‹ Les idées en marcheChapitre 3 sur 57 · LA DOULEUR ET LA PITIÉ · texte numérisé non relu

LA DOULEUR ET LA PITIÉ

rencontre de deslinées si tragiques, dont l'accomplissement est bien en dehors de la volonté et ne se manifeste pas sans remords. Dans ces étranges, sQperbes et réels tableaux de la souffrance terrestre, jo vois comme la matière froide et orgauisi^e qii'éuIiBulTera, qu'animera le )jéiiie d'uii iJicktjos. Celui-ci fut avant tout l'apôtre de la pitié, l'issue des désespoirs et des tortures que cause la pression sociale sur les faibles, les désemparés, les inoiïensifs, et son nom est inscrit dans nos cœurs. Le Russe Dosloievsky ne fit que suivre une voie largement ouverte; il ne faut pas l'oublier, bien qu'il ait trouvé des accents personnels et si déchirants qu'on ne peut lire sans angoisse Humiiiésef offensés, les Frères Karamasov ou la Maison des morts. En face de lui, un sublime prophète de la bonté, Tolstoï, développe majestueusement cet axiome que tous sont à plaindre ici-bas, même après la faute, même en pleine inconscience.

La douleur et la pilié, sœurs jumelles, regard double, forcesconnexes! Quiconque a souffert comprendra la souffrance d' autrui. Toute plaie est une ouverture par où la vérité pénètre l'àme et le corps. Dans Parsifat, la blessure d'Amfortas ne peut être guérie que par le contact de la lance magique aux mains d'un héros libre et pur, La lance magique. C'est quelquefois celte petite plume de fer que manie un artiste assez puissant pour que l'art ne l'absorbe point, pour qu'il sacrifie son attitude orgueilleuse d'intellectuel au bien commun. Se courber sur cet abîme de misères que Dante limitait aux cercles infernaux et que notre conscience élargit sans cesse, écouter les clameurs confuses qui montent de là

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jijur et nuit, le? pinialea sourdes, los horjuetâ, les rugissements, tout l'appareil sonore qui Iressaille sous la grîfTe delà destinôe, recueillir le plus qu'on peut de ces voixterribles^lea transmettre aux autres, par sa chair et par son esprit, se faii'e l'ioterprète de tant d'injures immâritÉes, de tortures luesprimables, quelle plus nobie lâche ! Si variÉes que soient les soufTraoces, elles s'unissent par l'acte de souffrir, acte respectable, souverain, riche d'eiempits. A voir leurs frères, leurs congénères dans un état pire que le leur, les hommes s'iQdij,'nentraoiiis et sont soulag(5s. Cela, c'est la phase d'égoïsme. Mais il est un stade plus noble d'acceptation, proche du désirdu sacriQce, et dont la compréhension absolue s'appelle sainteté. Or il est des saints innombrables qui n'ont point de nom, ni d'anniversaire, dont le visage passe rapidement. Ces brèves apparitions retentissent indéfiniment dans l'enceinle douloureuse des vivants et c'est se glorifier, s'éterniser, que de les recueillir, de profiter du d.ï;i magique du style pour magnifier ceshérosanonyuies, élever des temples sur leurs vestiges.

Quel plus ample champ pour le poète que celui de la détresse et du deuil ! La moisson noire est infinis et deviendra lumineuse dans sa main. Souvent les lyriques nous font sourire qua)ià ils s'a])itoieut sur leurs aventures d'amour, leurs petits déboires de vanité et le gonfîementde leurs désillusions personnelles. Ils sontalors des enfantségoïates. Ils pleurent commedit La Rochefoucauld, parce qu'ils voudraient être pleures. Je ne médirai point de Lamartine, mais ses larmes m'ont toujours fait un peu l'effet de pierreries. Il s'attendrit de se sealir si grand,

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