PAUL SABATIER: VIE DE SAINT FRANÇOIS D'ASSISE
Ceux qui liront ce beau livre de M. Paul Sabalier éprouveront un sentiment d'une douceurinfinie. Ils verront que dans l'homme, animal sanguinaire et violent, tout d'orgueil et de mensonges, lîeurit soudain le pouvoir étrange de changer sa nature àlel point que le sacrifice devienne aisé, le complet désintéressement usuel, qu'une incessante et lumineuse bonté communie arec la nature entière. Or ce miracle est conlagieux. S'étant produit chez le fds d'un commerçant ombrien, il rayonna de lui vers les plus grands et les plus humbles. Au commencement du xiii" siècle, dans ce moyen âge que Michelet nous représente comme un chaos atroce et boueux . il se trouva en foule des consciences assez ardentes, assez pures pour comprendre et aimer l'adorable saiat François d'Aiisise, former autour de lui ce groupe mystérieux nécessaire à l'apostolat, transmettre le flambeau de vie. Avec allégresse, en plein transport du cœur, des hommes dépouillèrent les biens de ce monde, ses vices et ses dégoûts, k l'image de celui auquel ils conHaient leur élmo, et le christianisme fut raJeuDi.
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li suffit d'un élan Eemblable pour ennoblir toute une époque. Les vains progrès dont, nous noua parons aujourd'bui sont des misères en présence de cette spontanéité mystique. Or elle fut joyeuse et brillante. On se mettait du comme ver, on allait BUS lépreux, aux déclassés, aux infirmes, on couchait dans les fossés, sur la pierre chaude d'une Tieille église, on parlait contre le luxe et pour la misère. On était mal compris, raillé, persécuté, mais tout cela d'un visage riant, d'une allure libre. Le but de celle conquête par la douceur, l'abandon de soi-môme aux autres, le partage de sa force aux faibles, c'était le paradis sur la terre. Non seulement on le méritait là-haul, on l'obtenait encore id-bas.
Qu'elle est tentante et délicieuse, cette vie du grand saint François. Le moment ou il se délivre, abandonne l'existence de plaisir amère et trompeuse, el, malgré les siens, bravant l'opinion de petite ville, court ii la chapelle de Saint-Damien, voit le crucifix s'animer, amasse brusquement en lui assez d'amour' pour dompter la haine et le mépris, le moment où il fixe sa destinée est une époque de la roule humaine. Quand, transporté d'une prodigteuallégresse, il court en chantant dans la campagne, il ne forme point de projet. Il ne songe à rien qu'à ceci :1a vérité lui est apparue; vivre pauvre et prêcher la pauvreté, se dénuerde tout pour autrui. Cette vérité subite l'incendie. Elle joint l'avenir à l'immédiat. Ses actes et ses pensées seront désormais tendus vers le sacrifice éperdument, comme les bras de l'amant vers l'amante. Il s'immolera à lout ce qu'il renconlre, les routiers et les mala-
des, les fleurs, les bêles, les cailloux du chemin. Cette conception si simple, sans maître, sans école et saos détours, retourne cependaul J'univers. Sans doute de lents et subtils fleuves de réflexion et de foi s'étaient rejoints dans l'esprit sublime qu'ils amenèrent à rompre les écluses, mais une pareille recherche serait d'analyse et de mort. Il faut saisir l'extase par le cœur, tâcher de la pénétrer ou s'agenouiller devant elle. Ace prix seul elle enchaîne et conduit. Ce que l'on peut admirer, c'est l'énergie de saint l'Yançois, qui, tout envahi par la grâce, dépensa pour l'apostolat des forces qu'il lui eût été si doux de reporter vers lui-même, de concentrer en prières de solitude. Bernard de Quînlavalle, Pierre, Égide, les premiers pénitents ou jongleurs de Dieu, comme ils s'icililulaient, furent bientôt la récompense de cette complète abnégation. Que voulaient ceux-ci ? Imiter simplement celui en qui ils sentaient revivre et palpiter un Dieu, se baigner aux flots d'allégresse qui coulaient impétueux et purs, conquérir le souverain bien par l'abandon de tous les biens. Ils allaient mendiant et prêchant, sous la chaleur de l'été, tenus pour fous par quelques-uns, en émerveillant d'autres, sans titres, sans diplômes, étonnant le clergé, Guido, l'évëque d'Assise, rapportant chaque jour un butin de consciences. Avec une sagesse infinie, et quoiqu'il aimât passionnément la liberlé, saint François, le poverello, ne voulait point échapper à l'Église, sachant que l'hérésie est une faiblesse et une source do haine. 11 ranimait après douze siècles l'enseignement inelTable de Jésus. Comme lui, il éparpillait ses disciples char-
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