‹ Les Idées Modernes d'Organisation: Leur Influence SocialeChapitre 17 sur 25 · LS · texte numérisé non relu

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ouvriers, c'est le cas où le patron a été le profiteur du tarif à l'heure. Fe

Quand l’ouvrier a réfléchi, il en est venu à la flânerie systématique, il a profité de l'incertitude des obligations du contrat, et s’est ‘mis à ne travailler que juste assez pour n'être pas renvoyé, Le patron à vu son bénéfice baisser et l’ouvrier son gain relatif croître.

Il faut croire qu’on était arrivé à un état d'équilibre puisque le patron persévérait à employer des ouvriers dans de semblables conditions : l'ouvrier gagnait assez pour ne pa aller chercher du travail ailleurs, le patron avait un bénéfice qui lui permettait encore de continuer ses affaires. On n'oubliait que le consommateur qui payait cher, qui payait l’entente néfaste et l’apathie à la fois des patrons et des ouvriers : d'où resserrement de la consommalion et stagnation de l’industrie.

On pourra objecter que l’industrie s "est pourtant dé. veloppée avec le tarif à l'heure, nous dirons malgré le tarif à l'heure, et il est bien certain qu’elle se serait développée davantage et plus vite si le patron n avait pas cherché dans des prix de vente élevés une compensation à des prix de revient excessifs dus à son ententé tacite avec son personnel.

Il est cependant des eas où il est nécessaire de recourir au tarif à l'heure, c’est quand il s’agit de réparations dont la durée ne peut être évaluée avec précision et certitude ou lorsqu'il s’agit d'opérations très délicates

pouvant compromettre la sécurité, ou encore dans des

ss 99 Sa S äravaux où le prix des matières est si élèvé que les

salaires sont peu importants à côté de lui, où toute

“malfaçon peut entrainer le rebut d’une pièce chère. Il

ne faut donc pas éliminer a priori le salaire à la journée,

mais il convient à l'industrie moderne où les opérations

-sont généralement bien connues et dépendent, la plupart

du temps, de machines, où beaucoup de travaux sont

-des travaux de série, de renoncer au tarif à l'heure

pour adopter des tarifs à la fois plus jusles, plus rémunérateurs pour l'ouvrier, plus économiques pour le patron, plus sociaux enfin. )

Il est souvent indispensable, même dans les usines modernes travaillant en série et à la prime, de recourir

parfois au salaire à la journée. C'est dans le cas des

fabrications nouvelles sur lesquelles on a peu d'éléments

d’évalution des temps de fabrication ou d'usinage : il est

alors nécessaire de faire une longue expérience de la nouvelle fabrication avec de bons ouvriers constien- <ieux. Le salaire à l'heure élevé leur permet seul d’avoir l'indépendance nécessaire pour faire un ouvrage bien fait, mais il faut queces ouvriers soient consciencieux pour ne pas chércher à « rouler » leur patron. On trouve encore. Dieu merci ! beaucoup de tels ouvriers, surlout en France. La méthode scientifique d’organisation permet d'ailleurs de contrôler l'allure de leur travail et, même s'il est imparfait, d'en déduire, par. élimination des temps HOUR et des mouvements inu-

iles et par l'adoption de montages, de manœuvres et de

machines convenables, les temps corrects d'exécution.

Il faut cependant que de telles expériences soient longues afin de permettre de saisir tous les défauts de méthode et d'exécution qui peuvent se présenter et qui ne sont pas toujours simultanés. Il faut enfin permettre à l'ouvrier de se familiariser avec la nouvelle fabrication, d'y acquérir toute l’'habileté dont il est capable, et cela demande un long temps. Quand ensuite la fabrication est introduite en grand à l'usine, il est bon de continuer avec tous les ouvriers la méthode suivie avec les ouvriers-témoins et de leur laisser le temps de s’acclimater, de s'adapter aux nouvelles conditions. Il est presque toujours indispensable alors de ne pas adopter pendant cette période le tarif définitif pour ne pas décourager les ouvriers dont la production n’est pas encore normale, mais il est nécessaire que les ouvriers le sachent. Le salaire à la journée est tout indiqué dans ces périodes préparatoires ou de transition.

Les seules sanctions que comporte le salaire à la journée sont le renvoi d’une part et la grève de l’autre. .Les observations et les réprimandes n'ont plus beaucoup d'effet aujourd'hui. Les sanctions sont ici trop radicales et, partant, anti-sociales. L’amende est bien en défaveur et elle est difficile à appliquer sans injustice et sans récriminalions, surtout avec un système de salaire où une seule chose est précise, le prix, sans qu’on ait jamais défini nettement la contre-partie.

Donc, incertitude, tendances contraires du patron et

de l'ouvrier en ce qui concerne le prix et le rendement, désavantage pour le consommateur, tels sont les défauts du tarif à l'heure, sans avantages bien marqués en balance. Il n’est donc justifié que lorsqu'il est tout à fait impossible d'en employer un autre.

Salaires aux pièces. — Avec ce tarif, l’'ouvrier est payé proportionnellement à sa’ production : le prix de revient est donc constant en ce qui concerne la maind'œuvre. En réalité, il peut croitre avec la production parce que l'ouvrier travaillant aux pièces est amené, pour accroitre sa vitesse de fabrication, à faire consommer plus de force aux machines pour accélérer leur vitesse et à gaspiller la matière première. Un palliatif consiste à lui vendre la force et les matériaux, on en fait alors un lâcheron, un sous-entrepreneur, c’est à lui d'élaborer le prix de revient, ce n’est plus un salarié.

Ce système prêlé d'ailleurs à des abus, il est peu employé avec lés hommes, il l’est, au contraire, beaucoup pour les femmes, dans la lingerie notamment et en général dans tout le travail à domicile où l’ouvrière fournit son fil, ses aiguilles, sa machine à coudre.

L'industrie à laquelle nous venons de faire allusion, ‘st l'exemple le plus typique de l’exploitation de l’ouvrière par un patron, qui est la plupart du temps luimême un sous-traitant. Mais dans ces industries, l'offre de main-d'œuvre est si abondante qu’elle aboutit à une dépréciation terrible : la question du travail féminin à

domicile est à l'étude dans tous les pays depuis de

longues années, sans qu'on ait trouvé d'autre solution pratique que le minimum de salaire rendu obligatoire par la loi. |

Alors naît le complément obligatoire de toute mesure: de coercition contraire à la liberté des contrats : la raréfaction de l'offre de la part de celui des contractants qui est visé. La Fe a montré l'inefficacité des taxes et que, pour se procurer ce qu'on désire, il est indispensable de le payer au prix du marché libre, que ce soit du beurre ou du travail. Il importe seulement d’assurer la liberté du marché pour permettre de jouer à la loi de l'offre et de la demande.

En ce qui concerne le travail féminin commun et en particulier la confection et la lingerie, la grande loi économique joue librement, et avec une implacable rigueur..Nulle industrie ne peut être plus terrible pour ses ouvriers car aucune nexige du patron si péu de capitaux, aucune ne se prêle si bien aux sous-traités, au lâcheronnat, au marchandage, et d'autre part dans aucune autre on ne trouve une main-d œuvre aussi abondante puisque ‘toutes les femmes savent coudre, |

En commençant ce chapitre, nous avions surtout en vue. le travail masculin, et voilà que le salaire aux pièces nous entraîne à à examiner d'assez près le travail féminin. L’ exemple choisi, parce qu'il est le plus outrancier, nous permettra d'examiner l'influence qu’exercenl

l’un sur l’autre le salaire et le prix,

Le travail de la lingère est d'autant plus déprécié qu'il n’est dans bien des cas qu'un salaire d'appoint,

comme la copie des rôles de contributions-pour les

-sous-officiers rengagés. Ce travail étant déprécié et les

entrepreneurs nombreux, la concurrence sera vive entre les produits, d'où une baisse de prix poussée à l'extrême : lentrepreneur le moins favorisé va donc trouver que son gain est insuffisant ; or il n’a, nous l’avons vu, quede faibles moyens financiers.-Au lieu de chercher à augmenter son chiffre d'affaires, ce qui augmenterait ses frais généraux en l'obligeant à prendre du personnel de livraison, de comptabilité, etc, alors qu'auparavant il pouvait assurer ces services-là seul ou avec l’aide de sa famille, le patron prendra la solution la plus simple et la plus radicale : il proposera à ses ouvrières un/abaissement du prix unitaire defaçon, etille proposera sans hésitation, parce qu'il sait qu'il

y a toujours une main-d'œuvre disponible qui attend

du travail et-est disposée à l’accepter à son nouveau tarif. Il a donc toutes chances de réussir.

Donc, dans ce cas particulier, où l'offre de maind'œuvre est à peu près limitée il ne peut y avoir qu’une baisse du prix de la pièce, au moins pour le travail courant. Si le patron cherchait, au contruire, à augmenter son chiffre d’affaires, il y aurait une baisse

sur les prix, concurrence, el, en dernière analyse, ten-

dance à la réduction du salaire, parce qu'il s’agit de

patrons à capacité trop limitée pour que le nombre des .

concurrents n'ait pas tendance à s’accrottre au détriment des ouvrières.

C'est ce qui s’est passé précisément dans la lingerie par suite du développement de l’article bon marché : grâce à l'usure rapide du produit, la production a crû dans de telles proportions qu’on en est arrivé à un avilissement effrayant de la main-d'œuvre.

On en est donc venu, devant l'insuffisance de la règlementation, à l’idée du contrat collectif avec syndicat obligatoire. Nous ne sommes pas sûrs que cette idée, poursuivie même parles Organisations chrétiennes, donne une solution complète et arrive à supprimer complètement le paupérisme qui résulte d’une maind'œuvre non qualifiée si abondante. La théorie que nous avons faite au sujet de la lingerie est absolument générale : l'abondance de la production due à un salaire aux pièces amène fatalement l’abaissement des prix, soit par suite des réactions économiques du marché, soit par suite de la rapacité des patrons.

Sans en connaître le nom, la plupart des patrons ont tendance à appliquer une loi d’airain: il y a bien peu d'hommes qui n'aient tendance à trouver qu’un ouvrier gagne trop dès qu'il dépasse le salaire moyen de sa catégorie, la tendance générale est donc de maintenir le salaire autour du salaire moyen, avec de petits écarts en plus ou en moins. À ee

Quand un patron faisant travailler aux pièces trouve

que son ouvrier gagne trop, il se dit toujours qu’il s’est

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