‹ Les Idées Modernes d'Organisation: Leur Influence SocialeChapitre 6 sur 25 · CE UE · texte numérisé non relu

CE UE

On peut en effet utiliser chez l’homme ses bonnes habitudes, en créer de nouvelles et, par ces dernières, arriver à en supprimer de mauvaises.

Qu’on nous permette encore une fois une comparaison d'ordre mécanique : l'habitude chez l’homme, c’est comme l'inertie des machines, elles est souvent difficile à vaincre au départ, mais elle est pendant le mouvement une cause de régularité. De même qu’il faut éviter l'inertie de certaines pièces et augmenter celle de certaines autres, suivant la machine qu’on veut réaliser, de même chez l’homme il faut développer certaines habitudes et combattre certaines autres.

Hartness est l’auteur américain qui a le plus tenu compte de la personnalité de l’ouvrier dans l'étude de l'organisation, c’est presque le seul auteur subjectif, alors que tous les autres sont avant tout objectifs. Non pas que son point de départ ait été l’ouvrier : pas plus que les autres, il n’a perdu de vuele rendement de l'affaire, la prospérité de l’usine, mais il a compris plus que les autres qu'il fallait adapter la méthode scientifique à l’ouvrier sans heurter sa personnalité.

Taylor dit bien qu’il faut habituer progressivement l’ouvrier à s'adapter aux nouvelles conditions du travail

et il donne bien quelques conseils pour cela : prendre

l'ouvrier isolément d'abord, puis l’entrainer par l’exem-

ple, le tenter par un haut salaire, etc... Mais Hartness rend les méthodes scientifiques plus douces, plus direc-

tement et plus rapidement assimilables à l’ouvrier.

A ce point de vue, il est intermédiaire entre Taylor de Emerson, l’un plus sec, plus rigide, dans sa conception, dans ses règles et dans son style, l'autre plus philosophe, plus général peut-être dans ses idées, exprimées dans des formes plus littéraires et plus accessibles au public. |

Il n’y a pas d'école Hartness, mais, les disciples de Hartness peuvent appartenir à toutes les écoles, car c’est jusqu'à présent le meilleur auteur qui ait traité de la psychologie ouvrière, jusqu’à ce que les Français prissent la peine d'écrire sur ces questions. C'est le devancier de Fayroz et de Pezeu, notamment.

La différence entre l’absolu des conceptions de Taylor et le relatif des conceptions de Hartness tient beaucoup à l’industrie qu’ils ont pratiquée. Taylor à étudié l’emploi des machines-outils, qui dépend bien -de douze variables, mais il est arrivé à trouver la loi qui en régit le fonctionnement. Hartness a au contraire étudié la construction des machines-outils : jusqu’à présent c’est. un problème qui dépend d’une parfaite connaissance de la mécanique et d’une quantité d’autres questions de formes, de qualité du métal, d’encombrement, etc.., sans compter les douze variables de l'outil de Taylor et la personnalité de celui qui doit employer la machine. | La construction d'une machine-outil n’est donc pas un problème scientifique comme celui de la taille des métaux, c’est un problème d'art,

Aussi Hartness reste-t-il un peu sceptique devant les

REA — 37 — résultats de sa propre industrie : « La seule machine parfaite, dit-il, est celle qui n’a pas encore servi, et l’ingénieur qui ne connaît pas le défaut de sa machine la connaît bien mal ». Il a considéré que le problème de l’utilisation de la main-d'œuvre étaitautant un problème d’art qu’un problème scientifique, puisqu'il y a à la base l'homme dont les lois psychologiques ne sont pas parfaitement connues et que de plus cet homme est libre.

Pour l’ouvrier français, Taylor est un peu rébarbatif, et, en effet, les syndicalistes, qui admirent son œuvre et désirent voir appliquer certains de ses principes en tant qu'ils éliminent l'arbitraire des rapports entre les patrons et les ouvriers, ne veulent pas être traités, en France, avec la rigueur des principes du grand ingénieur poussé à leurs dernières conséquences.

Hartness est à la méthode scientifique le grand modérateur qui permettra, en tenant compte du tempérament ouvrier dans chaque cas particulier, ou tout au moins dans chaque profession ou chaque nation, d'appliquer sans heurt dans l'industrie et le commerce la méthode

scientifique.

Nos syndicats ont beaucoup étudié pendant la guerre - les questions d'organisation, beaucoup de leurs porteparoles en discutent avec compétence, mais tous veulent tempérer le système Taylor d'un coefficient personnel et professionnel, et c'est à cela que revient le système

Hartness.

Parti du point de vue de la production, ne le perdañt G. Mangin 3

pas de vue un instant, prodiguant ses conseils aux ingénieurs, AUX jeunes particulièrement, en vue de l’obtention du rendement, Hartness a fini par écrire un véritable traité de science sociale ; il l’a écrit du point de vue patronal, mais il l’a écrit. Il est évolutionniste, non révolutionnaire, et évolutionniste beaucoup plus lent que Taylor, et c'est le plus vraiment réaliste de son école.

Emerson. — Cet auteur est moins connu en-France que les précédents et ses œuvres principales Rendement (1) et les Douze Principes du Rendement (2), ny ont pas été traduites. |

Il est assez discuté en Amérique, notamment par certains disciples, mais surtout par les adversaires de Taylor. Il a obtenu un très grand succès comme ingénieur-conseil pour l’organisation des usines. On prétend qu'Emerson ne $’est pas désintéressé des profils de sa profession, alors que Taylor a opéré un peu par amour de l’art, mais c’est là un souci bien légitime.

Quoi qu'il en soit, l'influence d'Emorson est considérable, ses élèves et lui ont collaboré à l'amélioration ou au relèvement de beaucoup d’affaires, en particulier: de chemins de Îer, le grand réseau Atchison, Topeka Santa-Fé, par exemple.

Dans son livre Æficiency, paru le premier, il définit le rèle du nouvel employé qu'il appelle HR ReNE de Rendement, « Efficiency Engineer »:

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