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LES IDEES I

recevaat du cœur un sang méthodique et chaud, de celte façon ambiguë et discutée dépend eu réalité notre avenir. Sous des formes encore vagues et timides, le fédéralisme sort une main de chaque province et fait des signes. Ces signes effraient les perspicaces. Le fédéralisme est de sources diverses : besoin d'autonomie locale, Jalousie du centre, peutélrc mystérieux retour aux mode^ et aux mœurs passées. Une grande contrée telle que la France ne change pas sa cristallisation en un jour. Ce Richelieu qui nous parait si calme et si hautain par la distance, comme ces marbres antiques que nous croyons froids parce que nous comprenons moins les passions qui les animaient, ce terrible cardinal fut un révolutionnaire. Le manque de soubresauts et de brusqueries a fait la durée de son œuvre, parce que chaque jour marquait un progrès de cette volonté perpétuellement tendue. Suivant la tradition de Philippe le Bel et de Louis XI, il a fait un faisceau, la hache au milieu, du pays qu'ils administrèrent, et dont quelques-uns voudraient aujourd'hiri disperserjes baguettes. Prenez garde ! leur crie ilanotaux. La patrie est à la fois dans la centralisation et dans la mesure. Le fédéralisme tendra vers des individualités, des groupes faibles, des vies éparses qui ne pourront plus se rejoindre. La norme perdue, vous oscillerez de la province & t'internalionale, de l'égoîsme i, l'humanitarisme vague; or, la France p&tira, car son climat, sa situation, sa polilique, le caractère de ceux qui la peuplent s'opposent résolument à l'un et k l'autre. Privée de l'harmonie, de l'équilibre nëcessdre i, son existence, elle périclitera. Le seul remède est

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dans la volonté tradiLloniidle, la coiiceplion robuste de l'Elat, telle qu'elle anima vers l(il4 uu jeune évëque de treote ans, ignorant des philosophles, mais porteur de sa race, puissance de lénacilé cohésive.

Cette grande idée une fois dégagée, il faudrait vanter la marche sûre des arguments et - la cadence serrée des preuves. Lee pages sur le Louvre et la Cour sont exquises. S'inspiranl de Saint-Simon, l'auteur fait le tableau pittoresque de ce milieu à à la fois hautain et familier,de la bonne franquette de Henri IV environnée de ruses italiennes et lourdes prudbommeries protestantes. Dans les petites ailées droites et correctes, on discutait les choses de l'Etat. Tout était mobile, actif, entreprenant, la justice, l'armée, l'administration. Une certaine liberté circulait au milieu des faveurs et privilèges, liberté autrement comprise que la nâtre, portAnt sur la coutume, la profession et l'attitude plus que sur la pensée et le droit. Notons au passage un magnifique portrait de l'homme d'Etat qui fa-it sa lecture de Tacite, de Machiavel et de juste Lipse, énei^que, volontaire et dissimulé. La dissimulation, qualité bien plas- forte alors qu'aujourd'hui & ces époques de portes lourdes, de races mêlées, de pouvoirs occultes, de crainte universelle. Le pays, le pouvoir semblaient un enjeu que les partis de cour se disputaient par un échec compliqué et retors. Et le palais était l'image de royaume, demi-ruiné, mi-antique, mi-moderne, tout enserré dans la gaine du moyen âge, dont il essayait de se dégager depuis des siècles. A chaque tournant de phrase, des réQexions

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alerles et soudaiaes sur le clergé, les nobles, les paysaïui, la crise économique que chacun sutnssait stiDS s'oD rendre compte, qui tenait depuis le pra? mier quart du xvi" siècle à la découTcrle de l'Amérique, à l'abondance du môtal précieux et, par contre-coup, à la dininulion du prix de la terre. La classe qui possédait le sol fut appauvrie. Combien d'aperçu» perspicaces sur- la soldat«sqtM, lea bâros, lefi déclassée, avocats sans causes, poètes crottés, abbés de ruelles et de carrefours, Geiuci soBt de la graÎDe de révolutiODiutires cbauQée, maÎDtenne jusqu'il rèelosioo par ri^jusUce, les embarras, la vamlé groleeqne. Le chapitre qui concerne les ouvriers tire un intérêt capital des préoccupations actoetles. L'adhésion rapida des compagnonnages & la Réforme, l'organisatioo des apprentis et des maîtres, desassoeiations urbaines, des corporations et confréries, la situation de« paysans sur lesquels repose tout l'ordre social, charbon de cette immense machine dont nous connaissons maintenant les rouages, autant de problèmes abordés de frentj sans pédanterie, sans digressions rébarbatives. Les notes ne surchargent point le texte. L'historien n'apporte que son oenvre personnelle, sç garde d'accabler de matériaux indigestes l'intelligence du lecteur qui suit sa marche alerte et dégagée. Signalons en première ligne l'exposé des luttes religieuses envisagées à un point de vue nouveau, combat d'intérêts en présence, car, k cette époque, la foi, non seulement doTnine les cœurs, mais possède le sol, et ses soubresauts, les combats des protestants et des catholiques, déterminent un vrai tremblement de terre socia)

HANtiTACX : msT. Dr cabd. db Richelieu 243 ' qui explique bien la férocité et l'acharnement des partis. Richelieu va ressaisir l'idée de patrie an bon moment, alors qu'elle se révolte contre l'étranger, l'Italien, peu fait pour la dominer et l'utiliser, parce que son adresse même heurte de front la franchise un peu rude qui anime les Français si fiers.

La conclusion de ce premier volume est digne de 300 développement. Nette et concise, elle établit les rapports réciproques des trois éléments qui joignent les esprits et les mœurs : le principe féd^r&tif gaulois, le principe nnitaîre romain et le principe libéral germaîn : Les trois alternent ou se m<êlent ; par leurs jeux, ieurs détentes ou leur silencB, Us donneilt à l'histoire de France un aspect vivant et dramatique où l'œil s'arrête rarement sur des périodes de calme et de bonheur dans le repos. L'homme qui va rendre la patrie définitivement cohésive, centraliser douze âfecles d'efTorts, imprimer an inonde -politique la marque autochtone et de groupement territorial qu'il porte en lui-même, cette extraordinaire conscience qui fait hi glane des instincts et des tendances occultes, c'est le cardinal de Richelieu, à la tête endilématiqne, osseuse et fine.

ViCOMTE E. MELCHIOR DE VOGUE:

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