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« 1° Donner au monde de l'Industrie et du Travail des types aussi bien définis que le dollar, le franc, la livre ou le mark pour tous les services, les matériaux ou pour l'emploi de l'outillage ; |
2° Faire des essais aussi précis et exacts que ceux de l'Essayeur de la Monnaie pour toutes les opérations courantes, établissant ainsi une valeur courante du rendement ;
3° Indiquer les remèdes à employer pour amener ce rendement courant à 100 0/0 ». |
Dans son deuxième ouvrage principal The fwelve
Principles of Efficiency il précise quels sont les princi- . paux facteurs du rendement :
4° Des idées nettes et clairement définies ;
2° Du bon sens et du jugement ;
3° Des avis compétents,
4e La discipline ;
5° La loyauté ; |
6° Des renseignements dignes de confiance, d’une consultation facile, fournis à temps et appropriés au but;
7° Prévision et répartition (Despatching) ;
8° Types et bilans ;
9 Standardisation des conditions ;
10° Standardisation des opérations.
41° Des instructions écrites pour régler des modes opératoires types;
120 Récompenser le rendement.
Emerson écrit en philosophe, avec moins de sécheresse que Taylor et même qu'fartness, il illustre ses principes de nombreux exemples de la vie courante. Comme Hartness, et plus que lui, il pense que lorgauisation, si elle est basée sur des principes certains et définis, doit s'adapter avec souplesse aux conditions spéciales de chaque industrie: c’est ainsi qu'il a pu réformer. des chemins de fer, dont l'organisation primitive repose pourtant sur les meilleurs principes mais a fini, par suite de la grandeur des affaires, du nombre et de la complexité des rouages, par avoir un rendement déplorable. .
Examinez, dit Emerson, combien il faut faire intervenir de personnes pour assurer la marche d’un train et vous verrez quelle puissante et précise organisation il faut pour que ce train suive à une minute près une marche tracée à l'avance sur des centaines de kilomètres, prenant ou laissant à chaque station des voyageurs et leurs bagages, croisant et dépassant d’autres trains, changeant de machine et de personnel en des points déterminés et à l’heure dite.
La plupart des réseaux américains ont souffert pendant longtemps d’un mauvais rendement : les trains ne suivaient pas l'horaire, le matériel roulant était insuffisant et mal utilisé, les locomotives trop faibles, le personnel mal dirigé. La crise était encore plus grave que chez nous, car en Amérique le personnel des chemins
de fer est instable comme celui de la plupart des indus-
— 4 == tries et avait souvent peu de formation technique et pas de traditions.
Emerson et ses élèves ont amélioré, il est vrai, les moyens matériels en adoptant les locomolives puissantes et des wagons de grande capacilé pour diminuer le nombre des trains en augmentant leur rendement, mais il ont surtout modilié les rèolemenis et les méthodes administratives dans le but de réduire les immobilisations et de supprimer les formalités inutiles.
Ils ont conjuréla crise plus que ne l’a fait la politique
des trusts, qui tendait, pour réduire la concurrence et certains frais généraux, à absorber les lignes annexes ou concurrentes en rendant plus difficiles, avec les anciens errements, la direction et l'administration de ces entreprises gigantesques (1).
Emerson a dit quelque part qu'il était lamentable de voir des nuages de fumée noire s'échapper de la cheminée d'une locomotive, parce que c’est là du charbon consommé en pure perte. Je crois même qu'il en a fait Je calcul de la valeur. Aussi actuellement voit-on des industriels proposer l'emploi de voûtes de foyer en
briques, l'emploi de charbon pulvérulent dans des
1. Il est probable que c’est surtout à la désorganisation qu'est due chez nous la crise des chemins de fer. On se plaint de manquer de matériel, de voies de garage, et on ne réduit pas les immobilisations de locomotives et de wagons On perd trop de vue que le matériel est fait pour rouler et que le stationnement n’est qu'un temps mort, nécessaire sans doute, mais qui doit être réduit au strict minimum. Seule une nouvelle organisation des transports peut amener la fin de la crise eb nul ne semble y songer, surtout parmi les dirigeants.
— (42 —brûleurs réglables, etc., dans le but d'éviter ces pertes. La méthode de Taylor améliore peu le rendement “d'une affaire si elle n’est pas appliquée intégralement : l'emploi des principes d'Emerson ou de quelques-uns d’entre eux améliore toujours le rendement ; si peu que ce soit, c'est déjà un progrès. | Si l’on en pousse l’application à ses dernières limites, il n’y a pas de-raison, dit Emerson, qu’on n’atteigne pasle rendement de 100 0/0, mais on arrive alors à peu près intégralement au système Taylor. La méthode Emerson plus souple, plus rapide, s’est développée en réalité davantage que celle de Taylor qui demande des ingénieurs plus spécialisés, plus de temps et d'argent pour son établissement, et ne s'applique souvent avec le plus de fruit qu’à des affaires relativement importantes. Nous n'avons pas attendu Taylor, en France, pour rechercher le rendement dans nos grandes industries, et nos grosses et anciennes usines, qui ont des traditions de bonne administration, ont appliqué depuis longtemps les principes d'Emerson sans les écrire. La guerre nous a montré de près les Américains: ceux qui, comme nous, ont pu les voir au travail, notamment le corps du Génie,les « Engineers », ont pu -conclure que l’ouvriér américain, s’il n’est pas stimulé par l’appât du gain, est moins actif que l’ouvrier français, moins ingénieux aussi. Il y a en Amérique des capitaines d'industrie de premier ordre, plus audacieux,
plus jeunes que les nôtres, qui ont réussi mieux que
eo —chez nous dans un pays libre, sans traditions et sans dette: mais nous ne pensons pas que l’ensemble des ouvriers des Etats-Unis vaille l’ensemble des ouvriers français. Il en est de même de leurs ingénieurs, dont la ES technique est très inférieure à celle des nôtres.
Dans un pareil pays où les affaires se développent prodigieusement vite et facilement, sans grand ordre souvent, les idées d'Émerson ont pu paraître une nouveauté: depuis que les ingénieurs et directeurs français se meltent à écrire, nous pouvons constater qu'ils dépassent de beaucoup leurs collègues américains, Taylor excepté. Siils rencontrent plus de difficultés
; dans F application, cela tient à la mauvaise organisation des services publics, à l’ingérence de la politique dans les rapports sociaux, et aussi à l’idéalisme d'une classe ouvrière aussi soucieuse de-sa dignité que de ses intérêts matériels et qui poursuit d’autres buts que l’argent.
Emerson a organisé d’une manière heureuse beau-
coup d'affaires, il semble que chez nous de nombreux.
. jeunes gens promettent beaucoup, que la nation entière
se tourne vers les idées nouvelles d'organisation afin
d'en tirer le meilleur élément pour rétablir sa prospérité.
Les idées d’Emerson sont les nôtres, en France, pré- F «cises et humaines à Ja fois.
| … Pourquoi faut-il que ce soit la victoire des Allemands
en 4870 qui lui ait servi de point de départ, avec l'orga-
nisation du vieux de Moltke? C’est à nous quiil appar-
tient de changer désormais les prémisses d'Emerson.