‹ Les idées en marcheChapitre 34 sur 57 · J. R^C[1EP[^* : «ES PARADIS · texte numérisé non relu

J. R^C[1EP[^* : «ES PARADIS

fleur d'eau de réelles, de Langiblfis, d'immi^diates; lesjoies liola faidille el i!e l'aiiiiiié s'y iiromèoenl daDS leurs costumes aux calmes et douces broderies. A celle de la sagesse les compagnons de Pantagruel débarqueraient bien Tolontiers, tant la raison est rehaussée de verve, sculptée en truculents axiomes. On peut y consulter l'oracle do la bouteille & càté de la sybille de Cumes. Cette ile est toute sonore de musique, et les flots déposent, sur sagrëve, des Tziganes, des chanteurs napolitains, Bach, Beethoven .et Wagner. Dans cette autre resplendissent les couleurs, qu'engourdit la lumière, qu'éveille et divinise le crépuscule. Cette autre entln tressaille de drames et de comédies. Derrière chaque arbre est un boulfon ou un page ; dialogues drôles ou tragiques : féeries mimées j trucs et changements de décor. Et si les remous variaient de forme, à mesure de la traversée, les îles d'or les imitent et se dressent en temples sereins. Les perfections de l'àme et du corps se jouent au chaud soleil sur les amples terrasses, lourdes de fruits et do belles nudités. Le gymnase côtoie la métaphysique. Le mysticisme dresse ses chitTres pleins d'exigences et de pré-

Sur une mer Agée en un bloc résistant, Voici l'Ile d'or pâle et le palais de glace Dont l'abstrait sans figure est L'unique habitant.

Et maintenant, avant que s'évapoulssent tous ces palais de rêve qui dominent la mer humaine,

écoulez trois graoïis éclats de la Icompette d'argent, trois stridents appels philosophiques :

1" Enivre-loi toujours pleinement, follement Du bonheur qui surgit, ile d'or d'un moment.

Tu l'analyseras plus tard, à le revivre.

•Z" Enivre-toi quand même, et non moins foUemenl, Do tout ce qui survit au ra|.ude moment, Dts chiraÈies, de l'art, du beau, du vin des rêves Qu'on vendange en passant aux réalités brèves.

3* Mais surtout sois aimé, sois aimant foUementt Ça, c'est le paradis possible à tout moment.

Je pense avoir à peu près indiqué la marche et l'iotentioa des Paradis. Ce dont il est impossible de donner nue faible idée, c'est du style de Jean Kichepin el de son vers actuel qui est vraiment d'une souplesse, d'une richesse inouïes. . Il y a là un Apre vocabulaire, nerveux et voluptueux, véhément et neuf, un assemblage de mots savoureut comme un fruit, et une grappe de phrases lourde et somptueuse comme un régime de fruits. J'admire aussi cette hâte, cette précipitation nourrie d'images. Il semble co lisant que quelqu'un court et halète derrière ces strophes. C'est un flot incessant qui dépose sur la plage son vacarme et des galets, son écume et des coquilles, bizarres parfois et coutournées, toujours luisantes. La brutalité n'est jamais grossière. Les jurons et vitupérations, les termes haineux et débridés du £vi^ siècle sont enchâssés dans des vers exquis, comme du fer monté sur de l'or. C'est là que l'on reconnaît l'amant du latin et du grec, l'érudit merveilleux qu'est Jean Richepin. Sa prosodie est classique. Elle n'a pas besoin de faire la désossée. Elle se déhanche certes,

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mais suivaat son rythme et sa règle, et rien de \eule n'est jamais admis autour des césures impeccables.

Quanta la philosophiedulivre, elle est, ainsi qu'on i'a vu, l'i^picnrisme. Llle est disciUable comme chaque thèse, mais, après tout, sincère et rivante. L'ingénieuï organisme des Paradis, très supérieurs selon moi, aux Blasphèmes, parce que moias déclamatoires, a permis au poète ce tour de force de traiter réellement le symbole et de tracer un sillon concret à travers bien «les abstractions, La méthode de cette architecture compliquée est, elle aussi, classique. Elle monte du particulier au général, du fait à l'idée, du besoin au désir, de la jouissauce au souvenir et au rêve. Ce système m'a charmé. Je préviens le lecteur qu'il n'est pas aussi simple qu'il pourrait le sembler de prime abord ; il m'eût été facile de montrer dans les Remous bien des curieux détours, mais j'ai préféré analyser à grands traits un ouvrage qui me paraît en puissance, intention et résultat; le plus sérieux etTort lyrique de ce temps.

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