INTRODUCTION XI
- croit posséder les qualités mentales et les éléments d'observation qui permettent d'y réussir :
Il n'y a presque pas un homme qui ne sache sa chose mieux que moi. Cette médiocrité dans tous les genres est la suite d’une curiosité effrénée et d'une fortune si modique, qu'il ne m'a jamais été permis de me livrer tout entier à une seule branche de la connaissance humaine. J'ai été forcé toute ma vie de suivre des occupations auxquelles je n'étais pas propre, et de laisser de côté celles où j'étais appelé par mon goût, mon talent et quelque espérance de succès. Je me crois passable moraliste, parce que cette science ne suppose qu'un peu de justesse dans l'esprit, une âme bien faite, de fréquents soliloques, et la sincérité la plus rigoureuse avec soi-même, savoir s’accuser et ignorer l’art de s’absoudre !.
Tout concourt donc à orienter Diderot en ce sens : la conscience d'une sorte de devoir professionnel, ses préférences instinctives,
le sentiment d’une particulière aptitude de son esprit. — Dans cette « trinité » du Vrai, du Beau, du Bon, dont il parle à plus d’un endroit ?, et qu'il oppose à l’orthodoxe Trinité, — c’est le
Bon qui pour lui est la première personne, c’est le Bon qui sur toute chose intéresse sa réflexion.
Dès lors on a droit de s'étonner qu'un critique ait pu écrire : « Ce philosophe, tout entier à l'observation des phénomènes naturels, aurait-il oublié, comme nl le semble à première vue, que le problème dernier et le commencement obligé de toute philosophie, c'est la morale ? * » Comme si la morale n'était pas au cœur de la pensée de Diderot, comme si elle n’inspirait et n’animait pas toutes ses productions, celles même parfois où elle n'aurait que faire |! Comme si Diderot lui-même ne nous avait pas confié quelque part, et son ambition de composer une Ethique, — qui eût été comme le sommet de son activité d’écrivain, — et les scrupules de sa modestie et de sa conscience à l’idée qu’il pourrait mal remplir sa tâche :