Claude et Néron, III
J'avoue que s’il y a des questions oiseuses et étrangères à la sagesse, ce sont celles-là ! J'en dis autant des disputes sur la nature de l’âme.
Ainsi Diderot laisse délibérément de côté ces questions transcendantes qu'il juge non seulement insolubles, mais, au vrai, sans intérêt : à travers toute son œuvre, on peut le voir poursuivre de ses sarcasmes l’idéalisme de Berkeley, « cette belle philosophie », « bizarre, ridicule et absurde » !, dont il sent l’absurdité, mais dont personne encore, et non pas même lui, Diderot, n’a pu donner une réfutation valable. Aussi pourquoi aller chercher dans les nuages des énigmes indéchiffrables, quand, à portée de nous, il y a toute la nature à scruter et à «interpréter »? Et l’étude même de la nature, d’où tire-t-elle son intérêt, sinon de ses rapports avec l'existence humaine ?
L'homme est le terme unique d’où il faut partir et auquel il faut tout ramener... Abstraction faite de mon existence et du bonheur de mes semblables, que m'importe le reste de la nature ? ?
Guérissons-nous donc de cette ivresse de raison qui, méconnaissant les forces de l’homme, nous fait aspirer à tout connaître ; sachons avouer les limites de notre pouvoir et nous contenter de vérités partielles et relatives :
Il y a une sorte de sobriété dans l'usage de la raison, à laquelle il faut s'assujettir, ou se résoudre à flotter dans l'incertitude ; un moment où sa lumière, qui avait toujours été en croissant, commence à s’affaiblir et où 1l faut s'arrêter dans toute discussion. Lorsque, de conséquence en conséquence, J'aurai conduit l’homme à quelque proposition évidente, je cesserai de disputer, je n’écouterai plus celui qui niera l'existence des corps, les règles de la logique, le témoignage des sens, la distinction du vrai et du faux, du bien et du mal, du plaisir et de la peine, du vice et de la vertu, du décent et de l’indécent, du juste et de l'injuste, de l’honnête et du déshonnête. Je tournerai le dos à celui qui cherchera à m’écarter d’une question simple pour m’embarquer dans des dissertations sur la nature de la matière, ou sur celle
tr. XVIL 130; — cf, I, 218-0; III, 257-8:2X, 200 XVI 40220 VIRIS 123720 PXE776: