LA DOULEUR ET LA PIT'É
capable de comprendre les levers elles coueliers de soleil, les lacs, les montagnes et les lorèls, avec une énergie qu'il croit unique, parce que son rythme l'illusionne ot que son trépied résonne bien. Mais, si l'on peut prédire au génie des emplois autres que ceux qu'il a tenus, quel plus vaste rayon n'eùt-il pasprojeté vers l'avenir, s'il avait prêté sa force aux faibles et tiré du néant quelques types de douleur véritable ! C'est l'infériorité desfaiseurs de vers. Le métier no les abandonne point. Us se lamentent devant leur miroir, A vol d'oiseau voyez-les, sur la littérature de tous les temps et de tous les pays. Us embellissent l'univers, mais ils se détournent des charniers. L'odeur etlavuedesplaies lesolfosquent. Us sont comme ces riches, que seuls les malheurs des riches intéressent, et qui aiment mieux ne pas savoir que l'on meurt de faim et de froid.
Il est un livre dur et terrible, tout consacré à ladouleur, mais dont la pitié semble bannie, c'est celui de l'Eternelle consolation. Mon qaeleaEvangiles sont un perpétuel frisson d'amour pour les faibles et les malheureux et la voix la pins mystérieuse d'apaisement et desollicitude que l'on ait entendue sur la terre, Vlmilation de Jésus-Christ a quelque chose de l'inquisiteurqui traite nos péchés par le feu. Les œuvres sacrées doivent s'adresser à tous les tempéraments. C'est le banquet ouvert à la foule où chacun calme sa fatigue, sa faim et sa soif. Ce prêche rude et glacé ne saurait convenir à toutes les peines. J'ai consulté à son sujet des esprits dediverses sortes,croyante. et incroyants. La pi up art m'ont avoué qu'ils respectaient l'Imitation, mais qu'elle n'était point leur véritable refuge. Il y faut
%l LES IDÉES EN MARCHE
des ctmes préparéos. On en peut dire autant des Pensées de Pascal, Le prodigieux visionnaire a compris la douleur comme il comprenait tout. Il a plongé en elle. Il en a rapporté des pages toutes saignantes. Mais, en bon janséniste, il maintient et contient sa pitié. J'ai cru parfois comprendre qu'il s'indignait pour ne point sangloter et que les peines éternelles lui paraissaient superllues en présence de l'éternité de notre peine. Ce sont des éclairs passagers dans la nuit orageuse et tendue do ce style oii chaque mot semble vivant. Quand la religion a pris l'homme dans sa garde et s'est assurée que la douleur était peut-être le point le plus sensible à la foi, elle s'est appliquée à le soulager quand il criait et à le fustiger, quand il cessait sa plainte, pour lui éviter l'apathie, l'indifférence. Ce double geste se retrouve chez tous les écrivains religieux. Il s'agit d'entrer dans la place et d'en chasser lu. I&che habitude. Mais j'imagine que la main compatissante a plus fait que la main châtiante et que les plus nombreuses conversions se sont accomplies àla petite lueur si douce delà pitié. Il serait injuste d'oublier que dans ce x vit' siècle français, sî guindé, si étroit, au point de vue qui nous occupe, et qui partagea sa gloire entre les sentimentalités et les rodomontades, môme poussées jusqu'au génie, le noble BosBueteut toutes lesaudacesetproclamalcs droits souverainsdes méprisés du haut de la chaire, devant le roi. Voilà 'luînous interdit de le traiter de simple assembleur de périodes pompauses.
Si la douleur et la pitié sont éternelles, il faut avouer que les temps modernes leur ont accordé une place plus grande qu'elles ne l'avaient jamais
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obtenue. Ou trouve, daus les littératures anciennes de beaux développements suriamisère de la condition humaine, mais épicuriens ou stoïciens ne s occupenl guère de la foule des misérables, el il sembla que ces sentiments restent du domaiue philosophique. 11 esl indubitable que le christianisme ail. dans ce sens, bouleversé l'univer* ; chose étrange, il s'est assez vite détoura*} de sa destinée prenaière et divine, qui était de donner une figure visible aux malheurs populaires, elson essence de pitié s'est recouverte de formules et de dogmes nouveaux qui lui ont ôté de sa force et de sa physionomie véritables. Cependant la révélation était faite. La parole de Jésus ue devait plus s'éteindre et l'on peut afllrmer, sans mysticisme, qu'à défaut des prophètes, elle a passé et passe par la bouche harmonieuse de quelquesécrivains. Les pessimistes ont établi une scission entre la douleur et la pitié. Ils ont étudié la première, c'est-à-dire qu'ils l'ont figée dans des aphorismes hautains et, s'ils ont donné la seconde comme base à leur morale, c'est bien plus par cet amour de la symétrie qu'ils raillaient que par nécessité du cœur. Schopenhauer est un mélaphysicién admirable, plus profond encore qu'on ne le croit, parce que ses dons de pittoresque lui nuisirent auprès des professionnels; mais il ne saurait faire l'attendri et son sarcasme lui interdit toute émotion communicative. Hartmann excelle à développer une idée ingénieuse. Léopardi est le plus humain des trois apôtres de la désespérance. Sa souffrance est plus proeiede nous et elle passe par nos nerfs,, au lieu de rester dans l'entendement. Ces penseurs ont leur utilité immédiate, qui consiste à.
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diriger les meilleurs esprits de leur époque vers la route qu'ils indiquent et oii circulent de simplM déshérilés, de pauvres hères qui u'ont d'aulroiotàrôt que leur détresse immédiate et physique. Cm pGDseurïi ont leur portée lointaioe qui empècbfl, dans un temps de foi décroissante, la veulerie su jour le jour et secoue les engourdis par l'elTrayaat tableau d'un destin qu'ils n'interrogeaient plus.
Il est impossible de citer dans un ordre équitable tous ceux qui se sont attachés à la soulTrance, oat plenré sur elle ou l'ont exallée. Une pareille éanmération serait certainement incomplète. Au dwhuilième siècle, Diderot, dont le regard était vniment encyclopédique, comprit bien que, sur la coupft sociale, il faudrait tcuir compte des couches iaHrieurcs et no négligea pas les infirmes; mais son intérêt demeure aeionliflque dans la fameuse Lettre sur les Liveugles. Cet intérêt s'humanise singulièrement avec Rousseau autant par le Conirat socisd, sri de reveudication et de révolte contre tous les oppresseurs, que par les Confessions, si la misera d'un seul est l'image lidële de la misère de louB. Jean-Jacques fit mieux que d'indiquer lesinjustieeaj il créa un éfat d'esprit sentimental et vibrant doot les ondes se sont propagées Jusqu'à nous et il est la source de la pitié moderne. C'est son plus beau titre de gloire. Les empreintes profondes que laissaient Sur son imagination les iniquités et les outrages, .nous les retrouvons en nous. Son panégyrique de L'isolement et de la nature est le bréviaire des Timons actuels. Quant à l'Allemagne, que le sentiment de l'orgueil et de la personnalité domina par Gœtbe et lo romantisme, elle produisit néaumolDs