LES C019TES DE M. JULES LEMAITRB IS
encore à l'attendrissement et qui, aux répétitions d'jEs* thevy étanche de son mouchoir les yeux si beaux des jeunes comédiennes; un douloureux Molière et qui a, dans les succès du théâtre, les revanches de son infor* tune; un délicieux La Fontaine, le plus délicieux de tous, par ringénuité, le péché, la douceur et par une certaine abjection que relève le simple repentir; un Bossuet fort déconcerté qui a traduit en vers le Cari' tique des Cantiques et qui voit, un gamin de neveu aidant, les voluptés du u saint amour » passer à des vo* luptés laïques. Un peu plus tard, après les contes de Perrault et après Gil Bios, voici la Nouvelle Héloïse,
Or, c'est bien, cette Nouvelle Hëloïse^ le commencement de la déraison. Je disais que l'auteur de la Vieillesse d'Hélène était, comme par un prodigue, indemne de tout romantisme. Gède-t-il à Rousseau?..^ Non!... Lisons m le Tempérament de Saint-Preux ». Nous supposons que Mme de Wolmar n'est pas morte; et le roman continue. M. de Wolmar écrit à milord Edouard que tout va bien, très bien; il a auprès de lui sa femme, Saint-Preux et Glaire d'Orbe : décidément, u il n'est pas de situation dangereuse pour les âmes droites ». Mais Saint- Preux, curieux de Glaire, lui donne rendez- vous dans un bosquet : il compte sur l'Être Suprême pour approuver son enthousiasme. Glaire dit tout à Julie; et Julie pardonne à Saint- Preux : elle mouille sa lettre de ses pleurs. Saint-Preux n'aime-t-il plus Mme de Wolmar? Il lui donne rendez-vous dans le bosquet où Glaire agréa son éloquence. Julie dit tout à Glaire, qui pardonne et souffre. 11 y a dans tout cela un cynisme de loyauté presque animal. Saint-Preux embrouille deux amours, volontiers. H se fatigue, par trop de sensibilité. Ensuite, il s'est mis en tète de « former à la vertu » l'âme de la cuisinière : il devra passer quelques semaines de repos dans le Valais. Le sublime des passions qui aboutit au médiocre et au pire, admirable caricature ! Et les passions que Rousseau déchaîne, immodérément, tel est leur résultat dérisoire...
■Il Je respecte Wolmar ; mais que les embrassements d'un athée doivent être froids! w écrit Saint-Preux à Julie. Eh ! les embrassements ne sont que des embrassements : le péril est d'y ajouter une idéologie, une théodicée, et de commettre son péché sans bonhomie. La dernière aventure de Saint-Preux illustre le Rousseau de M. Jules Lemaitre, un de ses plus beaux livres et l'étude pénétrante d'une dépravation.
Ainsi réunies et associées, la critique et la fantaisie composent une oeuvre parfaitement harmonieuse et complète, une œuvre à la fois soumise et libre, soumise à la précédente littérature comme elle doit l'être pour entrer dans les siècles de la pensée et s'y placer à sa date, soumise et libre aussi, libre jusqu'à se diversifier d'heure en d'heure, au gré d'une mélancolie tantôt sereine, tantôt rude et qui parfois orne de maintes gentillesses l'amour, parfois le dénigre et n'attend de lui qu'un divertissement contre la peur de la mort.
!•' avril 1914.
LA CONVERSION d'hORAGB
Horace était un gros garçon, de taille courte et de petite santé. Auguste lui écrivait : « Tu n'es pas grand, non ; mais tu as de l'embonpoint » ; et, recevant de ce large poète un mince volume : u Une autre fois, je veux un ouvrage qui n'ait pas moins de tour que ton ventre ! » Gai de nature, aimable et bien pourvu de bonhomie; sincère jusqu'à se montrer un peu vulgaire, à l'occasion, plutôt que de se guinder jamais ; dénué de grandes idées, de nobles ambitions, de principes hautains et de tout ce qui fait le tracas de la vie ; énormément égoïste, consacré à son plaisir et à son repos, et plus lâche que brave, l'amant d'Inachia, de Phryné, de Cinara et de maintes fillettes fut sauvé de la turpitude, où il eut de la propension, par la petite santé que je disais et par le goût, qu'il avait délicat. Vers l'automne de Tannée 38 ou au printemps de l'année suivante, avec Mécène, il partit pour Brindes. Dès la deuxième étape, il est très fatigué. Il souffre de l'estomac, se met au régime, craint que l'eau ne soit pas bonne, le pain tendre et léger; dans l'incertitude, il ne mange pas. Quand Mécène, au cours du voyage, va jouer à la paume, lui se couche. Il a des maux de tête ; et même, de l'ophtalmie. Il voyage avec ses médicaments, ses onguents et collyres. Il n'a que vingt-sept ans alors. Toute son existence, il eut à se soigner : et là-dessus, il ne badinait pas. Je crois qu'il s'écoutait. Il redoutait la neige et le froid; l'hiver, il se réfugiait volontiers dans
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les Stations chaudes de l'Italie méridionale. Il redoutait ég;alement la chaleur; l'été, au risque de mécontenter l'utile et capricieux Mécène qui, dans ses crises d'ennui, le réclamait, il ne voulait pas quitter sa fraîche villa, où le chêne et l'yeuse lui donnaient de l'ombre^ où la montagne le garantissait des vents brûlants. S'il s'éloigne de la Sabine, pendant la belle saison, ce ne sera que pour aller à Baïes faire de l'hydrothérapie. Il guettait les inventions ingénieuses des médecins ; et il a été l'un des premiers clients de cet Antonius Musa, qui préconisait les bains froids et qui l'envoyait à Gables ou à Glusium, pour les douches. Ce n'est pas là le tempérament d'un viveur extraordinaire. Ou bien, d'il a commis quelques excès, probablement fut-ce dan^ sa prime jeunesse et avant cette vingt-septième année où la sagesse lui devient un devoir et, timide, une habitude. Lorsque plus tard il assure qu'il est un porc du troupeau d'Épicure, il se vante ou plaisante avec mélancolie. En outre, il a l'esprit fin, l'esprit gourmet plus que gourmand ; les pires folies ne le tentent pas. Il était porté aux amusements de l'amour, — ad res venerias intemperandor, dit Suétone; — oui, mais non avec fureur, et il sut épargner à sa quiétude les alarmes de la passion, à son hygiène l'imprudence. Il prétend qu'amoureux de Lycé peu clémente, il est resté, toute une nuit, couché dehors, devant la porte de la cruelle, par un très mauvais temps : Lycé ne le crut pas; et imitons cette belle avertie.
Il savait plaindre, sur le mode grec, la vie courte, les heures qui s'évanouissent comme un rayon de soleil à la cime des arbres, le fragile bonheur, l'allégresse qu'il faut qu'on ménage pour qu'elle ne tourne pas au chagrin, le bref secours que le vin prête au courage, la flânerie parmi les trompeuses caresses et la menace de la mort, qui ajoute à nos ferveurs une vivacité désespérante. Il nous apparaît ainsi, voluptueux, replet, subtil, doux à lui-même, dans la douceur italienne, dans la lumière des beaux jours, dans les sites célèbres
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et charmants et, à Rome, dans la compagnie indulg^ente des politiques, des lettrés et des courtisanes.
Tel qu'il est, et avec ses défauts, avec une certaine médiocrité de Tâme, il a bien de la g;râce et des attraits auxquels je ne suis pas sensible autant que le furent, jadis ou naguère, mille et mille dévots de sa poésie élégante et de sa bonne humeur. Que de militaires émérites et que d'officiers ministériels, de fonctionnaires et d'employés de l'enregistrement le lurent avec délice et, l'âge de la retraite venu, le traduisirent passablement! Il leur recommandait les vertus dont la pratique n'est pas onéreuse ; il leur vantait une destinée humble et analogue à celle qui leur a été accordée ; il ornait de jolies phrases leurs déceptions; il glorifiait de sa renommée leur modestie. Ses préceptes ne les accablaient pas; ses aveux leur étaient une excuse; et le menu libertinage de sa pensée, qui éveillait leurs souvenirs, les leur ennoblissait de latin. Ce temps est passé; la petite bourgeoisie néglige maintenant les humanités : Horace ne lui est plus un autre Béranger.
Mais un éminent professeur de la Sorbonne, 1V1 . Edmond Gourbaud, vient de publier un Horace. Or, on dit et l'on répète que, férue de superstition pour la philologie, la Sorbonne dédaigne la littérature et, attentive aux seules besognes de la critique verbale, ne cède plus aux charmes de la poésie. Voyons le livre de M. Gourbaud. C'est un in-12, de quatre cents pages, ou peu s'en faut. Horace est le titre. Et, le sous-titre : » Sa vie et sa pensée à l'époque des épitres. w Second soustitre : M Étude sur le premier livre. » Ainsi se restreint le sujet. M. Gourbaud, qui a examiné toute l'œuvre d'Horace, borne néanmoins son étude aux vingt petits poèmes qui composent le premier livre des épitres. Chacun de ces poèmes a de quinze à cent onze vers : le commentaire dépasse de beaucoup le texte. M. Gourbaud n'est pas exactement bavard; mais il est extrêmement méticuleux : et « peut-on jamais avoir tout dit? »
se demande-t-il. En 1864, Sainte-Beuve écriTait : u Ne subtilisons pas sur nos gfrands auteurs; n'imitons pas les érudits qui dissèquent à satiété les odes d'Horace et qui disent : ceci est plaqué et ceci ne l'est pas. Qu'en savlnt-ils? Les plus fins sont conduits plus loin qu'ils ne le veulent et ne savent plus où s'arrêter... n Sainte-Beuve admonestait ainsi (à propos de notes sur Corneille) Edouard Fournier, dit le furet des grands écrivains. Il ajoutait : u Pourquoi remettre éternelle* ment en question ce qui est décidé? Pourquoi venir infirmer, même en des matières légères, ce qui est appuyé suffisamment et ce qui est mieux? Assez d'autres soins nous appellent. » D'autres soins : et telle était la curiosité de Sainte-Beuve; il n'aimait point à s'arrêter longtemps sur un objet ; vite il se sauvait ailleurs, pour attraper des anecdotes, des faits inédits, voire des potins. M. Gourbaud ne se dépêche pas; et il a raison, si la méditation lente lui réussit. Pourtant, la remarque de Sainte Beuve lui serait adressée sans trop d'injustice. Entre ces vingt épitres d'Horace, si prestement écrites, si aisées, rapides, et un formidable commentaire, il y a le plus fâcheux manque de proportion : les petits poèmes sont opprimés. M. Gourbaud répond : «.Dans les questions littéraires, il faut éviter, avec tout le soin dont on est capable, la littérature au mauvais sens du mot, les considérations vagues qui se tiennent au-dessus et loin des textes. » Sans doute! et le mot littérature a, en effet, un mauvais sens. U a aussi un bon sens : et les érudits se méfient par trop de la littérature ; quelle moue sévère indique leur mépris ! . . . La littérature, au bon sens du mot, devait engager notre auteur à écrire, touchant les épitres d'Horace, un livre qui eût un peu lagrément, sinon la frivolité de ces épitres, leur gentillesse, leur esprit. Et sur Quintilien, par exemple, on n'écrirait pas un livre plus grave, austère, moins souriant que celui-ci.
M. Gourbaud, du reste, a beaucoup de talent : et veuille la Sorbonne souffrir la futilité de cet éloge!...
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Il veille à ses phrases, les fait bien, sait les varier, les nuancer. Peut-être abuse-t-il des nuances; et les cou-^ leurs s'embrouillent un peu. Il n'a guère d'abandon ; mais il est toujours distingué. Il a perpétuellement le souci de n'exagérer point son idée, et de ne pas la diminuer, et de la présenter munie de tout ce qui la détermine : cela retarde son élan. Puis il manque de concision dans le style et, déjà, dans la pensée : voilà son tort. Et l'on relèverait, de place en place, quelques peccadilles. S'il dit : u Horace était parti à la campagne n et voit u deux alternatives » quand il n'y en a qu'une, mon Dieu, qui n'a jamais péché lui jettera la pierre. Quelquefois, il tatillonne; mais souvent il a de très jolies pages... u Cette fin de la vie d'Horace, soit à Rome, au milieu d'amitiés délicates et parmi des jeunes gens qui lui sont attachés, soit à la campagne, dans une retraite où il apprend à vieillir en acceptant les inconvénients de Tàge et en modérant de plus en plus ses passions, c'est vraiment la fin d'un sa^e ; c'est un beau soir tranquille. . . » Littérature?. . . Excellente ! . . . Mais, en général, il n'ose pas; et il retient sa verve, comme s'il se sentait épié par les érudits.
Quelques lignes, au début de sa préface, attestent bien drôlement ses appréhensions. Il a fait, avant que d'entrer en matière, des cérémonies : parler d'Horace? et n'est-il pas téméraire? le sujet n'est-il pas épuisé? pourquoi y revenir?... « Alléguer que j'ai cédé, comme tant d'autres, à l'attrait du plus charmant esprit que Rome ait connu, ce serait, aux yeux des philologues, une excuse insuffisante... » Évidemment, sous les yeux des philologues, M. Gourbaud n'est pas tranquille. Et il se moque des philologues; mais il y a, dans son ironie, et de la peur et de la déférence.
Voilà un sentiment très juste. Gomment ne pas respecter les philologues? On les a dénigrés avec une extrême violence. Les adversaires d'une Sorbonne pédantesque, si judicieux la plupart du temps, ont ici commis une faute : pourquoi ces ardents amis de l'an-
tiquité s'acharnent-ils à railler et malmener les plus fidèles serviteurs du génie Qvec et latin, les pieux et patients philologues? Nous savons que les œuvres antiques ne nous ont pas été transmises sans altération « Les copistes — fainéantise, ignorance ou maudite vanité — - suppriment des vers entiers, changent des mots et même, pris d'une émulation dérisoire, collaborent avec le poète, le corrigent et lui font cadeau de leurs idées. Il importe d'écarter ces misères et de découvrir, sous les fautes des copistes, le texte véritable. C'est le travail des philologues : aventureux travail, et opiniâtre, et qui demande une dextérité merveilleuse, un tact infini, travail de l'imagination que guide l'amour de la vérité. Enfants d'Esculape et industrieux guérisseurs, les phi* lologues : il» ont inventé une thérapeutique pour les poèmes malades et les discours égrotants. Puis, à cause de leur zèle et de leur assiduité quasi religieuse, je les compare aussi à des prêtres. La statue d'Athéna ou celle de Minerve leur a été apportée fruste; ils ont à la nettoyer, à la délivrer de cette rouille qui atteint l'épiderme de la pierre et qui en ronge peu à peu la substance vive. Le plus gros, on l'a vite enlevé; mais comme les doigts tremblent, quand ils vont toucher au sourire de la déesse ! A considérer les dégâts qu'ont faits le temps et les barbares, l'on s'affiige : et, sur les blessures de la déesse, on répand Thuiledes bonnes conjectures. Il manque des morceaux à la divine statue et l'on risquera des réparations. Je me souviens de philologues singuliers et admirables, uniquement dévoués à leur tâche modeste. L'univers, autrement, n'existait pas pour eux. Ils avaient l'humilité de qui estime son oeuvre plus que soi, mais l'orgueil de qui ne saurait concevoir une œuvre plus auguste. Et, entre les philologues, je me souviens du grand Edouard Tournier, si touchant et plaisant, bizarre et occupé des plus vénérables manies. Sa mémoire serait bien digne d'une vie des saints, amicalement composée : on Ty verrait plus enfermé dans ses doctes soucis que nul reclus dans la
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cellule d'un couvent, plus solitaire, plus penché sur la lettre, graine de l'esprit, et parfois, aux moments de relâche, fumant une pipe de tabac ou, sur le piano, divertissant ses minutieuses fatig;ues.'
Louons M. Gourbaud, qui respecte les philolog^ues. Il tient compte de leurs recherches et, à vingt reprises, dans son Horace^ il mentionne les Ribbeck, Wieland, Meineke, Lehrs et Millier. II indique leurs propositions, les analyse, les apprécie. Son livre, nous l'avouerons, en est un peu encombré : par instants, les petits poèmes d'Horace disparaissent sous la foison des argfuments philologiques. Relisons les études consacrées à Horace par les humanistes du siècle dernier, les Hippolyte Rigault, les Goumy, les Boissier : nous n'y trouvons rien de ce genre. Hippolyte Rigault, jeune homme très spirituel et la fleur de l'université sous la monar» chie de Juillet, fin moraliste et précieux lettré, goûte Horace et le juge : si la poésie le ravit, Tépicurisme ne lui impose pas; docile aux vers, il blâme la doctrine. Chez Goumy, ah! nulle philologie! Plutôt, il la remplaçait par de très intelligentes digressions, par les prouesses d'une verve impétueuse et par des facéties de toute sorte, plusieurs inopinées; au lieu de discuter un texte, ce républicain taquinait, en passant, les bonapartistes. Boissier, plus savant, très savant et avec la plus élégemte maîtrise, porte légèrement son érudition ; et il ne s'embarrasse pas de fardeaux inutiles, il a jeté les lourds bsigages de néant ; parmi les poèmes d'Horace, il se promène, attentif et rapide. M. Gourbaud n'a point cette allure dégagée : Ribbeck, Wieland, Meineke, Lehrs et Millier le retardent.
Vais-je le lui reprocher? Oui, quand je constate qu'au surplus, toutes les conjectures qu'il examine, il finit par les rejeter. Il les présente, loyalement ; il épilogue à leur propos et enfin démontre qu'il faut conserver la leçon des manuscrits. Alors, dira-t-on, voilà beaucoup de philologie en pure perte; et, ne le dissimulons pas, Horace en a pâti.
Pourquoi M. Gourbaud n'a-t-il pas, tout simplement,, éconduit les philolog;ues stériles et encombrants?. . . Vou» en parlez bien à votre aise!... Vous ignorez le despo* tisme de ces personnages, qui sont difficiles à vivre. M. Gourbaud, lui, les connaît. Il s'excuse aaprès d'eux; ou il renonce à gagner leur pardon : mais il sait leur férocité. 11 tâche de les amadouer; il essaye de les convaincre. philologues redoutables, il ne pouvait pas s'arrêter à toutes les particularités du texte et signaler tous les problèmes que le texte pose. Gela, c'est le travail de l'éditeur et il ne songeait point à faire une édition... Ici, les philologues lui tournent le dos : à quoi songeait ce littérateur?... Non, philologues; ce travail^ il vous Ta laissé. Puis, les problèmes que le texte pose, il ne les a point négligés; et il s'est efforcé de le» résoudre, pour son usage : avec votre aide, ô philologues ! . . .
Les philologues ont pris, de nos jours, une terrible autorité ; il n'est pas de plus impérieux et insolent dogmatisme que celui des philologues. Ges humbles serviteurs des deux déesses tiennent le haut du pavé, dan» la cité universitaire; et que de morgue! Ges gens sont ou se croient en possession de la méthode ; ils en ont perdu toute aménité. Tels sommes-nous : dès l'instant où l'on se croit en possession de la méthode, ici-bas, on perd toute incertitude, conséquemment toute saigesse, et la douceur. Les philologues ont la fatuité de leur science. Or, à la suite d'incidents divers, les science» deviennent, depuis quelque temps, moins rudes et arrogantes ; les mathématiques elles-mêmes, sur le conseil d'Henri Poincaré, s'amollissent. La philologie est de plus en plus revêche. Cependant, elle ne hasarde que des conjectures : mais elle a le ton de la prophétie. Ses conjectures, habituellement, ne seraient pas indiscutables : très souvent, elles ne valent rien. Peut-être n'a-t-on pas oublié cette aventure, qui date d'un quart de siècle à peine. Des égyptologues trouvèrent, sur un papyrus^ le manuscrit d'un long passage du Phédon :