‹ Les idées en marcheChapitre 44 sur 57 · PAUL SABATIER : VIE DE ST-FRANÇOIS D'ASSISE · texte numérisé non relu

PAUL SABATIER : VIE DE ST-FRANÇOIS D'ASSISE

gés de la bonne parole et les rassemblait ensuite dans quelle joie bienheureuse et calme! Ainsi la propagande s'organisait, le mot de charité retrouvait son sens sublime puisque les pieux pèlerins ne donnaient qu'eux-mêmes et à tous.

Ces premières heures de la foi qui revit sont les plus touchantes, les plus fraîches. Les spléndides difficultés vaincues, celles qui tiennent à Tindifférence, à la glace des cœurs, aux jeux de la révolte et de la non-compréhension, il reste à vaincre les mesquines. Saint François part pour Rome soumettre la règle au pape. De ce jour il entre en lutte avec Tadministralion tracassière, la routine et l'inquiétude devant la nouveauté. Il faut lire dans l'ouvrage de M. Paul Sabatier la passionnante histoire de cette tenace énergie, le demi-triomphe, le retour à Rivo-Torto, l'installation à la Portioricule. C'est la période des conversions nombreuses. L'Europe entière s'émeut, s'intéresse aux efforts des ces Frères de la Pauvreté. Eux cependant travaillent de leurs mains en pleine nature, dans les champs ou dans la forêt qui entoure leur cloître chéri, puis ils prient, ils méditent, ils se plient aux avis spirituels de celui qui les dirige avec une ferveur si zélée. Comme le christianisme primitif, le mouvement franciscain concorde aux âmes les plus simples. Il tire d'elles des splendeurs cachées. A cette époque d'apostolat, de mysticisme traduit par des formes concrètes, la nature prend un aspect neuf. Les paraboles fourmillent, aussi les mots sublimes prononcés au hasard dé la promenade, devant une source, sous un arbre chargé d'oiseaux. Le naïf enclôt du mystère. Les femmes

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apparaissent. A toutes les fortes manifestalioas humaines elles apportent leurs ressources d'émotion et de grâce, de même que dans les violences . et les conflits elles augmentent les atrocités. Amplificatrices du crime et <Je la vertu, elles ont leur heure nécessaire. Sainte Claire est, à cûlé de saint François, l'image de la pureté suprême. L^ur mystique union ajoute à la noblesse de cette histoire si Doble. A cette jeune fille d'Assise, les prédications du poverello révélèrerit sa voie et sa nature. Malgré tout elle courut à lui, offrit son dévouemeal enflammé, devint un des chefs de la cause, et le couvent de Saint-Damien fut, en face de la Portioncule, l'abri des sœurs delà Pauvreté, le refuge de celles qui imitaient sainte Clairo et auxquelles François donna une règle nouvelle.

L'apostolat gagnait chaque jour. Les franciscains aspiraient au martyre. Leur imagination, comme celle de leur époque, allait aux infidèles. La foi subissait alors cet extraordinaire attrait de l'Orient que les conquérants ont toujours éprouvé. De ià les pèlerinages au Maroc, en Egypte, au 'Saint-Sépulcre. Avec le chapitre général de 1217, la crise de l'ordre, et la règle de 1221, nous touchons à des parties décisives de la vie de saint François. Lui qui avait eu si vif le génie du divin se trouvait aux prises avec les défaillances humaines. Ce sont les détails administratifs qui tuent les plus grandioses constructions. Par eux la lézarde se fait dans l'édifice. Ils restreignent et rapetissent l'efforl. Ils le limitent è, des observances minutieuses. La vie se retire et cède à la paperasse. Ce qui parfume l'histoire des premiers franciscains, c'est leur aus-

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ti^rité rude eL joyeuse. M.iis cette ai!?|i?rilé gi''nail l'Eglise. Elle faisait uq coastrasle trop saisissant avec la mollesse environnante, avec le relâchement général, pour ne pas troubler jusqu'au pape, M, Sabatier a glissé volontiers sur ces questions dëlicates. Trop appuyer, sans doute, eut aussi diminué son sujet. Ce qui est frappant, c'est que saint François apparaît comme une rëiDCarnalion de Jésus et & une époque où le christianisme commençait à, se dessécher, à s'énerver dans le dogmatisme. Commuil fuyailThéré^ie, le génied'Assise ne put mener son triomphe jusqu'où il aurait dû atteindre, c'est-à-dire jusqu'à la réforme totale des mœurs religieuses.il l'encadra dans l'Eglise préexistante. En place du royaume de Dieu sur la terre, il fonda l'ordre des franciscains. Son appel à la vie évangélique avait déjà retenti avant lui d'une voiï telle que les échos en auront l'éternité.

Le récit de la dernière année et de la mort de saint François est beau et touchant comme le Phédon. Il alla, au devant de la i>iorl en chantant, dit son biographe Thomas de Celano. L'avant-veille de sa fin, il se fit dépouiller de ses vêtements et coucher nu sur la terre, car il voulait mourir entre les bras de dame Pauvreté. On retrouve ainsi jusqu'au bout cetle indomptable volonté de manifester d'une manière concrète et frappante son énergiespiriluelle. Puison lui chanla le cantique du soleîi, admirable élan lyrique auquel il s'était donné jadis après une longue conversation avec sùnte Claire. Ensuite un des frères présents lut l'Evangile do jeudi saint ; Du pain fut apporta, il le rompit, le donna à ses disciples et, dans la

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panure cabane de la, Portioncule, fut célébrée, sans autel et sans prêtre, la cène du Seiç/neur. II rendit le deruier soupir le samedi 3 octobre 1226 à ia nuit tombante. Le lendemain, les Assisiates lui firent de triomphales funérailles. On fit un détour pour passer par Saiut-Damien où pleuraient les sœurs franciscaines. Deux ans après, "le dimanche 26 juillet 1228, Grégoire IX venait à Assise pour la cérémonie de la canonisation et la pose de la première pierre de la basilique.

L'ouvrage de M. Sabatier, outre qu'il traife un sujet unique, est écrit d'un style alerte et pénétrant, nullement surchargé d'images inutiles, assez coloié cependant pour nous montrer la vie dans les documents. Quant à la critique des sources par laquelle débute le volume, elle est faite de main de mailre . On s'y reconnail clairement. Grice à elle, ceux que leur admiration pour saint François entraînera dans les bibliothèques ne risqueront pas de s'y perdre. Il faut louer aussi l'auteur, pour l'exlrème réserve aveclaquelleilatrailé la difficile question des miracles. Son chapitre sur les stigmates de saint François est d'un penseur et d'un poÈte. Dernièrement, le docteur Bournot publiait, dans la Bibliothèque de psychologie inorale et imlhologiqut; une étude médicale sur le Povercllo où le problème des stigmates est posé et résolu d'une façon d'ailleurs intéressante et d'après les pins récentes données scientifiques. Mais que viennent faire ici la science et ses hypothèses? Le vrai miracle, c'est la secousse communiquée à son siècle par cet humble citoyen d'Assise et le tourbillon que fera, lancée dans les consciences nobles, cette vie de foi et d'abnégation.

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