‹ Les idées morales de ChateaubriandChapitre 7 sur 18 · VI · texte numérisé non relu

VI

(2) Mémoires, il, 180.

(3) Chateaubriand et son groupe littéraire, i, 163.

(4) Cf. notamment Albalat, Revue de Paris, \" février 1903.

pitre XXXVIII, les Celtes, contient en raccourci les Martyrs ; on trouve dans la seconde partie, aux chapitres XXXI, XXXIV et XXXV, des germes du Génie du Christianisme.

Malgré ses défauts de forme et ses incohérences de doctrine, V Essai ne passe pas inaperçu à son apparition. S'il ne trouve pas dans la presse anglaise un aussi bon accueil que l'a prétendu l'auteur (1), du moins le Courrier de Londres, dirigé par Montlosier, lui consacre un compte rendu bienveillant (2). En France on le discute, et cela vaut mieux que le silence : Rœderer le fait lire à Sieyès qui renvoie le livre avec ce mot : « Je vous rends, monsieur le comte, le fatras à prétentions philosophiques de M. de C. Quel charlatan ! Est-ce que vous avez pu le lire jusqu'au bout (3) ? »

Nulle part ce livre ne dut produire plus d'effet que dans la maison même de la mère de Chateaubriand. Tandis qu'une de ses belles-filles et sa fille Lucile étaient emprisonnées à Rennes, que son fils aîné était guillotiné avec sa femme le même jour que Malesherbes, la mère, à soixante-douze ans, était menée en charrette de Bretagne à Paris, et condamnée ; sauvée par le 9 Thermidor, elle est oubliée quelque temps à la Conciergerie, puis expulsée de sa prison ; revenue en Bretagne, elle trouve et lit V Essai'. On comprend la lettre que Mme de Farcy écrivit le 1^'' juillet 1798 à son frère pour lui annoncer la mort de Mme de Chateaubriand : « Si tu savais combien de pleurs tes erreurs ont fait répandre à notre mère. .. , peut-être cela contribuerait-il à t'ouvrir les yeux (4). » On comprendra maintenant mieux encore ce que l'auteur de V Essai écrivait à Fontanes, de Londres, le 25 octobre 1799 : « Dieu, qui voyait que mon cœur ne marchait point dans les voies

(1) DiCK, Reçue d'Histoire littéraire de la France. 1908, p. 109. L'assertion de M. Dick est du reste mise au poiut par M. Victor Girauii. Ibid., p. 331.

(2> Baldexsperger, Revue d'Histoire littéraire de la France, 1907, p. 591.

(3) Saixte-Beuve, Chateaubrian l et son groupe, i, 171.

(4) Mémoires, n, 17S.

iniques de l'amiDition, ni dans les abominations de l'or, a bien su trouver l'endroit où il fallait le frapper, puisque c'était lui qui en avait pétri l'argile, et qu'il connaissait le fort et le faible de son ouvrage. Il savait que j'aimais mes parents et que là était ma vanité : il m'en a privé, afin que j'élevasse les yeux vers lui !... Je dirigerai le peu de forces qu'il m'a données vers sa gloire, certain que je suis que là vit la souveraine beauté et le souverain génie, là où est un Dieu immense, qui fait cingler les étoiles sur la mer des cieux comme une flotte magnifique, et qui a placé le cœur de l'honnête homme dans un fort inaccessible aux méchants... Adieu ! que toutes les bénédictions du Ciel soient sur vous (1). » Cette lettre est un document capital : elle fait dire à Sainte-Beuve, malgré ses préventions et son secret désir de diminuer notre confiance en Chauteaubriand : « Maintenant nous sommes tranquilles, ce me semble : l'auteur du Génie du Christianisme nous a dit vrai, suffisamment vrai, dans sa Préface, et ce livre a été entrepris en effet et en partie exécuté sous le genre d'inspiration qu'il exprime et qu'il tend à consacrer. C'est là ce qu'il importait de constater avant tout (2) . »

(1) Bertrix, La sincérité religieuse, etc., p. 155-156.

(2) Chateaubriand et son groupe, i, 176.

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