X INTRODUCTION
vulgaire, c’est de la lui montrer accompagnée de l'utilité 1. » C'est cette véritable notion du philosophe que, dès l'antiquité, réalisa Socrate :
Né avec une grande âme, un grand jugement, un esprit porté aux choses importantes, (il) vit qu'il fallait travailler pour rendre les hommes bons avant que de commencer à les rendre savants ; que, tandis qu'on avait les yeux attachés aux astres, on ignorait ce qui se passait à ses pieds. Il parla de l’âme, des passions, des vices, des vertus, de la beauté et de la laideur morale, de la société et des autres objets qui ont une liaison immédiate avec nos actions et notre félicité ?.
À cet idéal Diderot veut se conformer, parce que là est à ses veux le devoir ; mais aussi parce que son goût l’y mène naturellement : « Le tic d'Horace est de faire des vers, le tic de Trébatius et de Burigny, de parler antiquité ; le mien, de moraliser ?. » Et te goût, il le porte partout : au milieu des ouvrages les plus divers, il ne peut se tenir de piquer quelque réflexion sur les mœurs ; — jusque danses Leçons de clavecin qu'il rédigea pour M. Bemetzrieder, et où il entrelace préceptes musicaux et principes de morale, à tel point que L’ « élève » aurait à plus d'un coup le droit de répliquer au « maître » : « C’est de la morale toute pure, tout ce que vous venez de me dire là... » {
Ainsi la conscience de son rôle de philosophe et le penchant de sa nature sont d’accord chez Diderot pour le diriger vers l'étude des questions morales. Mais, de plus, il croit percevoir une sorte d'harmonie entre cet objet de recherche et Les facultés de son esprit. Car si le dur, l’absorbant labeur de l'Encyclopédie où se perdirent quinze années de sa vie, — en dispersant sur-mille objets son attention, l’empêcha de rien approfondir, et de devenir aucunement un spécialiste, — pour la morale, Diderot
1. De l'interprétation de la nature, pensée 19, II, 19; cf. II, 257; III, 2IOMEXT 309: