‹ Les idées en marcheChapitre 5 sur 57 · LA DOULEUR KT LA' PIT|É · texte numérisé non relu

LA DOULEUR KT LA' PIT|É

cet écrivain Gxiraordiiiaire et trop peu connu,. lean- Paul Hichler, dont les deux romans, Qaintus l'ixtein et Siùbenlius, l' Avocat des pauvres, sont loul. mouillÈa de pilié elde miséricorde, Eucûsièi-le, oulre Les MU''ralilss^ nous avons la mnjesfupuse expansion lie Michelct, celte tendresse i]uiB'é[iIoie sur la vie tout entière, celle des serfs du moyen Age, cetledesarlislesdelaRenaissaace, celle de la femme moderne, desanimaux, des plantes; cette compassiou siDcère a trouvé des accents éternels, magnifiques, une rossource de verbe inégalée, et ceux qui cherchent l'émotion n'ont qu'à ouvrir un livre du grand poète de l'histoire pour se senlir frémissants et de contact avec l'Ame douloureuse universelle. Chacun dans son genre, Musset et Mme Desbordes- Valmore ont .'tussi traduit les angoisses du cœur communes à Ions les cœurs, et c'est pourquoi, en dépit des critiques et des sévérités, le nom du premier ne passera point. Quanti George Sand, elle estia conlinualrice de Rousseau. On est surpris, à !a lecture suivie de ses nombreux ouvrages, par l'ardeur triste et passionnée qui sort de ses héros et deseshéroïnespar le besoin desacrifice qui lesagitc, par leur enlr'aide et leurs pures révoltes. Elb eut le don de créer comme un homme de génie et celui de seulircomme une femme, une nature doubled'intelligence et d'instinct à laquelle on ne peut trouver en aucun temps rien de comparable.

Voici bien des noms, un pêle-mêle d'auteurs et d'époques, et ce ne sont que les repères de cette religion de la souffrance humaine, issue du christianisme et dont l'image se précise aujourd'hui. Encore, pour des molifs d'ordre intime, avons-nous omis tel

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conttimporain dont l'œuvre n'est qu'un Lynine à la, pitié. Mais ceLtG débandade de cilalioDs n'est pas inutile. Elle nous moutreque le sens profond de la douleur est rare. Pliilosophiqueineul, il porte au pessimisme. Humainement, il porte à compatir. Ce domaine de la révélation littéraire est de tous le plus râconforianl. Il n'a ni murs ni barrières. Il est ouvert à tous. A tous il offre son asile, son repos, ses eaux et ses prairies. La petite troupe des mortels en connaît le chemin. Humbles et superbes, ironistes et sceptiques, tous onlleur heure d'attendrissement, leurs défaillances devant les coups de la nécessité. Cherchant alors des répondants & leur angoi.îse, ils sont heureux de les trouver fraternels etndêîe3,de tooetde viEagedivers,maisd'anibilion unique qui est d'apaiser les maux, de panser les plaies, do sécher les larmes.

LA JALOUSIE ET LE REMORDS EXPRIMÉS PAR LA LlTrÉRATURE

On peut associer deux sentiments tels que la jalousie et le remords, parce qu'ils atteignent leur extrême puissance chez les imaginatirs et qu'ils sont accompagnés d'un déHlé de visions analogues, riches et cuisants tableaux que la volonté ne peut éteindre et qui se renouvellent sous la |.!us petite inllaence. Le jaloux et celui à qui la conscience remord connaissent des tourments voisins. Les flammes qui les brûlent ont des contours presque semblables. Ils sont des jumeaux de soufTiance.

« Seraient-ils aussi vifs que des boucs, aussi ardents que des singes, ils n'échapperaient point à ma vigilance », dit au Maure de Venise le subtil lago, qui, lui aussi, souffre du mal qu'il suscite, en parlant de Cassio et de Desdémone. Deux actes après, Othello, entrant à l'improviste chez sa femme, murmure sourdement ; « Boucsetsinges! » Voilà, manifestée par le génie de Shakespeare, l'inéluctable empreinte du soupçon qui, dans ime âme tumultueuse, pousse une terrible frondaison. Cette phrase si brutale et signilicalive était entrée & jamais dans le cœur de l'homme aux yeux jaunes

et au teint basané. Elle a accompli son muet tra- ^■aii destructeur el elle ressort en juron sublime avant de déterminer le crime. Si l'on pouvait fixer les imagesquî agitent l'esprit du jaloux, on obliondraitd'étranges tapisseries. Spinoza, qui d'ailleurs évite de donner une définition précise de celte passîoQ, en a tracé l'esquisse dans un morceau célèbre. Reviviscence immatérielle plus forte que la réalité même et qui fait trembler les malheureux qu'elle angoisse ! « Heureux cheval, qui portes le corps d'Antoine ! » s'écrie Cléopûtre dans son amoureux délire, et quand elle interroge son envoyé sur la fiancée du traître, comme on suit en elle, k la faveur de ce dialogue pressé, les hallucinations troubles qu'elle se forge et la tempête sentimentale qui courbe son désir ! Hermioue est belle de rage aussi dans Andromiique, mais ses transports nous paraissent plus artificiels et la complexité nourrie de Racine nuit quelquefois aux crises violentes. Car la jalousie n'e;t héroïque que par la violence. Partie de motifs quelquefois absurdes, nuls, quelquefois vrais et légitimes, issue d"un souvenir, d'un regard, d'un son, d'un parfum, elle envahit tout l'être et l'excite au carnage. Kappelez-vous les chroniqueurs italiens, extraordinaires trésors de passions déchainées où les plus grands ont puisé sans scrupule. Chez ces prédestinés que nous voyons courir les rues ensoleillées des cités légendaires, l'amour si prompt et si irrésistible éveille, dès son att^ique.l'idéede mort etia jalousie. Des glaives, le poison, des tombeaux, tel est son tragique cortège. C'est que

L'amour, 6 la bigarre et l'étrange nature I Vit d'inanition et meurt de nourriture.

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Et, comme il miLi^hc le vide, il b'aUai:lie au 60uin:on; il aiguise la curiosUé, il appelle à son aide toute l'angoisse en réserve de l'homme, dont le trajet sur. terre n'est qu'un sillage d'angoisse. Tout vrai passionne veut se tourmenter lui-même. Il cherche voIu|iliiensemenl sa propre perte. Il motivp la catasLrophp. Dans ce livre siii^ulier et magnifique qui s'appelle la Sonate à Kreuzer, Tolstoï a décrit ce vertige . Son triste héros est un jaloux complet. Il s'ingénie à attirer dans son domicile celui-là précisément qu'il redoute, en qui il afiairé le rival. Au moment fatal et quand ses atroces combinaisons aboutissent, il éprouve un sou- . iagement, une détente- 11 a ce qu'il voulait, un sujet de torture ré*!l, moins déchirant que ses images flottantes. Mais uue autre fantasmagorie va commencer pour lui. 11 pourra mettre un nom sur l'odieuse figure qui remplit ses rêves et son réveil. Il ne s'est libéré des abstractions que pourtomber dans une terreur concrète.

Ainsi, les grands observateurs du cœur humain l'ont compris, la jalousie suit le même trajet que l'amour, de l'idée vers la chair et du mysticisme vers la sensualité, avec des alternatives qui révèlent le tempérament de cliaeun et créent les difl'érences de destinée. Elle est comme la poussée ■ nécessaire de la haine sous-jacente à l'amour, un besoin d'ambition et de contrariété. Détruire! détruire ! c'est le cri rauque de la passion. II retentit ■ à travers les Chouans, le plus immortel peut-être < des fils de notre Balzac. Madame du Gua Saint-Cyr ' est unej'alouseetillui faut du sang. Quelle blessure ' plus déchirante que celle que se fait à lui-même

Monlaurun, quand il livre son adorable Marie de Verneuil à la brutalité de M arc h f- à- Te ire et de Pille-Miche ! Voilà un acte de jaloux. Il a de quoi peupler ses nuits et ses jours. On va meurtrir la douce épaule sur laquelle il posait sa tète et froisser ces bras délicats. A quel souvenir n'est pas présente Ja douloureuse Louise de Chaulieu des Mémoires de devx jeunes mariês'î Qui donc n'a pas frémi dèt les premières pages de la Confession d'un enfant du siècle, éprouvé pour son propre compte le martyre de l'amant trompé? Certes, ce diaboliq«e seulinienta trouvé des interprètes illustres, et. de tous les cAtés les exemples surgissent, si abondants, si frénétiques qu'il est impossible de les classer. Lorsque Gœthe tressaillait encore, il écrivit Werther; mais c'est la forme acceptante et désespérée de la jalousie bien plus que la forme rageuse, et, sauf le coup de pistolet final, comme un prélude aux affinités électives où les destins des passionnés s'entre-croîsent sileucieusement et sans heurt. L'anévrisme se rompt et s'épanche au dedans. Il amène une mort privée de secousse. Au csotraire, il semble bien que la sensibilité suraiguë d'Henri Heine prenne souvent essor dans la jalousie. 11 a là-dessus maint petit poème qui enchâssa de fulgurants aveux.

Les conteurs italiens nous ont déjà prouvé que la jalo>isiè s'eiaspère au soleil et parallèlement à l'tBiour; Que dirons-nous de Calderon et de ses drames fameux, le Médecin de son honneur, A outrage secret vengeance secrète 1 Dès les prémices scènes éclatent les transports de l'ombrageuse jalousie espagnole à qui le moindre soupçon

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