PAUL THUREAU-DANGIN
24 février 1913.
M. Thureau-Dangin, qui depuis plusieurs mois était malade, vient de mourir. Il avait délaissé sa tâche quotidienne : alors on devina qu'il fallait tout redouter^, car il était un homme de perpétuel devoir et d'activité courageuse. On put espérer que le soleil du Midi le guérirait; il est mort là-bas, dans le beau pays, et la pensée tournée vers un plus beau pays, son espérance continuelle et sa pieuse certitude.
Il avait été, voici quelques années, malade en Grèce, au cours d'un voyage. Et il revint, un peu vieilli, plus faible, mais allègre encore et le visage toujours éclairé de sérénité intime.
Un charmant visage, une physionomie où se voyait une âme : elle ne se montrait pas, on la voyait. Il avait les cheveux noirs, et qui encadraient le front, d'une tempe à l'autre; et, courte, la barbe blanche; et des yeux qui regardaient avec franchise, mais qui plutôt regardaient un
rêve admirable et familier, de l'autre côté de la vie : en attendant, il souriait à cette vie, où il était simple, doux et bon.
Il avait un peu la fi/jure et l'air de ces personnajjes qui, dans les anciens tableaux religieux, se tiennent à (juelque distance du saint miraculeux ou patient et l'accompafrnent d'une humble ferveur. Il ne ressemblait pas beaucoup aux autres hommes de ce temps-ci. Pourtant, et comme le lui commandait sa conscience active, il évitait de se cantonner hors de son époque. Il a pris une larg^e part des tribulations que ses idées enduraient; et il en conservait une visible tristesse, mais sans abattement, car il se fiait à la pérennité de sa croyance.
Et il avait ainsi une fyravité indulgente, aimable ; une dignité gracieuse; une rigueur accoutumée qui n'empêchait pas son enjouement. S'il s'égayait, et volontiers, d le faisait avec une sorte de jolie candeur de l'esprit. Bref, il était parfaitement naturel; et il révélait une intelligence droite et exquise.
Son œuvre est considérable ; elle est forte, solidement bâtie, avec de bons matériaux et agencés de main d'ouvrier : l'œuvre d'un historien qui possède les plus délicates et sûres méthodes d'enquête et de critique. Œuvre d'exactitude fidèle; mais œuvre aussi dont les tendances ne sont aucunement dissimulées, sont affirmées au con-