante : Béatrice, fleur venue du Paradis, pétale de la grande rose qui tournoie, odorante et sonore, devant la majesté divine ; et Laure, et Mme de Beaumont, et Mlle Volland et tant d'autres qui animèrent de leur souffle léger les rêveries des hauts penseurs, brisèrent en émotion leur force logique , firent de leurs fins cheveux les fils de leurraison. Gomme l'humanité doit leur être reconnaissante à ces adorables verseuses de désir et de Joie! Si les Champs Elysées ne sont un [eurre, toutes en toilettes claires, sous les feuilles mystiques, doivent s'y féliciter de leur œuvre, s'enorgueillir en entendant monter vers elles nos prières et nos louanges confuses.

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Il faut rendre cette justice à M. deWyzewa qu'it fut l'un des premiers à prùner ce retour à ia seosibil'M dont tant de Jeuues gens sont épris aujourd'hui. Dans un livre gracieux et profond que j'ai analysiîici-inème, diiasï Ennemi des lois, Maurice Barrèd avait posé le problème avec plus do netteté encore i^u'od ne le remarie eo V&lbert. 11 avait monti'é'som persoTtDftge entre deni: femmes souples et obarrasQ'tes donlj'une personnifiait la logique et l'autre l'émoiion. Le chevalier, quoique plus entouré, est bien ptns seul qu'André Maltère et cette solitude qui le vend si malheureux Unit par neuK foire envisa^r sa phiisie comme une promesse de délivrance eocore plas que oomme une «s{)dicfttioii à de telles bouftées émotives. J'ai entendu reprocher à ces récits passionnels le urdéoousu4 je ne suis point de cet avis. Go que raconte un homme n'est jamais décousu si ce qu'il raconte tient à sa perBonnalité. £t c'est son propre développement rationnel et sensible que Valhert analyse sous nos yeux et qu'il étiquette de noms féninins en se dupant avec le mot amour.

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